‹ La Bastille des comâediensChapitre 87 sur 122 · Paul d'Estrée, le Ménestrel, année 1897, p · texte numérisé non relu

Paul d'Estrée, le Ménestrel, année 1897, p

2. C'était, en etîet, une des conséquences les plus inattendues du contrat pc«3sé avec la direction des théâtres (Opéra, Comédie- Française et Comédie-Italienne) : filles et femmes étaient soustraites à l'autorité des parents et du mari. Les abus devinrent très grands. En IISG, Dauvergne proteste. Il n'admettait plus que l'Opéra dût servir d'asile à toutes les femmes qui voulaient « se soustraire au mauvais traitement de leur mari». Il s'agissait de M"'= de Murville, fille de Sophie Arnoukl, et appuyée parle ministre. Dauvergne répondit: « Plusieurs femmes se. sont présentées, depuis Pâques, pour être admises à l'Académie royale de Musique, sans autre raison que celles de M'"" de Murville, et elles ont été refusées, parce qu'il serait très dangereux que l'Académie se prêtât, comme elle le faisait autrefois, à des facilités pour la déshonorer sans aucun avantage. » Adolphe Jullien, VOpéra secret au XVIII" sirvle, p. 48-49. Les filles galantes recherchaient de même leur inscription sur les registres de l'Opéra pour échapper à la police. « Au milieu de cet impiense personnel, écrit Gaston Maugras, il était relativement facile de se faire comprendre sur la liste des choristes, figurantes, danseuses, etc. Il n'était mêuie pas besoin d'un talent pour pénétrer à l'Académie royale de Musique et se faire inscrire coiuuie

LE FOR L ÉVÈOUE 223

un camarade. Réclamé par la direction, qui ne pouvait se passer de lui, assurait-elle, il fut rendu libre le 20 janvier K

En 1775, les Anecdotes dramatiques ^\d.(^ç^Tii le récit qui suit:

Dans le petit opéra comique de Fleury, intitule Olivette juge des enfers^ une chanson répétait ce refrain :

Un petit moment plus tard Si ma mère fût venue^ fêtais^ fêtais. . . perdue.

(( Une jeune actrice, fort jolie, qui cbantaitce couplet, avait coutume aux répétitions de substituer, par plaisanterie, au mot « perdue » une rime un peu grenardière, dont l'énergie lui plaisait fort. La force de l'habitude lui ht prononcer ce malheureux mot devant une assemblée très nombreuse. Ce fut un coup théâtre. Plusieurs dames sortirent précipitamment de leurs loges. D'autres restèrent parce

« fille de magasin ». On désignait ainsi les demoiselles du chant et de la danse qui n'avaient pas achevé leurs études et figuraient sur la scène avant d'être engagées. Une fois à l'Opéra, la fille galante se trouvait absolument sousti-aite à l'action de la police. » Gaston Maugras, les Comédiens hors la loi, p. 217.

1. Biùl. de l'Arsenal, Arcli. de la liaslille, ms. 12340, f. 29.

224 LA BASTILLE Di:S COMÉDLn^S

que le public polisson criait bis. L'actrice paraissait étonnée que l'on fît tant de bruit pour si peu de cbose. Un exempt vint la prier de le suivre en prison, où elle fut conduite, escortée joyeusement de la plus grande partie des spectateurs. »

En 1777, M'" Cécile (Dumesnil) est mise au For TEvéque où elle demeure quelques jours, pour avoir refusé sous un prétexte futile de venir en scène et de faire son service. Elle était danseuse à l'Opérai

«La dame Mole, actrice de la Comédie française, lisons-nous dans les Mémoires secrets^ s'est donné les airs de se faire attendre plus de trois quarts d'heure au spectacle de Marly, où elle était nécessaire. La présence de la reine a rendu cette insolence plus sensible et, quoique Sa Majesté ne voulût pas qu'elle fût punie, M. deducde Villequier, gentilhomme ordinaire de la Chambre, de service, a cru devoir envoyer cette comédienne en prison 2. »

Page 1