‹ La Banque Centrale De Crédit AgricoleChapitre 34 sur 37 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Les principes que nous avons étudiés, les faits que nous avons examinés nous ont permis de voir que, depuis longtemps, la situation de l’agriculture est, pour les économistes et le législateur, un sujet de sérieuses préoccupations.

Les charges de plus en plus élevées qui grèvent la propriété agricole.

Les droits exorbitants sur les mutations d’immeubles.

Une dette hypothécaire dont le fardeau s'aggrave de jour en jour.

La disproportion notable qui existe entrele prix de la terre et son revenu.

L’insuffisance de l’instruction agricole, l’imperfection des modes de culture qui paralyse le développement de la production.

La désertion des campagnes.

Le manque de bras pour les travaux agricoles.

La pénurie et l’éloignement des capitaux, de toutes parts sollicités par les placements industriels, en fonds d'Etat et par la spéculation.

Louis Dop 18

La concurreuce redoutable des pays étrangers.

Les vices de notre législation et surtout de notre régime hypothécaire.

Le manque de débouchés.

La baisse de prix des produits agricoles.

L’insuffisance ou l’imperfection des lois récentes,

Tel est le tableau succinct des embarras sous lesquels l’agriculture se débat.

Nous avons assisté à tous les essais qui ont été tentés pour régénérer l’agriculture, la remettre en honneur, l’aider à tenir sa place au premier rang de nos industries nationales; nous avons examiné les divers projets émanés du législateur et qui témoignent de sa sollicitude pour la solution d’un problème qui aun intérêt politique et social. Enfin nous avons apprécié les divers moyens mis en œuvre pour fonder parmi nous le crédit agricole.

En vain avons-nous attendu les résultats de linitiative individuelle; elle est insuffisante, imparfaite, et n’a quelque chance d'aboutir que si elle se trouve appuyée et renforcée par l’aide de l’Etat.

En vain a-t-on essayé de provoquer les capitaux privés à s’engager dens la voie tracée parles caisses rurales et les banques régionales : le résultat n’en est guère encourageant et ne permet pas d'espérer une modification dans le mouvement de l'argent.

Nous avons vu également le Crédit foncier détourné insensiblement de l'œuvre et de la mission que le législateur lui avait assignés.

Ses ressources vont surtout s’engouffrer dans les placements en immeubles urbains, et il n’a prêté qu’une somme insignifiante sur les 100 millions offerts pour le drainage. D’un autre côté,son but et ses statuts lui interdisent de faire certaines opérations agricoles.

Il y a donc nécessité et urgence de venir en aide aux agriculteurs par l'institution d’un organisme qui viendra compléter les effets bienfaisants des lois récentes votées par le législateur.

Nous avons déjà dit que le Crédit foncier de France nous semble tout désigné pour se charger, sous le contrôle et avec l’aideet la subvention de l'Etat, du fonctionnement du crédit agricole en France.

Ce sera notre conclusion et nous en donnerons les raisons suivantes :

1° Le Crédit foncier est connu de tout le monde ; il jouit d’un grand crédit ; il est donc mieux placé qu’une société nouvelle pour ouvrir efficacement ses guichets aux dépôts et se procurer ainsi à bon marché les fonds nécessaires à l'alimentation du crédit agricole. Et, tout le monde est d’accord sur ce point, le crédit agricole ne sera utile que sil peut fournir presque sans frais des avances peu coûteuses à nos agriculteurs ;

2 Le Crédit foncier a une organisation toute prête, sérieuse, compétente, sous la direction et le contrôle de l'Etat, et cette organisation pourrait facilement, et presque sans frais, être complétée.

Cette société a dans toute la France des agents qui gèrent ou surveillent la gestion de domaines ruraux, qui sont au courant de la valeur et du rendement possible des terres, qui sont déjà en rapport avec un grand nombre d'agriculteurs dont 1ls connaissent les besoins.

Il sera facile à ces agents d'étudier les demandes de prêts agricoles.

Le Crédit foncier pourra, en outre, employer et faire garantir ses opérations par les organismes locaux déjà existants: banques locales, syndicats agricoles, banques régionales ;

3° Le Crédit foncier a donné la mesure de son immense crédit.

D'ailleurs, placée sous le contrôle étroit et constant de l'Etat, qui nomme son gouverneur et ses sous-gouverneurs, qui fixe le taux,de ses emprunts et de ses prêts, qui par ses inspecteurs des finances se tient au courant de toutes ses opérations, cette société ne pourra que bien gérer, dans l’intérêt de tous, l'institution du crédit agricole.

Nous faisons donc reposer notre système sur le principe de la solidarité et de la mutualité à la base, et sur l'intervention limitée de l'Etat en haut, afin de donner une aide efficace et bienfaisante aux efforts de l'initiative privée.

Nous n'avons qu'une illusion de crédit agricole. Seule, Pinstitution d’une grande banque centrale donnera une solution satisfaisante au problème.

Cette solution s'impose; le monde agricole l’attend avec d'autant plus d’impatience qu’il voit chaque jour les industriels et les commerçants réaliser des fortunes rapides au moyen du crédit qui les favorise.

Et, pendant ce temps, l’agriculteur est livré à ses propres ressources.

Il lutte contre les intempéries, contre les mauvaises saisons, contre les épidémies, contre les fléaux de toute nature qui viennent souvent réduire à néant ses plus pénibles efforts.

Il est donc temps d’aboutir, et par la création de la banque centrale de crédit agricole, de donner à l’agriculteur non seulement un secours matériel, mais ce réconfort moral qui augmentera ses forces et son énergie et accroîtra ainsi la prospérité de notre belle France.

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