LES MÊMES, PAUL
PAUL (fimidement).—Pardon, mes amis. je venais...
Tous.—Tiens, c’est le nouveau.
PAUL.—Mais je vous gênerai peut-être ?
PorLARD.—Nous gêner ? pourquoi donc ça ?
PAUL.—Ah! c'est qu’en vous voyant aujourd’hui plus nombreux qu’à l'ordinaire, je craignais.…
CHALUMEAU.— De trouver vot'place prise ?...
allons donc, c’est Sagré, Ça... est-ce que vous n'êtes pas un camarade... un habitué ?
PAUL. — Un camarade... en effet, voilà huit jours...
CHALUMEAU.—Huit jours que vous venez passer la nuit ici... (Mouvement de Paul) Ah! pardine,
AVC Février eÙ
Y a pas d’affront, on n’est pas déshonoré pour ça. n'est-ce pas, vous autres ?
PoPLarp.—Tiens, j'y couche bien, moi!
CHALUMEAU.-—C'te bêtise !.. est-ce ue tu ne q
vois pas, aux manières de monsieur, qu’y n’est pas habitué à vivre comme nous ?
PLURE D'OIGNOoN.—Ah Ça! vous avez donc eu des malheurs ?
Pau. — Des malheurs |... Non... ce sont mes
propres fautes qui m'ont conduit à cet état de misère et de honte. je ne puis accuser c'e moimême... Le désir de briller, une ambition av. dessus de mes moyen£ m'ont entraîné à contracter des dettes.
CHALUMEAU.—Tu entends, Plure d'Oignon 1...
ménage ta fortune, mon bonhomme.
PAUL.—Délaissé, abandonné par ceux qui se disaient mes amis, poursuivi par mes créanciers, je n’osai bientôt plus rentrer chez moi, où m'attendaient un désespoir plus poignant qe le mien, des reproches plus cruels Encore que ceux de ma conscience,
CHALUMEAU.—Bon, bon, je comprends pas Comprenez-vous, vous autres Pis
Tous.——Ma foi, non !
CHALUMEAU.—-Mais n'importe, faut reprendre un peu de courage... ilne faut quelquefois qu'un instant Pour vous remettre à flot.
PLURE D'OIGNON.— Tiens, c’est vrai, ici on couche sur l’eau, c’est déjà un commencement. Ah! Ça, Soupe-t-on ici ?
CHALUMEAU.— (Ca me va ! j'régale !
POPLARD.—Passons dans la Salle à manger.
(275 remontent et vont s'asseoir près de La Dile de 2lanches.)
PAUL (se tenant à l'écart). —Huit jours déjà de
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ce cruel supplice ; huit jours pendant lesquels le remords et la faim sont venus m'assiéger sans relâche. j'ai cherché à travailler ÿ Mais on m'a demandé l'emploi de ma vie passée, et la honte m'a monté au visage, Chaque soir me ramène Parmi ces misérables cent fois moins à plaindre que moi, car je les vois dormir à mes côtés, tandis que de cruels souvenirs me tiennent éveillé... Et Louis, pauvre Louis que j'ai détourné des sentiers du bien jour l’associer à ma vie d’oisiveté et de débauche ; Louis que je n'ai pas revu depuis huit jours et que j'ai daissé dans le plus affreux désespoir, aprés lui avoir vu perdre au jeu une Somme considérable qu'il n’a pas pu payer. Qui sait, si, écrasé par le remords et la honte, il n’a pas attenté à ses jours. Grand Dieu! et ce serait là mon ouvrage. Ah! je suis trop coupable... (Ox entend chanter Bagnolet.)
CHALUMEAU.— Tiens, qu'est-ce qui chante donc là-bas?
PoPLARD Ça vient d'une barque. elle nage par ici. (Une barque vient aborder au quai; elle porte Bagnolet et Didier, tous deux vêtus comme Les autres vagabonds. )