CONCLUSION DES AVENTURES DU MÉDECIN ABUBERKER
. Le médecin, parti à la recherche de la femme qui n'aurait janais violé ses vœux de mariage, parcourut en vain de nombreux pays, sans jamais trouver cette femme ïdéale. Il était presque désespéré lorsqu'il arriva dans une île, où il rencontra Zebd-El-Caton ; celle-ci, trop heureuse de pouvoir rendre la vue à son mari, le roi Schems-Eddin, monta aussitôt au som-
“met de l’arbre aux feuilles tranchantes et obtint faci- ‘lement le remède (qui, comme nous l'avons vu, rendit ‘en effet, la vue à Schems-Eddin. Désormais, la plus
grande joie règne à la cour, et les jours qui suivirent ne furent plus qu’une longue suite de réjouissances. Ici, finit Île recueil.
Les Mille et un quart d'heures, contes tartares, eu-
rent certes un succès fou, puisqu'ils furent réédités
quatorze fois et traduits en hollandais, en espagnol, en saillemand et en anglais. Donc Gueullette avait su, cette fois, « attraper le goût » du ‘public, qui s'était tourné vers le conte oriental.
Dans ces divers recueils de contes, Gueullette s’est inspiré ouvertement d’autres auteurs : il le reconnaît
lui-même ; c’est ainsi qu’il nous dit, dans la préface des Sultanés de Guzarate :
« Messieurs Galland et Petis de La Croix, ou du
moins ceux qui Jeur ont prêté leur plume pour rédi-
ger et écrire les contes Arabes, Persans et Turcs paraissent avoir épuisé Ja matière et il semble [qu’il n’y ait plus qu’à glaner après eux » (2). :
Gueullette va même jusqu’à nous préciser l’origine ‘de ses emprunts :
« Le public n’a pas chicané sur des aventures des
trois Bossus de Damas, de mes Mille et un quart d’heures, quoiqu'il ne lui ait pas été difficile de connaître qu’elles aient été prises des Facétieuses Nuits de Straparolles » (3).
Gueullette admet donc lui-même qu’il a « glané » un peu partout. C’est ainsi qu’il a emprunté aux Mille et une Nuïts le passage suivant, qui se trouve dans l'histoire d’Allcouz, de Taher et du meunier .:
« Le caliphe Aroun Arreschid, qui, comme j'ai déjà eu l'honneur, seigneur, de le raconter à votre majesté, sortait souvent la nuit avec Giaffar, s'était ce soir là, déguisé avec son premier visir et Mefrour chef des ennuques. Îl passait par devant la maison où cette scène singulière venait d'arriver, lorsque les éclats de rire qu’il entendit, excitèrent sa cuniosité » (4).
Ce passage est tiré presque mot à mot de l’histoire des trois borgnes des Mille et une Nuits.
Rappelons l'HISroIRE DE BADOUR, RoI DE Caor, dont le jeune fils va à la recherche du génie Géoncha qu’il
(2) Contes Mogols, op. :cit., T. 22, p. 3.
(3) Contes tartares, 0p. cit T: 21, p. 2.
(4) id. T, 22, p. 42,
trouve prisonnier dans une bouteille et qu'il délivre. C’est la même anecdote que Le Sage met au commencement du Diable Boiteux. Ici, le jeune homme trouve le Diable enfermé dans une bouteille dans la chambre d’un chimiste.
Mais tous ces emprunts n’empêchent pas. Gueulllette de faire preuve d'originalité et d'invention dans ses. contes tartares et de tenir constamment en éveil l’intérêt du lecteur. :
En continuant notre étude sur le conte oriental, nous arrivons maintenant aux Aventures Merveilleuses du mandarin Fum-Hoam, contes chinois.
LES AVENTURES MERVEILLEUSES DU MANDARIN FUM-HOAM, CoNTES CHINOIS
En 1723, parurent les deux volumes des Aventures Merveilleuses du mandarin Fum-Hoam, contes chi-. nois. Dans sa dédicace à « Madame la première président de la Cour des Aydes », Gueullette nous révèle les intentions de ce nouveau recueil ; il écrit :
« Je prends. ï liberté de vous présenter les con- tes chinois dans un assez grand nombre d'aventures singulières et plus amusantes les unes que les autres : vous y découvrirez jusqu’à quel point les philosophes chinois ont poussé le ridicule de leur religion et les puérilités dont ils entretiennent le peuple ; quelles extravagances contenues dans les préceptes que Mahomet a laissés à ses sectateurs, et combien est grand - J’aveuglement des uns et des autres. »
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Le but de Gueullette nous apparait donc clairement. Il veut ridiculiser la religion chinoise. En introduisant aïnsi, dans ses contes, des discussions religieuses, Gueullette ne se propose-t-il pas le même but qu'un Le Sage, un Montesquieu ou un Voltaire ? Et nous voyons combien nous sommes éloïgnés du but que notre auteur se proposait dans Jes Soirées Brelonnes, et qui était d’amuser seulement. I] est curieux de constater que cette évolution du conte de Gueullette est exactement la même que celle qu’à suivie le conte en général, pendant cette période.
Voici l’histoire qui sert d'introduction aux coaies chinois.
Holonja, grand visir du roi de Gannan, a reçu la mission d'aller chercher des jolies femmes pour le harem de son toi. Il a comme compagnons de route deux derviches, un jeune et un vieux. Tous les trois s’embarquent pour la Chine sur un vaisseau qui, en route, est attaqué par des corsaires. Mais les deux derviches et Holonja résistent avec un tel courage aux assauts des corsaires qu'ils sortent victorieux de la lutte. Cette résistance tenace leur avait couté de nombreuses blessures. Le jeune derviche semblait le plus sérieusement atteint. Aussi Holonja se hâta de panser ses blessures, Mais, en ouvrant le costume du jeune derviche, quelle ne fut pas sa surprise de constater que ce jeune derviche était en réalité une jolie ieune fille, Aussitôt, le vieux derviche se jeta à ses genoux et le supplia de ne pas révéler ce secret, puis il lui raconta Iles aventures suivantes