‹ La banque libre; exposé des fonctions du commerce de banque et de son application à lChapitre 6 sur 30 · IV. Vtiltté publique du cominevee de bmiqae · texte numérisé non relu

IV. Vtiltté publique du cominevee de bmiqae

Tout homme employé dans une industrie quelconque est chargé d'un service public, dont il peut n'avoir pas conscience, mais qu'on ne saurait méconnaître sans erreur. Dans la plupart des professions, ce service est apparent et en quelque sorte visible à l'oail • L'agriculteur fournit à la société le blé, le vin, la viande, les aliments et matières premières dont elle a besoin, le cordonnier lui fournit la chaussure, le tailleur, des habits, le maître de forges, du fer, tandis que le commerçant s'occupe de placer les marchandises à la portée du consommateur. Le service public du banquier, quoique très-important, est moins apparent, et un grand nombre de personnes, très-éclairées d'ailleurs , le méconnaissent. C'est pourquoi il est nécessaire, avant d'aller plus loin, de l'indiquer et de le définir.

Lorsque nous considérons à ce point de vue l'ensemble des services du banquier, nous voyons qu'il exerce une double fonction : r il économise l'usage de la monnaie ;

2° il cherche pour les capitaux à prêter les meilleurs placements.

Quand le banquier reçoit les fonds de caisse des divers commerçants et effectue tous les payements de sa clientèle au moyen d'un encaisse inférieur à la somme versée chez lui, l'économie de monnaie est évidente. Supposons qu'ayant reçu 100, il pourvoie avec 60 aux payements nécessaires ; la société épargne l'emploi d'une somme de monnaie égale à 60. Si cette somme était restée aux mains de ses propriétaires, elle n'aurait servi à rien et n'aurait rien produit : placée entre les mains du banquier, elle est prêtée par l'escompte. A qui? Peutêtre à ceux-mêmes auxquels elle appartient, mais en tout cas à des personnes qui la font valoir utilement pour elles-mêmes et pour la société.

Dans cette supposition, la société s'est enrichie exactement comme si elle avait acquis le capital de 50 dont elle a appris à se passer. Le bénéfice de cette nouvelle richesse est partagé entre le banquier qui en garantit la conservation et en perçoit l'intérêt, et les emprunteurs, qui trouvent un' avantage à se servir de ce capital, même à la condition d'en payer l'intérêt.

L'économie de monnaie est sensible lorsque le banquier échange les lettres et billets payables dans une localité éloignée contre des lettres et billets payables dans sa propre localité. La compensation qui s'établit entre les sommes échangées dispense le public des transports d'espèces qui auraient été nécessaires si l'échange

des lettres n'avait pas été effectué. Il faudrait, par exemple, qu'un million fût envoyé de Paris à Lyon pendant qu'un autre million serait envoyé de Lyon à Paris, tandis que, par un échange de lettres , les deux millions sont payés et reçus sans aucun transport effectif d'espèces. Qui profite de cette économie ? Ceux qui recouvrent et payent les lettres de change, c'est-à-dire les commerçants en général.

Dans les pays dont les habitants ont l'habitude de faire chez leur banquier leurs payements comme leurs recettes, l'économie de la monnaie est beaucoup plus grande. J'ai 1 0,000 francs à payer demain. Si je paye chez moi, il faut que j'envoie chercher ce soir 1 0,000 francs chez mon banquier, que je les garde une nuit et que j'attende demain la présentation des effets. Pendant ce temps, les 10,000 francs ne servent à personne; ils ne servent encore à personne le jour du payement, puisqu'il faut les compter et recompter jusqu'au soir. Au contraire, si je paye chez mon banquier, les 1 0,000 francs ne deviendront inutiles pour moi qu'un jour plus tard, à l'échéance, et je n'aurai pris Fa peine de les compter, ni chez mon banquier, ni au porteur des effets.

Et si, comme il peut arriver, le porteur des effets n'est autre que mon banquier, il est clair que le payement pourra se faire sans aucun mouvement d'espèces : il suffira que le banquier me remette les effets et inscrive leur somme au débit de mon compte.

Si le porteur est un autre banquier, les effets seront présentés chez le mien ; mais il est probable que le mien aura des effets payables chez le porteur. Dans ce cas, que feront les deux banquiers ? Ils commenceront par conipenser les sommes qu'ils se doivent Tun à l'autre et la différence seule sera payée en espèces. Ainsi le porteur de mes effets ayant à payer 9,000 fr. chez mon banquier, celui-ci donne 1 ,000 fr. d'espèces à son collègue ; les effets sont échangés, et 1 9,000 fr. qu'il aurait fallu déplacer et iiiutiliser pendant deux jours se trouvent payés très-effectivement par un déplacement d'espèces de 1 ,000 fr. seulement.

