‹ La Bastille. Histoire et description des bâtiments.--Administration.--Régime de la prison.--Événements historiquesChapitre 2 sur 78 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

A considérer l'ensemble des écrits dont la Bastille a été jusqu'ici le sujet, à n'en considérer même que les titres, deux réflexions frappent d'abord l'esprit : c'est que tous ont été publiés à deux époques parfaitement tranchées et que sépare presque un siècle, les uns aux abords de l'année 1789, les autres depuis quelques années seulement, et que, parmi tant de travaux ayant le même objet, il ne s'en trouve encore aucun où ait été tentée une restitution complète de la célèbre forteresse, de ses bâtiments et de son régime, de son administration et de son histoire.

On n'osa parler de la Bastille que la veille du jour où elle allait tomber; ce fut réellement un signe des temps et la marque d'une révolution prochaine que l'apparition de ces Mémoires habilement perfides, mais si vivants, de Linguet et de ce Danry qui avait usurpé le nom de Latude ; jusque-là, on répétait toujours, à propos du « château redoutable r, , ce vieil adage, fait sans doute pour lui, ce qu'il vaut mieux s'en taire que d'en parler». Au lendemain du \U juillet 1 789, les innombrables ouvrages que l'événement fit naître aussitôt auraient dû être définitifs : les archives livraient enfin leurs secrets à des hommes qui pouvaient aisément les contrôler; les bâtiments étaient encore debout et leurs derniers habitants n'avaient pas tous péri. L'Assemblée des Electeurs, plusieurs districts se préoccupèrent, en effet, d'ouvrir une vaste enquête sur le passé de la Bastille; mais ce ne fut qu'un projet, et de ce temps il ne nous reste guère qu'un travail méritant créance, les neuf livraisons de La Bastille dévoilée, rédigées par Charpentier en dehors de toute ingérence de la municipalité. Puis, le souvenir de la Bastille s'efface aussi complètement que ses ruines ont disparu du sol; et, quand, au bout de cinquante ans, la colonne de Juillet se dresse sur cet emplacement, qu'on n'avait pas encore su utiliser, rien, dans le monument élevé par Louis-Philippe aux défenseurs des libertés publiques, ne rappelle 1 édifice qu'il a remplacé, pas même la date du jour qui l'a vu tomber.

L'ardente curiosité qui s'est éveillée, il y a quelques années, pour tout ce qui touche à la Révolution, a fait revivre ces souvenirs et attiré enfin l'attention des érudits sur la Bastille. Une heureuse circonstance y a concouru. A ce

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moment, M. Frantz Funck-Brentano achevait la mise en ordre et préparait l'inventaire des archives delà Lieutenance de police, déposées depuis près de cent ans à la Bibliothèque de l'Arsenal et dont François Ravaisson avait entrepris depuis longtemps le classement, que la mort vint interrompre. Le jeune savant, dont je suis heureux d'être l'ami, mit avec empressement entre les mains des travailleurs cette mine si précieuse, et cela avec une libéralité d'autant plus méritoire que lui-même en tirait la matière d'excellentes dissertalions, dont je reparlerai, les premières vraiment critiques qui aient été écrites sur ce sujet. C'est alors qu'ayant osé soumettre à la Commission des travaux historiques de la ville de Paris le projet d'une histoire complète de la Bastille, j'ai eu le grand honneur de m'en voir confier la rédaction.

Pénétré de l'esprit de cette belle collection de l'tr Histoire générale de Paris» , publiée par la municipalité parisienne, et qui n'admet que les documents ou des ouvrages fondés sur les documents, j'ai eu avant tout le souci de former un recueil de textes authentiques relatifs à la Bastille, de sorte que les pièces justificatives qui terminent cet ouvrage en forment réellement le fond, et que tout ce qui les précède n'en est que le commentaire constant et fidèle.

