CHAPITRE X
BARÉGINE FILAMENTEUSE
A côté des substances mucilagineuses que l’on rencontre dans les eaux thermales de Barèges, se trouvent aussi des Beggiatoa en longs filaments blancs jaunâtres qui peuvent être libres dans le milieu aqueux, ou mélangés à la gangue de Barégine. Il se peut que les éléments morts contenus dans les gels pectiques, leur servent de nourriture « Im angewachsenen Zustande, findet man ihre Faden an faulenden algen und hoheren Wasserpflanzen, an todten Insekten und abnlichen Substraten » (Schenk). On les rencontre aussi bien à la lumière, que dans les endroits obscurs et ils ne se développent, ainsi que la Barégine compacte, que dans un milieu tempéré (35° optimum) (1), par exemple à côté des fuites des réservoirs, canalisations, etc, et surtout lorsqu'un
(1) Won dieser Beobachtung aus hat sich Cohn zur Aufstellung der Hypothèse veran lasst gesehn, dass die Beggiatoen (nebst den Oscillarien, die unter denselben Bedingungen noch sehr vermehrungsfähig sind) als die ersten pflanzlichen Bewohner des auf etwa 60° c. abgekuhl. tén Urmeeres anzusprechen seien. Naturlicher erscheint dem Verfasser die annahme dass den Beggiatoen die Fähigkeit, in heissem wasser zu wachsen, nicht ursprünglich eigen war, sondern dass sie dieserlbe allmäblich durch Adaptation, erlangt haben, indém sie von den unteren abgekühlten Stellen dér Abflüsse heisser Gewässer aus nach der Quelle
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mélange s'établit entre les eaux sulfureuses et les eaux telluriques. Ils partagent du reste, les mêmes conditions d’existence, que la Barégine amorphe avec laquelle ils sont du reste souvent associés. Ce fait de vivre en commun, a été la cause, nous dit Fontan, qu'ils ont été confondus par les chimistes, avec la « substance gélatineuse. » Fontan établissait la distinction sur le fait que, la Barégine filamenteuse était un organisme vivant et la Barégine compacte, un simple dépôt des eaux. Nous avons fait justice de cette opinion et démontré que la Barégine compacte est également organisée.
Les « filaments blanchâtres de Barégine », ainsi que le montre la planche extraite de l'ouvrage de Fontan, se groupent de manière différente, suivant les milieux qui les supportent, et affectent alors des formes très variées. Lorsqu'on les recueille, ils sont en général agglomérés autour de fragments de gangue mucilagineuse, à laquelle ils adhèrent, par une de leurs extrémités, tandis que l’autre flotte librement au gré du courant liquide. Ils forment souvent sur les pierres qu’ils recouvrent, un duvet floconneux, ainsi qu'on peut l’examiner dans les petits bassins où l’eau coule très lentement et par goutelettes. Ils prennent aussi l’aspect de velours blanc, si les filaments sont un peu plus longs, ou de peluche blanche qui recouvrent les conduites, fragments de bois, pierre, etc, qui se trouvent sur le passage de l’eau, (fig. 6). |
Quand ces filaments sont groupés autour d’un centre commun, ils ont une forme plus régulière et ressemblent alors à une houppe (fig. 2), à un plumet ou à un épi (fig. 5); ils sont parfois très longs (fig. 5); détachés par le courant, il n’est pas rare de les voir flotter librement dans les baignoires, avec les flocons de Barégine compacte.
Cette production filamenteuse signalée par Meighan, en 1742, dans les eaux de Barèges, a été décrite la première fois par Séguier, en 1836. « La Barégine des parois écrivait- « il, en 1836, détachée avec un extrême ménagement, et
observée à l'instant même, offre constamment (je souligne le mot), sous un faible grossissement l'apparence d’une masse de crins mal cardée; sous un grossissement plus fort, chaque brin prend la forme d’un tube composé d’alvéoles juxtaposées suivant la longueur ». Fontan a parti-
culièrement étudié cette algue en 1836, et lui a donné le nom de « sulfuraire », car elle est plus particulièrement spéciale aux eaux sulfureuses. IL en a donné la description suivante : « C’est une véritable conferve qui se rapproche
par quelques uns, de ses caractères des Oscillaires, des Nostocs, et surtout des Anabaïnes, mais qui en diffère par quelques traits spéciaux, C’est ainsi que la sulfuraire se distingue de Nostocs, en ce que dans la sulfuraire, le tube est cylindrique et les globules égaux, tandis que, dans les nostocs, le tube externe étant moulé sur les globules intérieurs, présente des étranglements entre chacun d’eux et que dans ceux-ci le globule terminal, trouve souvent d’un diamètre deux ou trois fois plus considérable que les autres globules. Elle se distingue des oscillaires, en ce que les ovules ont un diamètre égal dans tous les points de leur circonférence, tandis que les oscillaires ont le diamètre transversal des articles plus grand que le diamètre dans le sens de la longueur et qu'il n'existe jamais de mouvements spontanés dans la sulfuraire.