Si la population entière avait l'habitude de payer comme de recouvrer par les banquiers, ceux-ci pourraient sans peine établir, comme, à Londres, une chambre de liquidation dans laquelle ils compenseraient les créances qu'ils auraient les uns sur les autres et régleraient par des dispositions sur la banque centrale les soldes qui resteraient à payer.

En ce cas, la monnaie ne serait nécessaire que pour les menues dépenses et pour les payements de si peu d'importance qu'ils ne valent pas la peine de signer une disposition et de passer aux livres de compte une ligne d'écritures. C'est ce qu'on voit à Londres et généralement en Angleterre, en Ecosse et aux États-Unis.

C'est ce qu'on voit même à Paris entre les personnes qui ont un compte courant ouvert à la Banque de France : elles reçoivent et payent au moyen de reçus libératifs de

22 LA BANQUïr LIBKK.

la Banque cédés par le débiteur à son créancier. Gonune

le propriétaire du reçu le remet à la Banque en compte

courant, celle-ci passe la somme au débit du signataire du reçu , en même temps qu'au crédit de celui qiii le

remet, et le payement est effectué sans aucun mouvement

effectif d'espèces.

Si tout le monde ayant le même banquier, payait et recevait par lui, tous les payements pourraient être effectués sans mouvement d'espèces. Si tout le monde avait un banquier par qui il reçût et payât, les payements s'effectueraient à peu près de même, au moyen des échanges de lettres et billets par correspondance et des chanobras de liquidation. On économiserait l'usage de la monnaie dans des proportions considérables. Nous avons supposé que les recouvrements par banquier donnaient une économie de monnaie de 50 p. 1 00. L'usage des payements chez les banquiers pourrait réduire encore de 30 p. 1 00 l'emploi de la monnaie. Ces 30 p. 1 00, que les banquiers n auraient plus besoin de conserver chea eux en espèces, seraient prêtés au public : les banquiers en retireraient un intérêt, les emprunteurs un profit, et la société se trouverait réellement enrichie d'une somme égale k ces 30 p. 100.

Nous raisonnons ici sur des chiffres hypothétiques, mais non sur des données d'imagination. Voici les faite tels qu'ils se passent sur la place de Londres. Dans l'enquête de 1858, une maison de premier ordre et digne de toute confiance montrait, par le tableau suivant,

rédigé d'après las opérations courantes faites dans l'année chez elle, la forme habituelle des payements :

Lettres de change 422,948

Chèques à vue (virements). .... 510,694

Billets de banque 48,649

Espèces et mandats sur la poste. . . 20,709

Total. . . . i, 000,000

On voit que presque tout le service de liquidation, plus de 93 1 /3 pour 1 00, se fait au moyen des effets de commerce et des chèques. La monnaie métallique, même en y joignant les mandats sur la poste, n'y entre guère pour plus de 2 pour 1 00. **

Le banquier économise aussi l'emploi de la monnaie lorsqu'il émet des billets à vue et au porteur qui sont acceptés par le public comme monnaie courante. Dans ce cas encore, la société se trouve enrichie de toute la somme du crédit obtenu par le banquier au moyen de cas* émissions. Le banquier, il est vrai, perçoit seul l'intérêt de cette somme; mais les emprunteurs en retirent un profit qui aurait été moindre si, la somme obtenue par les émissions n'étant pas disponible, il leur avait iaUu se. passer des capitaux ou en payer l'intérêt à un \mx plus élevé.

Mais l'économie de monnaie par l'emploi des virements est préférable à l'économie par émission de billets, .parce que les émissions laissent subsister des dettes et des

?i LA BANQUE LIBRE.

créances qui ne sont ni nécessaires ni possibles lorsque la monnaie est économisée par des virements. L'économie par virement peut d'ailleurs aller à un chiffre beaucoup plus élevé que l'économie résultant des émissions de billets.

On remarquera sans doute que, sur une place où l'usage de payer par le banquier n'existe pas, il est pos« sible de tenir en circulation une somme de billets plus forte que sur une place où Ton paye par banquier. Si l'introduction des banquiers a économisé d'abord de 50, et ensuite de 80 p. 1 00 l'emploi de la monnaie, l'emploi des billets qui font office de monnaie se trouve réduit dans la même proportion.