Il me sera peut-être permis de dire que le bâtiment même n'avait pas encore été étudié avec autant de détails, surtout dans l'histoire de sa construction. Les historiens n'étaient pas d'accord sur l'année où en fut posée la première pierre; plusieurs d'entre eux accréditaient encore la légende d'après laquelle Hugues Aubriot aurait été le premier prisonnier du château qu'il avait fondé : on ne devra plus répéter sur ces points des faits inexacts.

Puisque la Bastille, construite tout d'une pièce en quelques années, étail postée en 1789 à peu près ce que l'avait faite Charles V, il y avait peu à dire sur ses aspects successifs pour chaque siècle; j'ai eu cependant la bonne forlune de rencontrer des documents fort intéressants sur le « renforcement v qui en fut fait entre 1 5 5 5 et i56o; de même ai-je pu restituer avec certitude, grâce aux papiers de l'Arsenal, le bâtiment de l'état-major, édifié en 1761 au travers de la grande cour, et la nouvelle chapelle qui, vers le même temps, fut installée vis-à-vis de celle que nous décrivent les inventaires de 1/128 et de i43o. Tel est l'objet de la première partie de mon travail.

La seconde partie traite de l'administration de la Bastille. Bien simple à l'origine, exclusivement militaire jusqu'au temps de Louis XI, qui en fit une administration de geôle, redevenue militaire au xvic siècle, elle ne commença à devenir ce qu'elle devait rester jusqu'à la fin que par Louis XIII , ou plutôt par Richelieu. Le titre de frouvemour se substitua alors à celui de capitaine qui avait

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été jusque-là en usage, et à ce titre Louis XIV ajouta des prérogatives, des avantages, dont le nombre alla toujours croissant. On continua de choisir les gouverneurs parmi les officiers de l'armée, mais la faveur présida plus que le mérite à ces choix, et d'ailleurs les fonctions n'étaient pas de celles où la science des armes paraissait indispensable : du moins on le croyait; l'incapacité militaire du marquis de Launey a prouvé qu'on avait eu tort. Au dernier temps de son existence, la Bastille eut un personnel administratif très nombreux, tendant toujours à s'augmenter, car, de 1786 à 1789, deux brevets nouveaux furent créés, ceux de sage-femme et d'apothicaire. Je me suis appliqué à réunir le plus de documents possible sur toutes ces charges, assez ignorées, du médecin, de img*énieur en chef, du chirurgien, des chapelains et confesseurs, du commissaire au Ghâtelet, etc., qu'on n'obtenait, même les plus modestes, qu'au prix de vives sollicitations; j'ai entrepris enfin de dresser la liste chronologique des capitaines, gouverneurs, lieutenants de roi, majors et aides-majors du château, en groupant sous chaque nom des renseignements biographiques; la tâche était ardue, et si la série de ces officiers est reconstituée à peu près en entier, je conviens que les détails fournis sur la vie de chacun d'eux sont bien peu abondants et que la moisson n'est pas en raison des efforts qu'elle a coûtés.

L'examen du régime de la prison à ses divers âges, qui forme la troisième partie de ce livre, pouvait prêter à d'infinis développements. C'est, en effet, le seul point qui ait été encore étudié de l'histoire de la Bastille, le plus intéressant, à vrai dire, et le plus fécond en controverses. J'aurais pu , après tant d'autres, raconter par le menu les évasions du prétendu Latude, dire, en plusieurs centaines de pages, tout ce que l'on a si ingénieusement imaginé sur c: l'homme au masque de fer 55, dont la personnalité médiocre, — celle d'un officier accusé de trahison, — va, dit-on, être prochainement révélée; il eût été facile de grossir le volume en empruntant aux Archives de la Bastille, publiées par Bavaisson, quelques dossiers de détenus, romanesques et dramatiques, ou simplement en établissant une liste complète des prisonniers qu'a reçus le château. J'ai mieux aimé chercher à tracer un tableau d'ensemble, où les figures ne soient pas traitées isolément (car il y aurait eu trop d'inégalités), mais par catégories, et qui montre ce que fut, suivant les époques, le régime applicable à chacune d'elles. Ce sera pour quelques-uns sans doute un sujet d'étonnement que d'apprendre les variations par où ce régime passa au xvne siècle et, au contraire, son égalité à partir de la seconde moitié du xvmc siècle.

