II PREFACE
en ce moment et qui f<mt l'objet de deux grandes, enquêtes administrative s, ce livre n'est pas une publication de circonstance : il exprime et résume une conviction scientifique mûrie pendant do longues années par l'étude, la réflexion et Texpé-
rience.
Il y a vingt-sept ans qu'à l'occasion d'un renouvellement du privilège de la Banque de France, je publiai quelques études sur cette question de la liberté des émissions, qui avait été posée deux années auparavant par l'économiste américain Carey. C'était un problème nouveau, surtout en France, où je ne crois pas qu'il existât alors d'autres publications sur cette matière que la spirituelle brochure dans laquelle M. le comte d'Esterno avait raconté avec beaucoup de sens et de franchise les mésaventures de son projet d'établissement d'une banque à Dijon.
Douze années plus tard, en 4852, je reprenais à nouveau cette même question dans un ouvrage technique. Dans l'intervalle, la Hberté des émissions avait été proposée et défendue avec beaucoup de talent par Ch. Coquelin et M. du Puynode, en France, et par Wilson, en Angleterre.
Depuis cette époque, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de traiter cette question, en Amérique et en France, notamment dans l'article Banque, du Die-tionnaire du Commerce et de la Navigation, et . dans
I PREFACE. m
^î rintroduction placée en tête de la seconde édition ' ; (lu livre de Ch. Coquelin.
'* i Toutes nos publications, je dois le dire, avaient ^' fait fort peu d'impression sur le public, lorsque ^'' I affaire de la Banque de Savoie, et surtout les élévations du taux de l'escompte de la Banque de "' France l'ont un peu réveillé de sa torpeur et ont J^ donné lieu à une multitude de livres, d'articles de ^ journaux et de brochures. J'ai pris quelque part à "' cette controverse, dans le Journal des Economistes et ^ dans le Temps, et je reproduis à la fin de ce volume ceux des articles qui m'ont paru le plus propres à intéresser le lecteur. Mais ils sont séparés
de la publication principale, La Banque libre.
j Dans celle-ci, je me suis efforcé de restreindre
^' le plus possible l'objet de la discussion, qui est la
'^ liberté des émissions. J'ai évité de discuter le
' régime de la Banque de France et celui de la
^ lianque d'Angleterre, bien que cette étude eût pu
être intéressante. J'îii aussi évité les citations et
me suis refusé le plaisir de mettre les adversaires
i de la liberté, ainsi que les partisans de la liberté
limitée, en contradiction avec eux-mêmes.
I 11 s'agit d'une question de principes et d'un grand intérêt national, non des personnes et des opinions qu'elles peuvent avoir émises.
Je n'ai pas essayé de présenter le monopole des émissions comnae la cause de tous les maux
lY PREFACB.
dont souffre la société et de montrer dans la liberté des émissions un remède à tous ces maux. Cette façon d'argumenter, conforme aux habitudes du palais et fort à la mode, ne m'a pas semblé digne des lecteurs sérieux.
Nous n'avons mis en présence dans ce volume que la liberté des émissions et le monopole. Nous savons qu'il existe un grand nombre de régimes mixtes, existants ou possibles, tous meilleurs que le monopole, mais, dans notre opinion, inférieurs à la liberté.
Entre ces régimes nous préférerions les moins restrictifs, particulièrement si, posant une réglementation quelconque, ils laissaient intact le principe de la libre concurrence. Les monopoles multipliés, bien que plus mauvais, nous semblent encore préférables au monopole unique.
Ce qui est important, et nous l'avons essayé, c'est d'établir nettement les principes. Laissons aux hommes d'affaires et à l'expérience le soin d'en tirer les conséquences.
LA