SCÈNE III
CRrÈvEcœuUR, Louis.
Louis (gui entre en cherchant). — Comme ce lieu est triste.
CRÈVECŒUR.—Quelqu'un | ce doit être ça.
Louis. —Mon courage m’abandonne |
CRÈVECŒUR.— Voyons |...
Louis (surpris). —Ah | qui êtes-vous? que me voulez-vous ?
CRÈVECŒUR.— Tiens, je vous connais. c'est vous qu’avez voulu vous noyer ?
Louis.—Attendez.. et c’est vous qui avez aidé à me sauver.
CRÈVECŒUR,— Oui ; mais Pourquoi venez-vous ici P
Louis.—C'est que j'y cherche quelqu'un.
CRÈVECŒUR. — Quelqu'un. vous. non, non, allez-vous-en.… allez-vous-en…
Louis. —Impossible !... Mais vous-même.
CRÈVECŒUR. — Moi ! j'attends !.… faut que je reste... (Avec force.) Faut que je me ven... mais pas devant vous... Allez-vous-en.
Louis (à part). — Il attend. serait-ce lui qui doit me conduire? Voyons d’abord. (Z7 s'éloigne de Crèvecœur et se dirige vers la maison du gardien.)
CRÈVECŒUR. — Ah !.… il s’en va 1. il s'en va LEUR
Louis.—La maison à gauche, ce doit être celleci. (77 frappe.) ; CRÈVECŒUR.-— Hein |... pourquoi voulez-vous
nourir, et Dh! oui,.
[l marche du gar- |} Bon !
1e ce lieu
ça.
. que me ... C'est vez aidé 1ez-vous
Le >n, NON,
que je … Mais
lui qui oigne de rdien.) À va !.. e celle-
eZ-VOUS
entrer là ? pourquoi frappez-vous à cette porte P... ;
(Z7 va le prendre Dar le bras et le fait redescendre. }
Louis. — Mais je vous l'ai dit... il faut que je.
voie quelqu'un.
CRÈVECŒUR.—Mais il n'y à que moi... que moi seul ici.
Louis. — Vous seul! mais alors c'est donc à vous qu’il faut que je parle ; c’est donc à vous que je dois dire : J'ai vi mourir Marie Hubert !
CRÈVECŒUR.—Malheureux | (Z7 lève le bras.)
Louis.—Que voulez-vous ?
CRÈVECŒUR.—Oh ! répélez !.. répétez!..…. car si C'était un autre, tout serait déjà fini... mais Vous... je ne sais pas. je frissonne |... j'hésite !
Loutis. — Mais calmez-vous, de grâce, ne vous a-tOn pas prévenu que quelqu'un viendrait ici P
CRÈVECŒUR.—Oui... oui. après ?
Louis. — Ne vous a:t-on pas dit qu’il frapperait à cette porte ?
CRÈVECŒUR (/ournant le Couteau dans sa main). —Oui, à cette porte. après ?
Louis. — Et qu'il vous dirait enfin : J'ai vu mourir Marie Hubert.
CRÈVECŒUR (/evant Le couteau). —Misérable 1... c’est donc vrai ?.…..
Louis (/ombant à genoux). —Mais oui, je l'ai vue mourir, puisque c'était ma mère,
CRÈVECŒUR.—Ta mère !... ta. mère !... Ô mon Dieu !
Louis.—Ce regard 1...
CRÈVEUŒUR.— Ah ! parle ! n’aie pas peur... n’aie Pas peur ! parle ! c’était ta mère, n'est-ce pas?
Louis. — Mais pourquoi me regardez-vous ainsi, VOUS, si menaçant tout-à-l’heure ? pourquoi me sérrez-vous dans vos bras, vous qui vouliez me tuer?
RÈVECŒUR.—Pourquoi... ah | je ne peux pas:
te dire... j'étouffe… je ne peux pas parler. l’émotion. la joie... le bonheur. Ta mère |... elle! ta mère !... mais c'était ma femme à moi !
Louis.__Grand Dieu !.… vous êtes doné.….
CRÈVECŒUR.— Jérôme !.… Jérôme Hubert !
Louis. Mon père !... mon père l... (7 se jette dans ses bras.)
CRÈVECŒUR.— Ah! ce mot là, c'est la première fois... ce mot-là me soulage ; tiens. tiens. je puis respirer. je pleure. je suis heureux !... mon enfant, mon fils ! (Z/ embrasse.) C'est lui !… lui, mon fils ! que je vois pour la première fois... Oh! mon Dieu! (Se jetant à genoux.) Oh! mon Dieu 1... il y à Quinze ans... quinze ans que je ne vous ai prié, et pourtant vous avez eu pitié de moi, Vous me rendez mon fils! Oh! vous êtes grand et bon... vous êtes miséricordieux, Seigneur !
Louis. Ah! nous ne nous quitterons plus, -
n'est-ce pas ?
CRÈVECŒUR.—Oh ! non, jamais ; tu me parleras souvent de ta pauvre mére !
. LOuIS.— Qui :m'apprenait à vous chérir.. qui
vous bénissait «:; :nourant.
CRÈVÉCŒU:. … Ah! c'est qu'elle savait bien, elle... que je m'étais pas coupable.
Louis.—Oui, mon père !.…. oui, elle le savait, Car, s'ils ont attenté à sa vie, les misérables, s'ils l'ont tuée, c'est qu'elle avait enfin entre les mains la preuve de votre innocence.
CRÈVECOEUR.— Les preuves ?...
: Louis—C'est qu'elle avait découvert le nom du vrai coupable... l: nom de François, Renaud,
CRÈVECŒUR. — François Renaud !..: je ne le connais pas.
Louis.—C'est lui qui avait commis ce vol dont vous étiez accusé. et quand ma mère, à force de
.… l'émo- «. elles.
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peines et de recherches, allait faire éclater v innocence... c'est encore lui, c'est lui qui frappée.
CRèvECŒUR. — Et c'est pour moi qu'elle est morte, Ohl!... cet homme... si je le retrouve.
Louis.—Mais vous serez réhabilité, mon père.
Je demandais au ciel de me rendre mon père, et c'est quand je n’espérais plus qu’il nous a réunis.
CRÈVECŒUR.—Et j'allais te tuer quand le ciel
t'envoyait vers moi... Mais tu sais, n'est-ce pas? malgré ces mots terribles que tu as pro! Les je tremblais… j'hésitais… je ne pouvais ] )n, je ne pouvais pas me venger... Ohl!c'es ju’il y
avait une voix que j'entendaïs là... c’est que je t’aimais déjà... c’est que le sang parlait, voisitu ?.… Louis.—Mais qui donc m'avait accusé ?
CRÈVECŒU: Un homme appelé Montreuil, Louis.—Montreuil | CRÈVECOEUR.—L'infâme !.. il voulait me faire tuer mon fils. Oh ! malheur, malheur à lui !
Louis.—Ecoutez, j'entends marcher | CRÈVECOEUR.—Oui, on vient de ce côté.
Louis.—Je ne me trompe pas... c'est lui !
ORèVECŒUR.— Lui ! ton assassin ; il vient s’assurer de ta mort! c'est bien. (// ramasse le coueau.) Eloignetoi !
Louis, —Qu'allez vous faire ?
CRÈVECOEUR.—Eloigne-toi, te dis-je! (77 Ze re- Dousse et va au devant de Montreuil.)