Les services que rend le banquier, comme caissier commun des commerçants, sont fort importants, sans aucun doute; mais nous croyons que ceux qu'il rend tomme prêteur ou escompteur sont encore plus considérables.

Chacun. sait fort bien que le crédit, notamment sous forme de prêt, ne crée par lui-même aucun capital; qu'il est utile quand les capitaux sont prêtés à des personnes qui savent les faire valoir, mais nuisible dans le cas contraire. L'utilité des services du banquier comme prêteur consiste donc en ceci : qu'il prête de préférence aux gens qui peuvent le mieux faire valoir les capitaux prêtés.

Nous avons déjà montré que le banquier, étant prêteur par profession , devait et pouvait mieux savoir bien prêter qu'un antre. Nous avons établi également qu'il

cherchait plus volontiers des bénéfices dans la multiplication des commissions cpie dans la différence entre l'intérêt qu'il paye et celui qu'il reçoit. Cela suffit pour que le banquier cherche à prêter non-seulement de manière à assurer la conservation du capital prêté, mais aussi de manière à obtenir la plus forte somme possible d'affaires à commission. Dès lors ses opérations comme prêteur prennent une direction particulière, fort utile et très-différente de celle du capitaliste prêteur.

Prenons un capitaliste prêteur et un banquier, disposés l'un et l'autre à prêter une somme, soit 20,000 fr., et voyons de quelle manière procéderont l'un et Taulre.

Que veut le capitaliste? Assurer la conservation de son capital et le payement de l'intérêt isiu prix d.u moindre travail possible. Dans ces dispositions, il préférera le prêt à long terme, qui, une fois effectué, le dispense du tracas de chercher et choisir un emprunteur. Désireux de ne s'occuper de rien, et sachant d'ailleurs quels changements peuvent survenir dans la fortune des personnes en un long espace de temps, le capitaliste cherchera de préférence les garanties réelles et n'en acceptera guère d'une autre nature. Lors même qu'il voudrait tenir compte des garanties morales et personnelles, sa position en dehors des affaires ne lui permettrait pas de les apprécier avec quelque exactitude.

Le banquier s'occupe bien aussi de la sûreté de l'intérêt et du capital prêté, mais il s'occupe en même temps des commissions : il prête plus volontiers par l'escompte

d'effets à recouvrer sur place ou au dehors. Le prêt à courte échéance et les soins qu'il exige ne l'effraymit point, puisque ces soins constituent précisément ton occupatiop de chaque jour. Il surveille et suit de Tosil les opérations de son emprunteur, ce qui lui permet de les apprécier et d'apprécier aussi la personne ; de savoir li elle est honnête, exacte, capable, ou si elle laisse à dési* rer : le crédit qu'il accorde se resserre ou s'étend jua* tement selon l'opinion qu'il conçoit des défauts ou des qualités personnelles de celui auquel il prête. Le banquier va chercher pour emprunteurs les gens qui sont le plus activement engagés dans les affaires industriellea et commerciales; il recherche de préférence les plus distingués, et particulièrement les plus actifs, qui lui apportent la plus forte somme de commissions. En réa«* lité, ce que le banquier recherche, sans to^}ours s'en rendre compte, ce sont les qualités morales et intellect tuçlles qui peuvent lie mieux et le plus sûrement féconder les capitaux qu'il prête.

Cette inclination du banquier persiste jusque dans les prêts qui reposent sur c^ gages réels. Voici, p«r exemple, deux emprunteurs qui se présentent : l'un est un riche propriétaire foncier qui veut faire une d(^ à aon fik ou à sa fille, ou dont les dépenses excessives ont ébréché la fortune; Tautre est un jeune industn^ qnî voudrait engager son usine pour faire ou augmenter son fonds de roulemant L'ub et l'autre offrent une hypo* j^kièque. Le capitahste prêteur placera sans hésiter ses

'^ fonds chez le premier et répugnera à les confier au second. Pourquoi? Parce que la terre du propriétaire pré'- ' sente, en cas d'expropriation, moins de risques de mpinsvalue que l'usine , et qu'elle offre» en somme, plus de sûreté. Le banquier consentira souvent h prêter au ma-^ nufacturier, et nç consentira jamais à prêter au propriétaire, quelles que soient les garanties que celui-ci présente. Pourquoi? Tout simplement parce que le riche propHétaire ne procurera au banquier nulle affaire à commission , tandis que Tindustriel peut lui en apporter un certain nombre.

