‹ L'œuvre gravé et lithographié de Alphonse Legros, orné d'une eau-forte originale, et d'un fac-similé du portrait de l'artiste d'après son propre dessinChapitre 2 sur 26 · EC · texte numérisé non relu

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sont endërement traitées de cette manière, à la fois nerveuse et doace, où Ton peut épargner la morsure et effleurer le cuivre. Mais on trouve aussi un mélange de pointe sèche et d'eau-forte, Teau-forte venant reprendre les vigueurs et les renforcer. Parfois encore, Taquatinte vient fournir des valeurs de tonds. Mais quelle que soit la technique choisie, suivant les effets à réaliser, l'artiste assujettit toutes les ressources du métier à l'expression puissante et concentrée. De plus en plus, la forme se fait chez lui simple et significative : il condense avec une intensité extraordinaire un senti* ment dans une attimde ou dans un mouvement de physionomie. De ce côté-là, parmi tous les maîtres qui l'ont nourri de leur moelle, il tient, peut-on dire, à Giotto, — celui qui a le plus enfermé et comme résumé d'émotion secrète dans un geste ou une silhouette.

Cet intérêt qu'excitent chez lui les ressorts de la physionomie humaine devait faire de Legros un merveilleux divinateur de toutes les figures qu'il approchait, un rare dessinateur de portraits, — ce qu'il est en eâfet. U nous aura laissé une précieuse iconographie des contemporains illustres qu'il a connus, — quelques-uns même repris plusieurs fois au crayon, à la pointe ou sur la pierre. Parmi ses portraits gravés, nous citerons plusieurs portraits de lui-même, puis ceux de Fantin-Latour, Barbey d'Aurevilly, Victor Hugo, Frédéric Régamey, Carlyle, Dalou, Poynter, le cardinal Manning, Gambetta, Watts, Leighton, Rodin, Seymour Haden, Tennyson, Alfired Stevens, Tolstoï, Longfellow, Darwin, Baudelaire.

L'étude très spéciale qu'il a faite de l'œuvre gravé de Rembrandt amena Legros, surtout dans les années de début, à s'inspirer des sujets déjà trûtés par Rembrandt. Nous avons, dans la série de ses gravures, un Saint Jérôme, un Enfant Prodigue, une Payanne se lavant les pieds, une Adoration des Bergers ; et plusieurs paysages en longueur appellent évidemment le souvenir du Pont de Six ou des Vues d'Amsterdam.

Mais c'est qu'en vérité il y a une parenté foncière entre le tempérament artistique de Legros et celui du grand maître hollandais. On y découvre, un sens identique d'observation à la fois pittoresque et profonde, effleurant d'un côté la caricature, atteignant de l'autre au drame, c est-à-dire envisageant toute la vie avec ses poignants contrastes.

Legros est souvent revenu, surtout dans son œuvre gravé, sur l'idée de la mort : il lui a consacré toute une suite d'eaux-fortes, sous le titre du Triomphe de la mort, qui comprend dix planches. On y observera peut-être plus particulièrement qu'ailleurs ce caractère simple et expressif des attitudes, dont nous avons parlé. On y verra en même temps comment, à côté de pages farouches, comme La Proclamation ou le Combat, ou de pages d'une douleur profondément humaine et concentrée, comme La Mort che:^ une famille de marins, une fantaisie ironique se fait jour — ainsi que dans la gravure intitulée La mort balaie les vices, avec le mouvement preste de la Camarde.

En dehors des planches du Triomphe de la Mort, Legros a encore donné de ces pages d'un grand carac-

tère tragique, sans apprêt et sans emphase, que sont La Mort du Vagabond ; La Mort et le Bûcheron^ reprise en quatre eaux-fortes différentes ; La Mort et le Philo^ sopbey — et cette vision capricieuse, traitée en lithographie : L orchestre de la Mort.

Ce mélange d'humour et de gravité se retrouve dans tout le caractère de Taniste et £ût le charme inappréciable de sa société et de sa conversation. Les anecdotes, les saillies charmantes abondent chez cet homme qui a gardé une vivacité d'esprit toute juvénile ; puis tout aussitôt le visage se dresse» l'œil prend une fierté sérieuse, des aperçus puissants jaillissent, venus de ce cerveau, qui a vécu dans une étroite intimité avec les maîtres. On apprend auprès de lui à ne plus estimer les œuvres que pour leurs qualités durables, à se détacher des passagères discussions d'école, à aller droit à la sincérité et à la force, et à juger pour ainsi dire avec les yeux de là postérité.

Comme il fut intransigeant dans sa vie, son art est aussi sans concession. C*est un artiste complet et un, dont la vie et l'œuvre peuvent être également proposées en exemple et ne sauraient être séparées Tune de l'autre. Pour ma part, je considère comme un privilège de l'avoir connu et d'avoir pu profiter de ses entretiens et de l'enseignement qui en ressort. On ne peut l'approcher dans l'intimité sans qu'à la grande vénération que l'artiste nous impose se joigne une inaltérable afiection.

Aussi sommes-nous un certain nombre en France qui voudrait voir non seulement plus répandus chez

nous les bien£sdts de cette grande œuvre, profondément attachée à notre sol, qui tire ses scènes et ses types des vieilles provinces françaises; mais nous souhaiterions encore qu*aux yeux du public une consécration officielle vint couronner cette carrière d'artiste dont notre art s'honorera comme celle d'un Millet, et accordât la réparation que la France doit sans doute à celui qu'elle n'a pas su conserver chez elle.

Gustave Soulier.

L'ŒUVRE

ALPHONSE LEGROSn

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