« IL y a aussi une différence avec les anabaïnes, avec lesquelles on à voulu la confondre, ou si l’on veut la ranger dans cette tribu, c’est un genre nouveau. En effet, les anabaïnes qui ont pour caractère commun d’avoir un tube cylindrique rempli de globules, qui se touchent par deux de leurs extrémités, présente comme caractères spécifiques d’avoir certains de ces globules placés de distance en distance, qui sont plus gros que les autres. L’anabaïne thermale existe au fond des bassins puisqu'elle les encombre ; la sulfuraire n'existe qu’au contact de l’air, ou seulement couverte par un ou deux pouces d’eau, car elle est morte
dt quand on la trouve dans le fond des bassins, où le courant « l’entraine. La sulfuraire qui est ordinairement blanche et « qu’on a comparée à des blancs d'œufs durs, à cause de « cette couleur, peut prendre cependant, dans quelques cir- « constances, une couleur brunâtre, d’un vert mal teint et « quelquefois comme rougeûtre ».
Je ne comprends, sur quels fondements,M. Longchamp « a pu établir que cette substance devait sa couleur brune « verdâtre au mélange de l’eau sulfureuse avec de l’eau « froide. J'ai parcouru plusieurs fois toutes les localités « qu'il a visitées dans les Pyrénées, et je n’ai pas trouvé un « seul fait qui puisse justifier sa manière de voir; j'en ai « trouvé beaucoup, au contraire, et notamment à Luchon, « à Ax et à Gripp qui lui sont complètement opposés. J’ai « expliqué plus haut la cause de l'erreur de M. Longchamp, « qui, n’ayant pas employé le microscope, avait confondu « avec la sulfuraire le zygnéma de couleur verte qui se « trouve sur le passage de certaines sources salines non sulfureuses, qui peuvent se mêler à l’eau froide. »
Sa position systématique a entraîné beaucoup de discussions. Vaucher en a fait une conferve, Agardh une oscillaire, Bory de Saint-Vincent, une anabaïne ; elle a été classée dans le genre Leptomitus, par Kutzing et Montagne, et finalement, érigée en 1842 en genre particulier par Trévisan, sous le nom de Beggiatoa. D'après Rabenhorst, il y en aurait dix espèces : B. alba (Vaucher), B. nivea, B. leplomiliformis (Ménegh), B. arachnoïdea (Agardh) Citons également les variétés B. ligrina, B. marina (Cohn), B. roseo-persicina (Zopf). — B. mirabilis (Cohn).
Examinés au microscope, ces filaments nous apparaissent formés d’une multitude de petits tubes transparents, extrémement ténus, de o micr. 5 à 1 micr. 5 de diamètre: mais de, longueur très variable et très grande (plusieurs centimètres) par rapport à leur épaisseur, (Der sogen weisse oder
pat Le todte Grund des Meers (7. B. der Kieler Bucht) ist nach Engler mit einem dichten weissen Filz von Beggiatoen überwebt und dehnt sich oft auf weite Strecken hin aus, auch an bis 3 Meter tiefen Stellen.) (Schenk).
Ces tubes, écrit Marcet, sont simples, d’un diamètre égal dans toute leur étendue, légèrement arrondis à leur extrémité libre, mais non atténués, souvent flexueux et enlacés. Ils sont formés d’une membrane mince, hyaline, sans gaine transparente, de couleur blanc sale. L'intérieur de ces tubes est rempli de granulations très réfringentes,: de grosseur très variable, à l'inverse de ce que dit Fontan, et de formes très différentes. Ce sont des corpuscules de soufre amorphe, disposés en séries linéaires et serrés, ou éloignés les uns des autres ; d’autres fois, ces corpuscules manquent complètement. Ce soufre amorphe est insoluble dans le sulfure de carbone et dans la benzine, malgré que nous ayons préalablement détruit la membrane par un acide fort, H GI, ou N OH.
Traités par les couleurs d’aniline basique, ces filaments présentent, contrairement à l’opinion de Fontan,.des cloisons très nettes. Ces cloisons sont placées à distances inégales et délimitent ainsi des cellules rectangulaires, beaucoup plus longues que larges et de grandeurs différentes entre elles. Ces cloisons ne sont bien apparentes que dans les filaments où les grains de soufre sont rares ou peu abondants: dans le cas contraire, elles sont à peine indiquées par des places vides de granulations. La présence de ces cloisons nous explique la disposition particulière des granulations de S. en amas isolés et assez éloignés les uns des autres. L'observation suivante de Filhol vient à l'appui de cetle assertion : « En examinant de la Barégine noire, au « milieu de filaments dont les uns avaient gardé la couleur « blanche naturelle et dont les autres avaient pris: la teinte « noire accidentelle, j'en ai rencontré un qui présentait « alternativement, dans le sens de sa longueur, des parties
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« brunes et des parties transparentes, nettement limitées « entre elles, suivant un plan perpendiculaire à l’axe du « tube. Une membrane, faisant obstacle à un liquide, pou- « vait seule produire une délimitation aussi tranchée. Le «€ filament était de ceux qui présentent un gros diamètre ; € il était vide de globules et dans la partie claire, comme € dans la partie brune, une ligne plus foncée marquait « manifestement les cloisons. Les cellules qui en résultaient « étaient très distinctes, parfaitement égales entre elles et « d’une longueur environ double de leur diamètre. Une ou « plusiears cellules constituaient une portion noire ou blan- «che du tube. C’est ainsi qu’on voyait une partie compo- « sée de cinq cellules noires, une autre composée de deux « cellules blanches, puis successivement quatre noires, une « blanche, deux noires, cinq blanches, etc. »
Ces articles seraient plus visibles vers la base des filaments où les cellules jeunes sont encore pauvre en soufre.