Eh bien l laqudle des deux opérations de prêt est la plus utile à la société, c'est^Mire à la produetion en général? Estoe celle que consent le capitaliste ou celle que fait le banquier? Quel est le résultat de la première? La gêne du propriétaire , en attendant sa ruine ou sa liquidation* Quel est le résultat de la seconde? En tout cas, we production plus grande que si le prêt n'avait pas eu tieu, ^, si le banquier a bien jugé, une production prospère, la fortune du jeune industriel et l'aisance des cellahorateurs qu'il aura employés. Le pis qui puisse airiv^, c'est que l'industriel ne réussisse pas et se ruine, comme le riche propriétaire. En ce cas extrême, le prêt di» b^qciie^ a ^eore fomenté l'activité d'esprit et le travail, donné lieu à des affaires qui auront été utiles à quelquds-^uns ; qui, pour tous^ auront été un exercice et m enseign«9ne»t. Le prêt du capitabste hc^ia ^ adoucit la ehute de ceux qui se ruinent, tandis que le px^

du banquier encourage ceux ^ qui veulent travailler et s'élever.

Malheureusement , il est tout à fait impossible d'évaluer en chiffres , même par approximation et hypothèse, l'importance des services que le banquier rend comme prêteur. Voici un entrepreneur distingué dont un banquier a soutenu les premiers pas : cet entrepreneur est devenu riche et puissant; il a fomenté l'industrie et l'esprit d'entreprise, directement et par l'exemple, dans toute une contrée. Qui peut mesurer la richesse créée? Qui peut même attribuer ce résultat à l'action du banquier, qui n'a certainement pas donné la capacité à l'entrepreneur? Personne, sans doute , et ni l'entrepreneur ni le banquier n'y songent. Cependant, peut-être toute la capacité de l'entrepreneur ne l'aurait pas empêché de languir dans l'obscurité, si le banquier n'avait aidé et guidé parfois ses premiers pas; peut-être si cet entrepreneur fût resté dans l'isolement à son début, la société eût été privée des immenses services qu'il a rendus. Mais qui pourrait évaluer en chiffres de telles considérations.?

Ce qui est certain et trop ignoré, c'est que tout banquier est, non par vertu et philanthropie, mais par profession et par intérêt, un chercheur de capacités industrielles et commerciales, un agent très-actif de perfectionnement industriel , et il est d'autant plus utile à la production qu'il est personnellement plus capable.

Comparez par la pensée deux contrées placées dans des conditions égales d'ailleurs, mais dans l'une dea-

ef quelles le commerce de banque soit libre, bien compris, bien développé, tandis qu'il est timide, ignorant et imparfait dans l'autre. Vous trouverez d'abord que la première pourra faire toutes ses affaires avec une somme de monnaie trois ou quatre fois moindre que celle qui sera nécessaire à l'autre, ce qui lui procurera un grand avantage sur celle-ci. Mais la première société jouira d'un avantage bien plus grand : c'est que toutes les capacités industrielles et commerciales qu'elle pourra contenir seront mises en activité et en valeur, tandis que, dans la contrée où le commerce de banque est moins avancé, un grand nombre de personnes capables resteront inutiles et ne seront jamais connues ni des autres, ni d'elles-mêmes. Dans la première de ces sociétés, par conséquent, les opérations industrielles seront conduites avec un entrain, une intelligence et une énergie que la seconde ne connaîtra jamais.

Sans doute, on peut dire aussi qu'une industrie vigoureuse et active rend le commerce de banque plus facile, plus lucratif et plus fécond sous tous les rapports, et on aura dit la vérité. On aura raison encore, si on soutient que quelques banquiers ne sauraient suffire à transformer l'industrie de tout un pays, ni même vivre là où cette industrie est arriérée à un certain point. 11 n'en est pas moins vrai que le banquier exerce, partout où il existe une direction et une influence d'autant meilleures et plus fécondes qu'il est lui-même plus capable et connaît mieux son métier, parce que son intérêt particulier

est lié d'une manière plus intime et plus directe que iieku de tout autre à l'intérêt général de l'industrie et de la production.

T. Lib coBMieree àê Haii^iii^ éelt êtfe ent0WÊ»mgé,

Si nous avons clairement exposé quelles sont les fonc* tions du banquier^ le lecteur conclura sans doute, avec nous, que le commerce de banque est digne au plus haut degré d'intérêt et de sympathie, qu'il doit être encouragé et développé le plus possible, puisqu'il est en quelque sorte le levain de la production.