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Si nous n'avions à cet égard que les relations écrites par les prisonniers , nous n'aurions rien de sûr; ce sont des œuvres fatalement récusables, aucune n'étant assez complètement informée, ni écrite — sauf peut-être celle de l'abbé de Roquette — avec un sentiment de résignation qui permette de juger sainement. Elles n'ont de valeur qu'après avoir été contrôlées à l'aide des documents administratifs que la Bibliothèque de l'Arsenal a conservés en si grand nombre, et dont le témoignage n'est pas suspect. La correspondance dos ministres ou du lieutenant de police avec le gouverneur, le Journal de du Junca, les notes de Chevalier, le Registre du major de Losme, les mémoires de fournitures, et en général toutes les pièces de comptabilité : telles sont les sources essentielles d'un travail critique sur la condition des personnes enfermées à la Bastille. C'est pour y avoir puisé le premier que M. Funck- Brentano a produit bien des faits nouveaux et inattendus; j'ai eu fort souvent à citer ses deux savants mémoires : La vie à la Bastille, et La Bastille d'après ses archives; et si, parfois, je ne me trouve pas d'accord avec lui, ce n'est que sur des points de détail. Faute d'avoir étudié et comparé ces textes, pour s'en être aveuglément rapporté aux allégations mensongères de Constantin de Renneville ou du faux Latude, aux récits de Linguet, dont le fond est l'hyperbole, on avait représenté la Bastille comme un lieu de tortures matérielles et morales, où les prisonniers pourrissaient au fond de leurs cachots, privés de tout soin. Cette opinion ne résiste pas à la lecture des règlements de la prison, des instructions données aux porte-clefs, des bulletins rédigés par le major, des comptes du mobilier et de la cuisine. De toutes les prisons d'alors, la Bastille était certainement la moins cruelle; mais c'était une prison d'Etat, on y entrait arbitrairement, «d'ordre du Roi-», sans savoir quand on en sortirait, et si la liberté est le plus précieux de tous les biens, la crainte de ne la recouvrer jamais doit être le plus affreux supplice.

La dernière partie de ce livre est consacrée aux événements historiques dont la Bastille a été le théâtre. Il ne s'agit plus désormais de la prison, mais de la forteresse, et du rôle qu'elle joua dans l'histoire de nos guerres civiles. Dès qu'une émeute éclatait, c'est à la Bastille que les Parisiens couraient, persuadés, bien à tort, que sa possession équivaudrait pour eux à la capitulation du pouvoir royal. Ils n'eurent raison que le 1 k juillet 1 789. En quatre cents ans, le château fort se vit sept fois assiégé; six fois il fut fidèle à sa tradition, (jui était de se rendre sans résistance; il n'y mentit guère plus, le jour suprême, en opposant une défense si molle à la plus passionnée des attaques. Pour l'histoire, ce dernier siège est le seul qui compte; j'avais à m'occuper

