‹ La bande du cheval noir [microforme]Chapitre 7 sur 55 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

MonNrreuir, Diconarp.

DIGONARD.Eh bien, nous voilà seuls, parlons de cette grande affaire,

MONTREUIL. Attends, Car C’est toute une -his. toire. histoire Mystérieuse, mais ‘dont je puis te

cigare). — Allons,

confier le secret, à toi qui me connais bien et dont je sais aussi toute la vie.

Diconarp.—Toute ma vie... je suis banquier...

MONTREUIL.— Bon... et je sais ce que tu étais avant... je sais même depuis que tu exerces la banque, plus d'un zéro criminel que tu as adroite. ment glissé à la fin d’un compte de jeune homme.

DiGonarD.—Enfin cette affaire...

MoNTREUIL.—M'y voici, il y a quelque temps je me trouvais à Sorel, ayant épuisé toutes mes: ressources.

DiGoNaARD. — Je le sais.

MonNTREUIL.—Oui, car je t'avais écrit pour” te supplier de me prêter quelque argent sur ma parole.

DiGoNARD.—Ta parole, par malheur, c'était ta seule garantie.

MoxTREUIL.—Ce qui fait que tu ne m'as rien prêté du tout; or, un soir, j'étais sans argent, n'ayant auprès de moi ni un ami qui pût m'aider, ni quelque autre dont je pusse me servir. je me promenais dans la campagne, aux alentours d’une petite maison dont je venais de voir sortir les habitants. La maison est déserte, me disais-je, et à cette pensée un frisson parcourut tout mon corps... Une haie de quelques pieds me séparait seule du jardin ; je la franchis d'un bond, et grimpant lestement le long d’un arbre renversé sur la façade de derrière, j'entrai dans l'appartement du premier étage ; il y avait là un petit bureau bien fer. mé pour un autre, mais presque ouvert pour moi, et dans ce bureau une liasse de billets de banque que j'euveloppai à la hâte dans la première feuille de papier que je sentis sous ma main ; puis je sautai de la croisée dans la terre labourée du jardin, et je partis. Une heure après, attablé dans

une hôtel de la ville, je dérou ai mes billets, et je découvris que l'enveloppe était une lettre que je me mis à lire... Cette lettre était datée d’Australie, et signée: Didier,

DIGONARD (avec étonnement). —Didier !

MonTREUIL.—Didier, négociant des Trois- Rivières, et qui était allé rejoindre là-bas son fils aîné, presque son fils unique, puisque le plus jeune était, disait-il, pe:du pour le monde et pour son père. Le vieillard écrivait cette lettre à son lit de mort ; il l’adtessait à son meilleur ami, au millionnaire Desrosiers, et acceptait l'offre que celui-ci avait faite d’unir leurs deux enfants. Je me souviens alors de ce Paul Didier, des Trois-Rivières qui avait pendant quelques temps vécu parmi les nôtres, c'était le cadet des deux frères ; mes comme il m’apprenait que Desrosiers, parti depuis longtemps de sa ville natale, ne connaissait ni l’un ni l’autre, alors une pensée subite s’empara de mon esprit, un plan immense se déroula tout entier devant mes yeux ; cette lettre était un talisman qui devait nous enrichir, une mine d’or dont je tenais le filon. Je venais dé voler deux cents piastres, je les avais enveloppées dans un million.

DiGoNARD.—Mais ce plan, quel est-il ?

| MomTREuUIL.—Le lendemain, plus décemment vêtu, je me présentai chèz Desrosiers. J'arrive d'Australie, lui dis-je, et je vous annonce le retour | de votre futur gendre... —Eh quoi !... Didier ? | Est en ce moment à Montréal où le retiennent | quelques affaires Eh bien, s’écrie le bonhomme, e c'est à Montréal que je veux faire la noce, nous | irons à Montréal,

DiGoNARD.—Ah bah ! il va venir?

| MOoNTREUIL.—Il est venu; en ce moment, il conduit sa fille à l'hôtel Richelieu, dans un ins-

» P . Line PA ee

bn 0 nl ee enr DÉC AEL SAME Al DR SE BEN DA SAP Reda à ET —

, et je que je d'Aus-

Troison fils jeune r son lit de illionelui-ci e souivières mi les

m£is depuis ni l’un ra de ut en- \ talisr dont cents illion.

nment arrive retour idier P nnent mme, , nous

nt, il n ins-

tant il reviendra pour y faire porter ses bagages, et les miens,

DiGonaARD.—Les tiens. mais je croyais qu'il y a un mois, tu était sans.

MoNTREUIL.—Il y a un mois je ne connaissais pas mon ami Desrosiers ; maintenant il faut retrouver Paul,

DiconaARD.—Paul Didier !

MONTREUIL.—Oui, Paul, qui saura bien parler au Desrosiers de $on propre père, de ce vieil ami qu'il a si longtemps connu et de l'Australie qu'il ne connait pas, Paul, que nous tirerons de la misère pour lui donner une riche dot que nous partagerons bien entendu ; mais il faut délier à son profit les cordons si serrés de ta bourse ; c’est un beau garçon auquel il ne manque que des habits d'une coupe nouvelle, chevaux et voiture, et tu lui donnergs tout cela.

DIGONARD.—Mais…

MonTReuIL.—Car ce n’est qu'avec tout cela qu’il peut prendre, sans éveiller les soupçons, la, place de ce frère qui s’est enrichi en Australie.

DIGONARD.—Fort bien, mais cette fois je ne veux pas risquer.

MONTREUIL.—Quelques centaines de piastres, pour en gagner deux cent mille ?

DiconARD.—Deux cent mille.

MONTREUIL.—Ah ! tu réfléchis, mais cela ne suffit pas, il faut agir.

DESROSIERS (4ors de scène).—Fort bien, je reviens à l’instant.

MonTReuIL.—Silence ! j'aperçois notre homme.

es 00 …

Page 1