‹ La bande du cheval noir [microforme]Chapitre 33 sur 55 · Je · texte numérisé non relu

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pardons, monsieur Didier. Mais ce que j'ai à vous dire, je ne puis vous en parler qu'ici.

Dipier.—Et moi, monsieur, si je suis venu, c'est qu’il s'agit, m’avez-vous dit, de l'honneur de mon frère.

MonrreuiL.—Et c'est vrai. Mais, approchez donc ; et veuillez vous asseoir. on dirait, à vous voir près de cette porte. que vous avez peur.

Dipier.— Peur! moi. (Z7 descend la scène ; aussitôt Montreuil la remonte vivement.)

MoNTREUIL.—A la bonne heure ; je savais bien que vous étiez un homme de cœur. Ét maintenar.i nous allons nous entendre à merveille.

DiDiER (gui à observé ce mouvement). —Au fait, monsieur, venons au fait.

MONTREUIL (changeant de lon). — M'y voici.

Vous avez interrompu hier un marché stipulé entre moi et votre frère.

Dipier.—Marché infime et que je désavoue.

MoNTREUIL (avec insolence).—Pardon, mais on ne vous demande pas votre approbation. Enfin, c'était une affaire conclue ; Car, entre gens d’hon-

neur, la parole vaut l'écrit, et j'avais sa parole,

DIDIER (dédaigneusement), Entre gens d’hon.

neur, c’est possible,

MonrReuiz.— De l'ironie, fort bien ; je subirai patiemment votre dédain ; je ne vous demande ni égard ni politesse, mais simplement le traité dont vous vous êtes emparé, (montrant La poche d'habit de Didier) et que vous avez là... là. je le sais.

Dipieër.—Ah | vous le savez. vous êtes bien informé, monsieur, et cet écrit...

MoNTREuIL.—]Je l'exige.

Dinrer.—Vous l'exigez !

MonTREUIL.—Ici même, à l'instant !

Dipier (froidement).—Et c'est là le seul motif pour lequel vous m'avez fait venir ?

MonTREUIL.—Le seul.

Diprer.—En ce cas, monsieur, adieu. (77 remonte.)

: MONTREUIL (/'arrêtant).—Vous ne sortirez pas.

Dipirer.—Allons donc, vous êtes fou ; de la violence dans un lieu public. presque en plein jour ! (Z7 va pour sortir et se trouve en face de Plure d'Oignon, qui vient s'appuyer sur la porte en fumant.) Fort bien ; vous n'êtes pas seul ici contre mi... Après tout, que m'importe ! quand vous seriez deux, quand vous voudriez employer la violence, j'appellerais à mon aide tous ceux qui sont là, je leur dirais que vous m'avez attiré dans un guet-apens.., je dirais.

MonTREUIL.—Et je vous dis, moi, que vous ne sortirez pas. (77 va s'asseoir tranquillement.)

Dipter —Ah! c'en est trop à la fin! (Æemontant la scène et élevant la voix.) Messieurs, ces ‘ deux hommes, entendez-vous, ces deux hommes veulent me voler ! (77 regarde autour de lui; personne ne bouge.) Comment! personne ne semble m'entendre. (4 part.) Mais où suis-je donc?

MonTREUIL.—Eh bien, monsieur, avez-vous réfléchi? consentez-vous à me rendre cet écrit ?

Dipier.—Jamais ! Oh! je le vois, ces hommes sont à vos ordres; mais malgré la puissance que vous exercez sur eux, je ne vous crains pas. Non, je ne vous crains pas, (refournant vers les autres) car 1l y a autour de cette maison d’autres maisons habitées ; mes cris vont se faire entendre... A moi! au secours ! au secours,! (Monéreuil, au premier cri, a levé le bras, et tous se sont mis à thanter.) Oh! les misérables !... mais c’est épouvan-

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# table, c'est horrible ! Tous, tous complices de cet infâme ! tous réunis contre un seul homme.

MonTREUIL.—Maintenant, le traité.

Dipier.— Non, non. Tuez-moi, lâches, car vous ne l’aurez qu'avec ma vie.

MonrReuIL.—Vous tuer? allons donc... vous voyez la douceur, les ménagements que j'emploie, ni mouchoir, ni bâillon ; de peur d’étouffer l’homme en étouffant les cris... seulement la patience a des bornes. Une dernière fois, monsieur, ce papier.:. voulez-vous rendre ce papier ?

Diier.—Non, vous dis-je, non !

Moxrreuiz —Alors, qu'on le lui prenne (Quatre hommes s'emparent de Didier, le couchent sur un êanc et le fouillent ; l'orgue se fait entendre.)

Dinier (se débattant).—Oh ! les infâmes |... au secours ! mon Dieu! venez à mon secours !

PLURE D'OIGNON (donnant le papier).—Noilà.

Moxnrreuiz.—C'est bieu cela, Laissez monsieur.

Dipter.—Va, tu rendras compte un jour.

MonrreuiL.—Pardon, ce n'est pas tout ce que j'exige de vous.

Dipier.— Qu'est-ce donc encore ?

MonTREUIL.—Vous êtes homme d’honneur, monsieur” Didier, et je sais qu’un serment que vous auriez fait, jamais vous ne le trahirez.

Dipier.—Eh bien?

MonTReuIL.—Eh bien, vous allez me jurer sur ce que vous avez de plus sacré de ne plus vous opposer à nos projets et de ne jamais révéler ce qui vient d’avoir lieu ici.

Divier.—Et je laisserais, après ce serment, consommer la ruine ou le déshonneur de mon frère, je me ferais lâchement le complice de l'odieux mariage auquel vous voulez le contraindre ! Je jure, oui je jure sur la cendre de mon

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père qu’une fois hors de ce lieu, c'est aux magistrats, c'est à la justice que je courrai tout dévoiler ; Car si j’agissais autrement... mais je serais aussi lâche, aussi infâme que vous.

MonrReuiL.—C'est votre dernier mot, c'est là votre dessein ?

Dinier.—Oui, dès que je serai sorti d'ici.

MonrreulL.— Alors, vous n’en sortirez pas. A l’œuvre !

Dirier.—O ciel ! que faire ! que devenir? (O# enlève une grosse valise et on trouve Bagnolet caché

derrière.) PLURE D'OIGNON.— Bagnolet ! | Dipier.— Ah ! À

MonrreuiL.—Bagnolet ici ! Tu ne me quitteras plus et je réponds de ton silence... Enfermez d’abord celui-ci. (Oz force Didier à descendre par une trappe qu'on vient d'ouvrir.)

PLURE D'OIGNON.— Alerte ! ne patrouille !

Dipi£r.- -Ah ! l’on vient à mon secours... A moi! (Qu referme la trappe et on remet la valise dessus. La patrouille paraît.)

Tous.—Un pot / un pot /

Le SERGENT.— Pourquoi ce bruit?

PLURE D'OIGNoN.—Rien, sergent, ‘c’est que demain on ferme la boutique et nous enterrons l'établissement.

LE SERGENT.—A la bonne heure ! mais ne criez pas taut,

Tous.—Adieu, sergent. (Za patrouille sort.)

PLURE D'O1GNon.—Ils s'éloignent !

Dipier (dans lu cave). —A moi ! au secours!

MonrRguIL.-—Chantez donc, vous autres. (Zbws se remettent à chanter en frappant du pied.)

RIDEAU

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