Le lecteur désirera voir les banquiers, plus péné^ très de l'importance de leurs fonctions, redoubler d'étude, de soins, d'activité, de hardiesse, savoir secouer à propos le joug de la routine et défendre avec énergie leurs intérêts collectifs, qui sont, en dernière analyse , ceux de tout le monde.

n désirera que l'opinion qui considère les banquiers uniquement en raison de la puissance dont ils disposent, comprenne les services qu'ils rendent et s'habitue à voir en eux autre chose que d'âpres prêteurs ou des gens dont la profession, peu connue et peu intelUgible, est suspecte. Il désirera surtout que l'on comprenne la différence qui existe entre le banquier et l'ancien capita-

LA HANQUK LIBRE. ai

liste prêteur à intérêt qu'on flétrit souvent, bien à tort, du reste, du nom d'usurier.

Il désirera surtout voir lea personnes qui ont une cer* taine somme d'argent à recevoir et à payer se servir d'un banquier par lequel elles fassent leurs recouvrements et leurs payements, et le considérer moins comme un prêteur que comme un caissier assez intelligent pour leur donner de bons conseils sur la tenue de leur comptabilité, et même bien souvent sur la direction générale de leurs affaires.

n désirera enfin que la législation n'oppose aucun obstacle aux développements du commerce de banque, soit par des dispositions qui rendent certains contrats de prêt difficiles, soit par des privilèges qui réservent cer* taines opérations à des établissements particuliers et les interdisent à la généralité des citoyens.

En somme, il importe beaucoup que ce commerce si fécond ne soit entravé ni par la routine et les préjugés de ceux qui l'exercent, ni par une opinion publique ignoranté) imbue d'idées et d'erreurs d'un autre temps, ni par une législation aussi routinière que l'opinion, soutenue d'ailleurs par des intérêts puissants et des préjugés sâculftires soigneusement entretenus par les publications et les discours de personnes influentes. II importe d'écarter les obstacles qui éloignent du commerce de banque des capitaux plus abondants et un pèfsonnel plus nombreux, et qui font durer chez nous me déperdition de forces morales, inteflectuelles et

pécuniaires dont la production aurait grand besoin. La suite de ce travail sera employée à l'examen des obstacles qui s'opposent au développement du commerce de banque et à l'étude des moyens de les surmonter.

yi. Obstacles de contiime.

Signalons entre les obstacles qui s'opposent au développement du commerce de banque la répugnance qu'éprouvent les commerçants à faire tous leurs payements par le banquier.

Cette répugnance n'a pas de motif sérieux chez les commerçants aisés, qui n'ont pas besoin d'épuiser toutes les ressources du crédit, et on ne la comprendrait pas si l'on ne connaissait l'empire des anciennes habitudes et de la routine.

On comprend mieux la résistance qu'opposent les commerçants gênés. En effet, pour payer par le banquier, il faut avoir fait d'avance , et la veille de l'échéance au moins, les fonds nécessaires pour acquitter une disposition directe , chèque ou billet payable chez le banquier. Quant aux lettres de change, il faudrait introduire l'usage des lettres à un certain nombre de jours de vue, c'est-à-dire toujours acceptées d'avance, comme en Angleterre, parce qu'en écrivant l'acceptation, le débiteur

LA BANQUK LIHRK. 3^

de la lettre de change indique le banquier chez lequel elle doit être payée.

Comment introduire cet usage dans un pays où on a insisté pendant des années pour faire passer en coutume les mandats non susceptibles d'acceptation? Comment concilier Tacceptatioa avec l'usage de tirer et de négocier la lettre aussitôt que la facture est établie et môme avant que la marchandise soit expédiée? Là est la difficulté.

Les banquiers et les commerçants aisés peuvent la vaincre et ont intérêt à la vaincre en insistant fortement sur l'usage des lettres acceptées, acceptables au besoin cinq ou dix jours avant l'échéance. Mais nous croyons que cette difficulté ne disparaîtra qu'autant qu une liberté plus grande donnera au commerce de banque plus de développement et plus d'énergie.

¥11. Obstacle» iéganx.

Comme toutes les pages de ce travail sont dirigées contre les autres obstacles d'opinion qui s'opposent au développement du commerce de banque, il est inutile de nous en occuper spécialement ici. Parlons seulement des obstacles légaux.

