‹ La baie d'Hudson [microforme]Chapitre 33 sur 53 · PES · texte numérisé non relu

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par la force des choses, à user du faucon- pêcheur comme d’un pourvoyeur., Cependant l'aigle à tête chauve prend quelquefois la peine de pêcher lui-même le poisson dont il se nourrit, et cela lui arrive toutes les fois que les eaux sont peu profonues ou que le poisson se présente assez près de la surf ace pour qu'il puisse le saisir facilement sans plonger .

— Ces aigles, demanda François, ne tuent-ils jamais les faucons ?

— Je ne trois pas, répondit Lucien. Ils tuent volontiers l'oie, qu'ils dévorent, mais respectent la vie du faucon, dont la chair ne leur rendrait pas le quart des services qu'ils sont en droit d’attendre de ces actifs pourvoyeurs. On assure, d’ailleurs, que lorsque les faucons se trouvent en nombre, ils se réunissent et chassent au loin leur tyran.

A ce moment la conversation fut interrompue par un nouvel incident ; les faucons venaient de nouveau de quitter leur nid pour se remettre à pêcher. Leur travail ne fut pas longtemps sans récompense, car l’on vit bientôt l’un d’eux s'abattre dans le fleuve, et reparaître avec un poisson entre ses griffes ; c'était un gros poisson, dont le poids alourdissait considé :abiement son vol. L'oiseau était à peine sorti de l'eau, que l'aigle s’élança du sommet de l'arbre qu'il occupait, et recora mença à lui donner la chasse. Le faucon ne fut pas longtemps à comprendre qu'avec un poids de cette force, il lui était impossible d'échapper à son ennemi. ussi, après avoir volé la valeur de deux cents pas à peine, il cavrit ses serres et lâcha sa proie. Au même moment l'aigle s’abattit à la suite du poisson qui tombait, et parvint à s’en emparer avant qu'il eût touché l’eau. Satisfait alors du résultat de sa chasse, il étendit de nouveau ses longues ailes et sa large queue, retraversa la rivière etdisparut au milieu des arbres de la rive opposée.

Le faucon pêcheur voyant son ennemi s'éloigner, revint planer au-dessus des eaux et se remit à pêcher. Sans doute il était peu satisfait de ce qui venait de se passer, mais habitué comme tant d’autres à payer la taxe royale, il savait qu'il ne sert de rien de murmurer, et il s’exécutait sans qu’on eût entendu de sa part le moindre cri de fureur ou de désappointement.

Un nouvel incident vint bientôt attirer l’attention de nos voyageurs et exciter leur étonnement. Le faucon femelle, dont jusqu'alors la pêche n'avait eu que peu de succès, venait de s’a-

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battre ct &e disparaître en plongeant sous les eaux. Tous les yeux se fixèrent vers le léger bouillonnement qui indiquait encore la place où l'oiseau venait de s’enfoncer. Au bout de quelques secondes d'attente, l'oiseau n'avait pas encore reparu. Il était peu probable qu’on le revît désormais ; l'écume formée par le plongeon avait disparu emportée par le courant de l’eau, ainsi avaient fait également tous les cercles occasionnés par la même cause, et la surface de la rivière était redevenue unie comme une glace. De la position occupée par nos voyageurs le regard planait fort loin sur les eaux, et il était impossible que l'oiseau fût sorti sans qu’on s’en fût aussitôt aperçu. Qu'était-il donc devenu? Telle était la question que nos jeunes gens se posaient les uns aux autres. Ce fut pendant toute la soirée et une bonne partie de la nuit le sujet d'une foule de conjectures de la part de | chacun d'eux. Lucien ne pouvait pas sur ce point en dire plus | que les autres, l’histoire naturelle ne lui donnant aucun renseignement à cet égard.

É L'oiseau s’était-il noyé ? Avait-il été saisi par quelque gros | poisson, étranglé et dévoré ? s’était-il frappé contre quelque ro- | cher ? ou bien encore avait-il embarrassé ses pieds et ses ailes dans quelques herbes qui le retenaient au fond ?

Telles étaient les cornjectures dans lesquelles se perdaient nos |

voyageurs. Les solutions ne manquèrent pas à ce problème. Cn les trouva toutes, excepté pourtant la véritable, que l'événement devait révéler plus tard.

On n'a point oublié que l'événement que nous venons de raconter se passait le samedi ; nos voyageurs demeurèrent au même campement pendant toute la journée du dimanche, et pendant tout ce temps aussi ils ne cessèreni d'entendre les cris

plaintifs du faucon mâle, qui appelait sa compagne sans rece- | voir aucune réponse. Le mardi on s’embarqua et l'on se remit à :

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à descendre le courant. Ils avaient fait environ un mille, quand leur attention fut attirée par un objet assez singulier qui flottait à la surface de l’eau. Ils conduisirent leur canot de ce côté, et reconnurent bientôt que ce qui avait attiré leur attention n'était autre chose qu'un gros esturgeon mort et emporté par le cou-, rant, côte à côte avec un oiseau également sans vie. En retournant le poisson avec le bout de leurs rames, ils furent étrangement surpris de voir que les pattes de l'oiseau étaient implantées dans son dos. Cet oiseau était précisément le faucon femelle.

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Tout fut alors expliqué. L'oiseau s'était attaqué à un poisson trop pesant pour qu’il pt l'enlever. Ses griffes étaient si profondément enfoncées dans les chairs, qu'il n’avait pu les dégager à temps et qu'il était mort noyé. Maintenant il s'en allait à la dérive avec la victime qu'il avait faite.

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