La Baronnie de Ligueil de 1585-1780
Après les guerres de Religion, Ligueil et ses entours retrouvèrent le calme et la prospérité. Sous Henri IV, les campagnes furent mieux cultivées. Les routes, jusque-là infestées de détrousseurs, devinrent plus sûres. Dès le règne de Louis XIII, de nombreux artisans œuvraient à Ligueil. il y avait alors plusieurs maîtrises dans la ville. Parmi elles, celles des maîtres « sergetiers, tessiers, filtoupieds, parcheminiers-tanneurs, maîtres chirurgiens et apothicaires » (1), étaient florissantes. Le cumul, contrairement à ce que l'on peut penser, existait même, ainsi que l'indique la raison sociale de « Nicolas Chariot, pintier, potier, cardeur et barbier »,en 1654.
L'industrie et le commerce, parfois, furent encouragés par la vie de château qui, à Grillemont, Paulmy, et Bagneux, prit, dans le pays un grand développement. Indépendamment de la haute noblesse de cour, comme celle de Le Voyer d'Argenson, d'autres seigneurs, ceux de Varennes et d'Epigny — pour ne ci-
(\) A consulter, au sujet des chirurgiens-apothicaires à Ligueil, Les [neêtreê de Bretonneau, par le docteur L. Dubreuil-Chambardel (Paris, Maloine, HK>5), p. 27.
ter qu'eux — agrandirent et plantèrent leurs domaines. La physionomie de la contrée devint plus animée. A la (in du xvm° siècle, on commença à employer, dans la région, le falun pour amender les terres. Les marchands enrichis et devenus pour la plupart titrés ou pourvus d'une charge dans la Baronnie avec quelques bourgeois deLigueil, tels queBailly, Jalian, Chrétien, Benoist, Martineau,Caillaultet Dupuy, formaient la troisième des « classes dirigeantes » dans la baronnie ecclésiastique.
Le baron, a doyen de l'église Monseigneur Saint- Martin de Tours », exerçait ses droits à l'aide de fermiers généraux, dont il est fait mention dans les registres de la paroisse Saint-Martin de Ligueil, depuis le commencement du xvne siècle. Parmi ces fermiers, citons Bouin, Guéri tault et Voyer. Les fermiers de « Messieurs du Chapitre » ou de « la Baronnie », ou du « Doyenné », suivant les différents termes qui les définissent, avaient pour leur justice un procureur fiscal, des avocats et des Sergents.
Un notaire baronnial enregistrait les actes concernant la Seigneurie et un « unetier » du marché veillait au maintien et à l'emploi des mesures locales (1).
On trouve des traces d'une école fonctionnant à Ligueil dès le milieu du xvne siècle ; François Blondel était maître d'école en 1654.
A côté de ces charges spéciales à la Baronnie, il existait, pour la ville proprement dite, un bailli, un syndic, un procureur de cour, des avocats et des notaires (2).
La Baronnie de Ligueil suivait entièrement la cou-
(1) Pour ces mesures locales, voir : Ligueil à la fin de l'Ancien régime, dans Bulletin de la Société archéologique de Tour aine t t. XV, p. 184, juillet-décembre 1905.
(2) Douze notaires pouvaient exister dans une baronnie, voir Coutume de Touraine, 1629, page 61.
tume du « duché et bailliage de Tourenne ». Cependant Ligueil avait une coutume locale particulière.
« Par la coustume de la Baronnie de Ligueil , le doyen de l'Eglise Monseigneur Saint-Martin de Tours, seigneur du dit lieu de Ligueil, à cause de sa dignité décanale, prend en la dite terre et Baronnie rachapts de choses tenues de luy à foy et hommage toutes fois et quantes que les dictes choses hommagées, muent main, soit du père au fils, du frère au frère, et en toutes autres manières que les dictes choses hommagées muent main, comme dit est; et d'iceluy droit, luy et les prédécesseurs ont iouy par tel et si long-temps qu'il n'est mémoire du contraire (1). »
Aux assises du bailliage et siège présidial de Tours, la baronnie était représentée en la seconde semaine des assises, le troisième jour (2). Le sergent de Ligueil tenait dans les assises le neuvième rang, entre le sergent de Preuilly et celui de Montbazon (3).
L'autorité ecclésiastique qui ne relevait pas du baron était dévolue au curé de la paroisse Saint-Martin de Ligueil (4).
En 1597, le curé de la paroisse Saint-Martin de Ligueil, Godeffrin, est dénommé « chappelain de la chapelle Saint- Jacques » desservie, ainsi que celle de Saint- Vaast et de la Trinité, dans l'église Saint-Martin. En dehors de ces chapelles, il existait aussi, dans le pays de Ligueil, la chapelle d'Epigny fondée par René Piers, seigneur d'Epigny, le 24 novembre 1716, et la chapelle la « Bonne des Anges ». Cette dernière,
(1) Extrait de La Coustume du Duché et Bailliage de Tourenne, dernière édition(àTours, chez Ed. des Clianls et Brite-la-Tour, libraires, 1629. Imprimé à Tours, par Jacques Poinsot et Claude Pricet, imprimeurs ord"' du Roy, près les Augustins, 1629), page 294.
(2) Page 10 du Calendrier du Palais.
(3) Page 17 du Calendrier du Palais.
(4) Pour les biens de la cure, voir l'article déjà cité : Ligueil à la fin de l'Ancien régime.
Notre-Dame-des-Anges, était pourvue de nombreuses fondations pieuses depuis la fin du xvi° siècle. On y baptisait, mariait et enterrait. Un grand nombre de corps gisaient aussi sous « les palets » de leglise paroissiale et autour de ce monument, dans remplacement compris actuellement entre la rue et l'église et dit encore « Le Saint-Martin ».
Les registres d'état religieux et civil de la paroisse de a Monsieur Saint-Martin », contenant tous les faits que nous relatons succinctement dans ce résumé, commencent en l'année 1585. — Voici, divisé en dix-huit chapitres, l'exposé analytique de ces documents.