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aussi des autres et de quelques faits auxquels la Bastille s'est trouvée mêlée, tels que ce combat du faubourg Saint-Antoine, où son canon décida de la rencontre; mais c'est à la journée du îk juillet que devait nécessairement appartenir le plus de place. Je me suis efforcé d'en rechercher les origines, et peut-être jugera-t-on que cette recherche n'était pas inutile. La preuve est faite, maintenant, que la Bastille eût été supprimée administrativement si elle n'avait disparu violemment; son impopularité, depuis quelques années surtout, était devenue telle qu'elle y aurait succombé à brève échéance. S'il n'en eût pas été ainsi, est-ce que Corbet, inspecteur des bâtiments de la ville, aurait songé, dès 178^, à dresser un plan de rues et de places à ouvrir sur l'emplacement de la vieille forteresse? Du Puget, lieutenant de roi à la Bastille, eût-il, en 1788, osé rédiger ce rapport, si heureusement retrouvé, dans lequel il propose ouvertement la démolition de la Bastille, la vente de ses terrains et la restauration du château de Vincennes en qualité de prison d'Etat, pour y recevoir les rares coupables que l'on aurait encore à y envoyer? Et Davy de Chavigné, auditeur à la Chambre des comptes, se fût-il permis, au commencement de l'année 1789, d'écrire ce que nous citons de lui (page 178) si l'on n'avait senti qu'il était dès lors permis de tout dire et de tout écrire?

Je ne crois pas, d'ailleurs, que ces manifestations aient beaucoup influé sur l'événement du \h juillet, ni surtout qu'elles l'aient déterminé. C'est à M. Georges Lecocq que revient le mérite d'avoir fait connaître en 1881, dans son curieux livre sur la Prise de la Bastille, le procès-verbal de l'assemblée du district du Petit-Saint- Antoine, où mille citoyens environ décidèrent, le 1 3 juillet, que, pour assurer leur tranquillité, les bourgeois de Paris devaient être armés et se procurer des armes partout où ils en pourraient trouver. Cette délibération pacifique, qui n'avait en vue que la sécurité de la capitale, allait engendrer la sanglante collision du lendemain. Plusieurs autres districts adoptèrent la résolution prise au Petit-Saint-Antoine, et, en quelques heures, toute la population commerçante et bourgeoise de la ville s'était juré d'avoir des fusils pour se défendre contre cries brigands ?7, c'est-à-dire contre la foule de gens sans aveu qui venait d'envahir et de piller l'hôtel de la Force et la maison de Saint-Lazare, deux prisons, précisément.

On courut aux Invalides, où de nombreuses munitions furent aussitôt enlevées. Si le gouverneur avait pu résister, c'est là que la bataille se fût engagée, et la Bastille aurait peut-être été épargnée. Celle-ci, avec ses pontslevis relevés, contrairement à l'habitude, et sa garnison sur les tours, offrait

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un aspect rébarbatif qui contribua fort à irriter la foule de ceux qui ne venaient là que réclamer des armes et ignoraient les négociations entamées, le matin, entre l'Hôtel-de-Ville et de Launey. S'ils avaient pu pénétrer sans obstacle jusqu'au magasin d'armes et y prendre tout ce qu'il contenait, le siège n'aurait probablement pas eu lieu, du moins à ce moment. Ce n'est pas à dire que le besoin d'armes ait été la seule cause de ce grand événement, mais il en l'ut certainement la cause directe; toutes celles qu'on en donne communément ne sont qu'accessoires, et la pensée de délivrer les prisonniers n'y doil être comptée pour rien.

L'histoire de la Bastille s'arrête réellement à l'instant du massacre de son gouverneur et de ses officiers; mais les ruines mêmes, avant qu'elles aient péri complètement, furent encore témoins de bien des faits intéressants; leur exploitation par le personnage ridicule appelé Palloy, les fêtes dont elles consignaient le décor, les multiples projets d'utilisation de leur emplacement, la création des compagnies de Volontaires et de Vainqueurs de la Bastille, objet de tant de discordes, méritaient quelques éclaircissements : je les ai donnés sous forme d'Appendices, qui, avec les Pièces justificatives, terminent le volume.

J'arrive à parler des sources manuscrites, des textes imprimés et des mémoires historiques sur lesquels s'appuie tout ce travail.