Quelques-uns de ces obstacles résultent de l'imperfection de notre législation générale et nous en parlerons

ailleurs. Tels sont les articles du Code civil qui donnent au nantissement une forme étroite, qui créent des immeubles par destination, des privilèges de propriétaire sur les objets que le colon met dans la ferme; telles sont les dispositions des lois de 1 807 et 1 850, qui limitent le taux de l'intérêt et les dispositions pénales édictées pour faire respecter ces lois.

Nous ne nous occuperons ici que de l'obstacle spécial résultant des lois qui confèrent à la Banque de France le privilège exclusif d'émettre des billets à vue et au por^ teur, à Paris et dans les villes où elle a des succursales et de celles qui exigent l'autorisation du législateur pour fonder une banque de circulation.

Si ces lois n'existaient pas, il est certain que des banques particulières émettraient des billets à vue et au porteur en concurrence de la Banque de France, et ne la laisseraient pas jouir paisiblement d'un monopole qui a porté la valeur de ses actions du triple au quadruple de leur chiffre d'émission. L'émission des billets à vue et au porteur prèsenter^^it en réalité une prime annuelle qu'on ne peut évaluer à moins de 40 millions, chiffre considérable dans une branche de commerce dont le personnel ^ est peu nombreux et sait fort bien compter.

On peut donc affirmer hardiment que si chacun était libre d'émettre des billets payables à vue et au porteur, le commerce de banque acquerrait en France un développement rapide : de nouvelles banques s*établiraient ,et celles qui existent aujourd'hui étendraient leurs af-

faires au grand avantage de la production en général. C'est une vérité importante que nous tenons à bien constater. Nous verrons plus loin dans quelles conditions il est probable que le commerce de banque se développerait, si l'obstacle qui s'oppose à cette grande expansion industrielle venait à disparaître.

Tm. Caractère de nos lois restrictlTea en

matière de Banque.

D'après le droit commun, tous les individus majeurs et hors d'incapacité légale ont également la faculté de travailler, vendre, acheter, emprunter, contracter, en toute liberté. C'est là ce qu'on peut appeler par excellence le principe de 1789.

Les lois qui constituent le privilège de la Banque de France contredisent ce principe, puisqu'elles enlèvent à tous les Français, la Banque exceptée, la faculté d'émettre des billets à vue et au porteur dans Paris et dans les villes à succursales. La loi qui exige une autorisation du législateur pour fonder une banque d'émission, prive de la faculté de fonder une banque de ce genre tous les Français non autorisés. Elle est donc, elle aussi, en con- u tradiction avec le principe de la liberté du travail et des échanges.

Ces restrictions permettent à la Banque de France de réaliser, sans effort ni mérite, des bénéfices considérables, car elle peut en tout temps, si elle le désire, escompter à meilleur marché que les banquiers privés de la ressource des émissions et attirer par ce moyen dans son portefeuille le meilleur papier de commerce : dès lors, lie courant aucun risque, en quelque sorte, elle peut faire des affaires immenses avec un capital relativement peu considérable et même sans capital. Cependant les producteurs se trouvent privés des avantages que leur procurerait l'extension du commerce de banque, résultat nécessaire et infaillible de la liberté.

Pourquoi ces lois ont-elles été faites? Nous ne voulons pas supposer que ce soit pour favoriser les directeurs et propriétaires d'actions de la Banque de France, aux dépens de la masse des producteurs. A-t-on voulu établir par le privilège une banque orthodoxe et infaillible? Peut-être. A-t-on voulu préserver le public des dangers que pourraient lui faire courir les libres émissions do billets de banque ? Mais ce serait déclarer ce public, toujours libre de refuser les billets, mineur et incapable de juger sainement de ce qui touche à ses intérêts les plus directs !

Quant au principe de l'autorisation préalable, il repose évidemment sur cette idée de l'ancien régime que le prince ou les bureaux qui le représentent savent mieux que les banquiers et que le public quelles sont les conditions d'une bonne banque. C'est la maxime erronée et

funeste sur laquelle étaient fondés les règlements de fabrique. Un grand nombre de personnes croient cette maxime abandonnée : elle sont évidemment dans Terreur. On reconnaît bien en principe qu'en matière industrielle et commerciale l'intérêt privé, toujours conforme à l'intérêt général, est plus vigilant et plus entendu que l'autorité la plus éclairée, mais on s'empresse de se démentir soi-même, en affaiblissant tout d'abord ce principe par des exceptions. On détruit ainsi tout doucement l'œuvre de la Révolution et on reprend quelque chose du terrain qu'elle avait conquis à la liberté.

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