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prit la fuite. C'était le grand hibou des neiges qui revenait chasser sa proie.
La direction prise par le lièvre le conduisit du côté du traîneau, non loin du lieu où stationnaient Basile et ses frères. Le hibou le suivait en volant. Mais à peine le léger quadrupède avait-il fait une douzaine de bonds, qu’on entendit une détonation et qu'on vit l'animal rouler sur la neige, puis y demeurer immobile et mort. La srconde détonation suivit de près la première ; un cri de douleur lui répondit, et le grand hibou blanc tomba par terre. Ces deux détonations étaient trop sourdes pour provenir d'une carabine, elles appartenaient évidemment à un fusil. Tous les yeux se tournèrent vers François, qui, semblable à un dieu qu'on encense, se tenait immobile au milieu d'un nuage de fumée. C'était lui qui venait de faire ce coup double.
Le hibou n'était que blessé, Marengo s’élança pour le saisir. En vain l'oiseau essaya de se défendre à coups de bec; le chien l'empoigna par le cou, et d’un coup de dent termina ses souffrances et sa vie.
Marengo était encore une fois sauvé, et on eût dit qu'il le comprenait, car il bondissait sur la neige en remuant la queue, et en aboyant de joie.
Le lièvre aussi fut ramassé. C'était un lièvre polaire (/epus glacialis), l'un des plus grands de l'espèce, il ne pesait pas moins de quinze livres. Sa fourrure blanche et douce comme un duvet de cygne était tachée de sang. La pauvre bête n’était pas tout à fait morte, comme on l'avait cru d'abord; elle remuait la tête, et ses beaux yeux bruns indiquaient encore un reste de vie. Le lièvre et le hibou furent placés sur le traîneau, Marengo y fut attelé, et la petite troupe se disposa à descendre la colline, et à chercher un abri pour y établir son campement.
— Je suppose, dit Norman, qu'il doit y avoir du bois près d'ici, car je sais pertinemment que cette espèce de lièvre vit toujours dans les bois.
— En effet, répondit Lucien, le lièvre polaire se nourrit de tiges de saules, d'arbousier et de thé de Labrador, et très pro- Fablement ces arbres doivent se trouver dans les environs,
En parlant ainsi, nos jeunes voyageurs étaient arrivés à l’extrémité du plateau, sur le bord opposé à celui par lequel ils y avaient pénétré. A leur grande joie, dans la vallée qui s'étendait à leurs pieds, on voyait quelques bouquets de saules, de grands
ils y dait inds
peupliers, des bouleaux et des pins. Ils furent bientôt au milieu de ces arbres, et l'instant d'après on entendit résonner les coups répétés d'une hache. Une bonne provision de bois fut coupée, on y mit le feu, et un quart d'heure après nos aventuriers eurent la satisfaction d’avoir devant eux un foyer ardent d'où s'échappait une fumée bleuâtre qui montait en tourbillonnant au-dessus des arbres, et allait se perdre dans le ciel.