Les archives de la Lieutenance de police, dont les papiers de la Bastille ne formaient qu'une section, et qui se trouvent classées aujourd'hui à la Bibliothèque de l'Arsenal, sont le point de départ de mes recherches. J'aurais parlé avec quelque détail de ce précieux dépôt si M. Funck-Brentano ne m'avait plus rien laissé à dire depuis qu'il en a publié l'inventaire, précédé d'une introduction complète et parfaite ^. Je me borne donc à y renvoyer le lecteur. Dans l'ordre d'importance, le fonds français du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale doit être cité immédiatement après l'Arsenal : on y trouve, sous la cote 76/18, une série de lettres de cachet pour les années 1 7 1 4-1768, et (ms. 1 4,o6o) le recueil complet des lettres du lieutenant de police Lenoir adressées à l'état-major de la Bastille pendant l'année 1 778 ; sous

ll) Catalogue des manuscrits de ht Bibliothèque de l'Arsenal, tome IX. Archives de la Bastille, par Frantz Funck-Brentano, sous-bibliothécaire à la Bibliothèque de l'Arsenal (1" fascicule). Paris,

Pion, 1892, in-8°; lxxix et 27.3 pages. CI. l'article bibliographique que j'ai consacre à cette œuvre dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, année 1892, pages 285-288.

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le numéro 1 1.736, des documents relatifs à la démolition de la Bastille; les manuscrits 2811, 32/u-32^2 des nouvelles acquisitions, qui proviennent de Palloy, forment un recueil très instructif sur le même sujet et contiennent en outre d'exacts dessins des bâtiments dans leur dernier état. Dans le fonds Clairambault (n° 986) j'ai à signaler quelques dossiers de prisonniers détenus, comme coupables d'empoisonnements, tant à la Bastille qu'à Saint-Lazare et à Vincennes.

Le département des estampes contient, dans sa merveilleuse collection de la Topographie de la France (Paris , quartier Saint-Antoine), un grand nombre de représentations de la Bastille; deux d'entre elles, un dessin à la plume, du xvne siècle, et une aquarelle, du siècle suivant, ont été jugées assez intéressantes pour qu'elles figurent dans l'illustration du présent volume.

Les Archives nationales auraient dû hériter des papiers de la Bastille sans la méprise qui les fit attribuer aux archives de la Ville ; les conséquences en auraient été déplorables, — leur infaillible destruction dans l'incendie de 1871 — si Ameilhon n'avait eu l'idée de transporter ces papiers comme siens à la Bibliothèque de l'Arsenal lorsqu'il y fut nommé conservateur. Le palais Soubise est donc fort pauvre en documents sur notre sujet, sauf pour les événements qui en constituent l'appendice ; j'ai cependant trouvé dans la correspondance des ministres de la maison du roi, qui avaient Paris et la Bastille dans leur département, plusieurs utiles renseignements d'ordre administratif (série O1), et, dans la série N, une importante et curieuse collection de plans.

Les archives, trop ignorées, de la Préfecture de police m'ont offert aussi quelques ressources. Elles possèdent des états mensuels des dépenses de la Bastille et de Vincennes; l'analyse des dossiers de prisonniers, travail considérable formant mille feuillets et qui s'arrête à l'année 1702; des tableaux d'entrée et de sortie, où les noms des détenus sont classés alphabétiquement; la suite, enfin, des lettres adressées par le major de Losme au lieutenant de police, de janvier 1787 à juillet 1789, fragment de la correspondance de cet officier, dont M. Bégis possède le Registre complet, et dont il a publié quelques extraits il y a douze ans

La Bibliothèque Mazarine compte parmi ses manuscrits (n° 1 452) un recueil de lettres de cachet et de correspondance du ministre avec le gouverneur (c'était alors d'Abadie) pour les années 1759-1761, registre distrait, on ne

(1) Le Registre d'écrou de la Bastille, de ij8-2 à ij8g, par Alfred Bégis; publié dans la Nouvelle Revue , de décembre 1880 et liré à part; in-8\ 3o pages.

vin LA BASTILLE.

sait comment, de la série qui se trouve à l'Arsenal , et dont il n'est pas , malheureusement, le seul desideratum.