Le mode de reproduction de ces organismes n’a pas été encore élucidé ; il est probable cependant qu'ils se multiplient par rupture des filaments au niveau des cloisons transversales.
Zopt a décrit une évolution très compliquée du B. alba (Vauch). A l’aide des réactifs colorants, il a constaté que les cellules des filaments se divisent par deux séries de cloisons perpendiculaires en cellules « isodiamètres » ; celles-ci se diviseraient elle mêmes en quatre cellules filles qui s’arrondiraient et se rempliraient de graines de S. Dans des conditions favorables, ils donneraient des colonies mobiles qui iraient ensuite se fixer au fond de l’eau. De ces colonies fixéés naîtraient plus tard de nouvelles colonies mobiles, puis des zooglées susceptibles de se transformer d’abord en vibrions mobiles, puis en filaments nouveaux, formant des essaims très mobiles, puis, donnant naissance à des pellicules de zooglées, d’aspect irrégulier. Sous l'influence de conditions nouvelles, ils se transforment en bâtonnets, tantôt droits, tantôt recourbés en forme de vibrions, qui passent quel-
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quefois par l'état d’essaims mobiles. Ils se déposent et donnent alors des algues filamenteuses.
Nous lisons dans Macé « le même observateur (Zopf. Zur Morphologie der Spaltpflanzen. — 1883) étudiant les organismes connus sous le nom de Beggiatoa, y signalait un cycle de formes des plus variées. Une cellule sphérique « un coccus » pouvait selon lui, d’après les conditions d’existence s’allonger en une forme filamenteuse ou se segmenter suivant diverses directions, pour former des colonies planes ou massives, ou enfin produire des formes mobiles en tout semblables aux êtres désignés sous le nom de Monades. Les belles recherches de Winogradsky (Zur Morphologie und physiologie der Schwefelbactérien 1888 — et sur le Polymorphisme des bactéries. — Annales de l’Institut Pasteur 1889) ont démontré, avec toute certitude que Zopf et les auteurs allemands, en observant les Beggiatoa, avaient confondu dans un même titre toute une série de formes ayant des caractères de ressemblance certains, mais appartenant à des espèces distinctes les unes des autres.
IL nous apparaît donc comme probable, que les Beggiatoa qui abondent dans les Barégines de Barèges, doivent se multiplier par segmentation, c’est-à-dire par section des longs filaments qui les composent, au niveau des cloisons, comme les oscillaires.
Nous avons dit au début de ce chapitre que les Beggiatoa sont en général de couleur blanchäâtre ; ces algues filamenteuses se colorent souvent de teintes différentes (Beggiatoa Roséo-Persicia. — Zopf), suivant le sol sur lequel elles reposent et suivant les réactions de réduction ou d’oxydation qu’elles ont provoqué. Elles forment, en effet, suivant les milieux et sur les particules animales ou végétales en décomposition, des amas blanchäâtres, grisâtres, roses, pourpres ou violets ; elles peuvent également en se putréfiant, se colorer en noir. Le fer qui est, en effet, un de leurs éléments, existe à l’état organique dans les Beggiatoa vivants, et lors-
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FILAMENTS DE BEGGIATOA ALBA (Objectif 5 — Oculaire 4)
granulations de soufre et ne nous
Ges filaments sont ici bourrés de Leurs membranes sont lisses, hya-
permettent pas de voir les cloisons.
lines, transparentes.
Examinées à l'immersion à 1/12, les granulat voir entre les petits paquets de ces corpuscules, des cloisons sur la figure, ne sont indiquées que par l'absence à leur endroit de
granulations soufrées.
ions de soufre laissent qui, ici,
que la sulfuraire est morte et désorganisée, l’eau sulfurée transforme le fer en sulfure de couleur noire.
Les Beggiatoa des eaux sulfureuses de Barèges, du reste, ont été pendant longtemps confondues avec la Barégine compacte. C’est grâce à cette confusion que Bouis, Filhol et Ossian-Henry, ont trouvé qu’elle contenait 35 °/, de silice. Tel n’est point notre avis; les Beggiatoa pris isolément, ne renferment que des substances azotées contenues dans le protoplasma de leurs cellules, et les granulations de soufre que nous avons décrites ci-dessus.
Il importait donc de préciser que les Beggiatoa n’ont rien de commun avec la Barégine compacte, et que d’autre part, celle-ci ne provient nullement de la putréfaction des algues filamenteuses ; aussi, ne dirons-nous plus avec Fontan « celte substance gélatineuse est-elle le simple support de la substance filamenteuse qui s’y développe, comme une plante le fait sur la terre. »
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