SCÈNE IV
Ù à BaAGNoLEr, Diner.
DiniËR.—Eh mais, c'est Bagnolet.
Ba@noLeT.—Mon nom... mais pardon. je n'ai pas le temps de. :
Divier.—Tu n'as pas le temps de serrer la main à une ancienne connaissance, à un concitoyen ?
BaGNozer.—Ur concitoyen !.. ah! vous êtes des Trois-Rivières... Monsieur, je vous salue bien ; mais je suis très pressé. il faut que je...
Dibrer (/'arrétant).—Ah ça, mais regarde-moi
donc! tu ne me reconnais pas ? je BAGNOLET (/ regardant).—Attendez.… ‘si fait.
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je n’ai pas la berlue.….. ah! mon Dieu ! est-ce pos-
sible.. tu serais. vous êtes.
Dipier Charles Didier !
BAGNOLET.—Charles Didier ! qu'on appelait le petit Charlot ?
Dipier.—Avec qui dans ton enfance, tu allais.
BAGNOLET.—A l’école. Oui, et qui me défendait toujours contre les grands... qui se battait à ma place... Ah! Dieu! m'en avez-vous épargné, des taloches.. aussi, entre nous, c’est à la vie, à. la mort, et si je puis vous être bon à quelque chose... voulez-vous visiter la ville ?
Dipier.—Pour le moment, j'ai plutôt besoin de repos, car depuis que nous nous sommes vus, j'ai fait de grands voyages.
BAGNOLET.—Ah bah ! des grands voyages.
Dinrer.—Et j'arrive d'Australie, où mon œauvre père vient de mourir.
BAGNOLET. — Votre vieux père... mais vous, qu'est-ce que vous avez été faire par là?
Dipier.—J'avais quitté le Canada pour aller chercher fortune... j'ai réussi... Et c'est pour des affaires de famille que je viens à Montréal.
BAGNoLerT.—Ah ! j'entends... c'est juste ; au fait, vous venez retrouver votre frère.
Dinier.—Mon frère, oui... Paul a recueilli sa. part de notre héritage, il doit être heureux.
Bacnorer.—Heureux, lui? mais pas du tout.
Diviér.--Que veux-tu dire ?.…
BAGNOLuT.—Qu'à son arrivée à Montréal, monsieur Paul, votre frère, allait dans Je monde... il voulait briller. trop briller, même...
Dipier.—Ensuite…
BAGNoOLET.—Si bien qu’au bout de quelque temps, il s’est lancé dans ce qu'on appelle ici la haute mauvaise société.
Dirier.—Tu me fais frémir !
BAGNOLET.—Mais pour vivre longtemps dans ce monde là il faut ou beaucoup d'argent... ou beaucoup d'adresse... et. :
Dipier.—Et Paul qui était pauvre, ne s'y est pas maintenu, lui, parce qu’il n’a pas rejeté tout sentiment de probité, parce qu’il est homme d’honneur, n'est ce pas ?.… et maintenant, il est en proie au besoin, à la souffrance, à la misère !.., Oh! je veux le retrouver, je veux le revoir !.., tu dois connaître sa demeure, tu me conduiras...
BAGNOLET —Sa demeure ?... ça n’est pas facile ; n'importe, je soupçonne... dès ce soir nous nous mettrons en campagne.
Dipier.— Où, demeures tu ?
BaGvozer.—Friponne street, numéro neuf, au derwier étage. il y a une patte de lièvre à la porte |
Diier.—Il suffit !
UN CcocHER (entrant). — Monsieur, vos effets sont chargés ; la voiture vous attend.
Divter.—Merci.. (4 part.) Qu'ai-je appris, grand Diéu?.…. Paul !... non, malgré ses fautes. je ne puis... je ne veux pas l’abandonner. (Æaut ) Bagnolet, tu te souviendras de ta promesse, n’est ce pas? j'irai te prendre... tu me conduiras vers mon frère. et si, en échange de ce service, tu as besoin de moi, tu n’auras qu’un mot à dire. €t ma reconnaissance... À :e soir, donc, Bagnolèt, à ce soir.
BacNozer.wA ce soir ! (Didier sort.)
DR ae