Au musée Carnavalet, outre deux registres analogues, des années 1763, 1765-1767 (nos 1 5,692 in-fol. et 1 8,38 1 in-/i0), j'ai surtout tiré parti, pour éclairer mes derniers chapitres, des richesses que l'époque de la Révolution y fait entrer chaque jour : fusils, insignes et cachets des Vainqueurs, tableaux et estampes de toute sorte, et surtout cet incomparable dossier Palloy (n° io,4/ti), dont M. Victor Fournel a si heureusement fait son profit.

Quant aux imprimés, leur valeur est loin d'égaler leur nombre, si considérable que peu de collections parisiennes, fussent-elles aussi riches que celles de MM. Bégis, Lacombe, Mareuse, doivent les contenir tous. M. Funck- Brentano a cité, dans l'introduction à son Inventaire, celles de ces publications qui sont faites d'après des papiers de la Bastille, conservés ou non à la Bibliothèque de l'Arsenal. Une telle classification pourra paraître un peu subtile, et l'on aurait aimé que cet excellent érudit, étendant un peu son cadre, énumérât tous les ouvrages qui peuvent servir à l'histoire du château, quelle qu'en soit l'origine. Pour ma part, je me bornerai à dire quelques mots de ceux dont j'ai été le tributaire, et qui peuvent être considérés comme de véritables sources. On s'attend à trouver au premier rang les Archives de la Bastille, cet important recueil dont François Bavaisson publia seize volumes et que son neveu, M. Louis Bavaisson-Mollien , achève avec un zèle pieux (le tome XVII, ayant trait aux années 1757-1750,, a paru en 1891); mais il faut reconnaître que les textes mis au jour ont bien plutôt rapport à l'histoire des mœurs pendant les deux derniers siècles de l'ancien régime, à l'histoire des prisonniers qu'à celle de la prison, dont il n'est parlé que dans la préface fort remarquable du tome Ier. De même, les documents provenant de la Bastille, que M. Hovyn de la Tranchère a publiés en 1886 d'après les originaux conservés à Saint- Pétersbourg n'apprennent rien sur la condition des détenus ni sur l'administration de la forteresse. Une source bien meilleure est celle qu'offre La Bastille dévoilée de Charpentier (2) ; je l'ai déjà signalée; les historiens doivent \ puiser largement, mais toutefois avec quelque prudence, car la passion politique égara dans bien des cas l'auteur.

Si j'ai jugé sévèrement les Mémoires si connus de Linguet et ceux de Danry, dit Latude, ce n'est pas à dire qu'il faille n'en tenir aucun compte; leurs

vl) Les Dessous de l'Histoire. Paris et Bordeaux, tiques pour servir à son histoire. Paris, Desenne, 188G, 2 vol. in-8". 1789-1790; 9 livraisons in-8°, réunies babituelle-

| 2) La Bastille dévoilée ou Recueil de pièces authen- ment en trois volumes.

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hyperboles et leurs déclamations même deviennent intéressantes dès qu'on peut, à l'aide d'informations sûres, les rapprocher de la vérité. Il faut savoir gré à M. Gazier d'avoir publié la relation très sincère écrite par l'abbé de Roquette de sa détention comme janséniste en i^ks^, et remercier grandement M. Longnon des documents si curieux qu'il a révélés à propos de l'évasion deLatude(2). Telles sont, à peu près, les seules références qui nous viennent du passé. De celles de notre époque, on ne doit retenir que les travaux ayant une valeur critique. Je me plais à rappeler ici et à placer en première ligne ceux de M. Funck-Brentano (;5), de M. Fournelw, les recherches précises de MM. Couret (5), et Séré(0), et d'excellentes dissertations, trop courtes, sur des points de détail, que M. Bégis a données à Y Intermédiaire des chercheurs et des curieux.

