La badiane et sa culture en Indo-Chine
Parmi lés cultures indo-chinoises susceptibles d*être développées avec succès et appelées à jouer un grand rôle au point de vue économique, il faut citer celle de la badiane. Jusqu'ici, son développement s'est localisé dans le Haut-Tonkin : dans les régions de Dong-Dang, Vinrath, Halung, Nacham, Tatkhé et le massif du Mauson. Cette localisation qui peut tout d'abord étonner n'a cependant rien que de très naturel : le badianier vient du Sud de la Chine où il est cultivé dans la région limitrophe du Tonkin et ce n'est dans notre colonie qu'une petite hernie en quelque sorte, rappelant l'occupation chinoise. Les Chinois ont planté en effet ce qui eii existe. Lors du changement de maîtres, les Thos profitèrent des plantations, se bornant d'ailleurs à recueillir les fruits et à les distiller. Ce n'est que depuis quelques années à peine, que, se rendant compte des bénéfices à en tirer, certaines riches familles annamites fixées dans le pays, ont acquis les mamelons déjà couverts de ces arbres et ont planté de nouveaux pieds. Encore, ne donne-t-on à la plante que quelques soins pendant les premières années de son développement, elle évolue comme elle peut, dès qu'elle a atteint une certaine résistance vitale, les propriétaires se bornent à récolter ce que les arbres veulent bien produire.
Dès qu'après avoir dépassé la frontière, on pénètre en Chine, sur la route de Long-Tchéou, par exemple, on est frappé du contraste présenté par les mamelons couverts de Badianiers avec leurs similaires tonkinois : les pieds, fort bien entretenus, débroussaillés tout autour, sont plantés à des distances qui, sans être toujours
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suflisanies, permettent néanmoins la libre circulation de l'air, disposition qu on ne retrouve au Tonkin que dans les plantations datant de 50 à 60 ans.
Or, le développement de cette espèce végétale peut devenir une grande source de richesses pour la colonie, il y a lieu de s'en préoccuper activement, de développer l'embryon de culture qui existe, d'en faire surtout une culture rationnelle ; d'autre part, il n'y a aucune raison pour qu'elle reste localisée dans une très petite partie de la Haute-Région, ni condition de climat, ni condition de terrain. Quant au point de vue du rapport, les quelques chiffres que nous ' donnons plus loin sufliront à démontrer que l'huile de Badiane, pourrait, avec quelques efforts, prendre rang parmi les premiers produits d'exportation.
Historique, — La première mention européenne que l'on trouve de « l'anis étoile » est due au voyageur Candish qui le rapporta des Philippines vers 1388. Clusius acheta le fruit à Londres en 1601 et, pendant le xvii*' siècle, il en arriva par la Russie, jusqu'en Angleterre, sous le nom de « Cardamomum siberiensis ». Kapmpfer en 1690-1692 rapporta du Japon et décrivit longuement une plante japonaise, le « Skimmi » qu'il assura, d'accord d'ailleurs avec les auteurs de la « Pharmacographia », être la plante qui fournit l'anis étoile.
Thunberg d'abord, von Siebold ensuite, déclarèrent que les fruits de la plante japonaise n'avaient pas le même arôme que ceux qu'on trouvait dans le commerce.
En 1793 Loureiro, d'accord avec Linné, décrivait la plante chinoise sous le nom d' « Illicium anisatum ».
Plus tard, le docteur Bretschneider montrait que l'espèce japonaise était vénéneuse et, presque en même temps, vers 1881, le D*" Hance et M. Ford établissaient l'indépendance d'une espèce chinoise, que Hooker baptisait sous le nom « d' Illicium verum ».
La question n'est pas tranchée pour cela et nous trouvons l'espèce croissant au nord du Tonkin désignée dans l'opuscule du capitaine Radisson * et dans l'excellent ouvrage de M. Jumelle- comme l'Illicium anisatum.
t. Radisson. La Badiane. Challamel édit.
2. H. Jumelle. Les cultures coloniales. J. B. Baillière et (ils, édit.
L'étude botanique, qu'il m'a été donnée de faire sur place, ne peut plus laisser subsiste»* aucun doute à ce sujet, on se trouve ici en présence non pas de l'Illicium anisatum, mais de l'IUicium verum décrit par Hooker.
J'ai rencontré néanmoins quelques très rares exemplaires « d'illicium religiosum » (alias anisatum) entre Nacham et Tatkhé ; c'est une espèce non utilisée d'ailleurs par les indigènes, qui la désignent sous le nom de Badianier sauvage. Elle n'a qu'un arôme très faible et ses fruits sont couverts de poils.