Dans l'amas de relations qui ont été écrites de la journée du 1 ^ juillet, bien peu se distinguent par le mérite de la véracité ; je les ai trop citées et discutées dans les notes pour qu'il soit utile de les nommer ici; mais j'ai plaisir à dire combien la savante Bibliographie de ïhistoire de Paris pendant la Révolution française, rédigée par M. Maurice Tourneux, m'a guidé dans leur examen; elle m'a notamment révélé l'une d'elles, le Mémoire des faits autentiques, que j'ai cru devoir, en raison de sa rareté, réimprimer dans les Pièces justificatives.

Le Répertoire général des sources manuscrites de ïhistoire de Paris pendant la Révolution française, publié par M. A. Tuetey pour la Ville de Paris, comme l'ouvrage de M. Tourneux, m'a été plus précieux encore. C'est à lui que je dois de connaître la plupart des documents de l'histoire posthume de la Bastille, ces procès-verbaux sinistres inventoriant les cadavres sans tête des défenseurs

(1) Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France , t. VII (1880), p. 1 1 -36. (2> Ibid., t. III (1876), p. 356-4oi.

(3) Lui-même en a donné la liste dans son introduction déjà citée, p. lxxviii.

(4) Les Hommes du là Juillet. . . Paris, 1890, in-18. — Le Patriote Palloij . . . Paris, 1892, in-8°.

(5) La Bastille depuis ses origines jusqu'à sa chute, 22 avril i36g-iâ juillet 178g, par A. Couret, ancien magistrat, docteur ès lettres, publiée dans la Revue du monda latin de décembre 1888 et janvier 1889, puis tirée à part à 4o exemplaires. Orléans, Herluison; in-8°, 4o pages. — La plus grave inexactitude de ce travail se lit à la première

page : rrNe dit -on pas», dit M. Couret, — rtmais c'est peut-être une légende, — que l'autre jour le Conseil municipal aurait demandé à un savant poudreux une bistoire détaillée de la Bastille ! Malheureusement, les fonds manquaient pour solder la main-d'œuvre et le savant s'est récusé. Il est difficile de formuler un fait plus erroné en termes moins bienveillants. M. Couret, s'attaquant à un sujet comme la Bastille , aurait dû se méfier des légendes; sa brochure peut, d'ailleurs, se lire avec profit.

(6) La Bastille devant l'Histoire . . . , par Paul Séré; publication de la Société havraise d'études diverses, année 1890, 1" trimestre; tirée à part. Paris, Dumont, 1890; in-8°, 77 pages.

HirtilUM. RAT10ÏIALZ.

x LA BASTILLE.

de la place et relatant l'odieuse exhibition qu'on en fit durant deux jours à travers la ville; puis les comptes de la démolition, tout ce qui a trait aux Vainqueurs, etc. Le labeur immense qu'a entrepris M. Tuetey de signaler aux historiens de la Révolution les matériaux inédits, où qu'ils soient, de leurs études, rend dès aujourd'hui les plus grands services et je suis heureux d'avoir été l'un des premiers à en bénéficier.

C'est avec le même sentiment, où n'entre rien de banal, que j'acquitterai ici les dettes de reconnaissance, contractées au cours de mon travail envers ceux qui m'y ont aidé. M. Siméon Luce a bien voulu se charger d'examiner le manuscrit de ce volume et en faire entendre un rapport bienveillant à la Commission des travaux historiques. M. Jules Cousin a pris la peine de relire les épreuves; c'est dire quelle a été sa part de collaboration en savants avis, en utiles indications; qu'il veuille bien croire à toute la gratitude de son disciple affectueux et dévoué. Je dois beaucoup aussi à l'obligeance de plusieurs de mes confrères : de MM. Spont, Saige, Morel-Fatio, Leiong, Coyecque, Le Grand. M. A. Bégis, si bien informé de tous les faits de la Bastille, m'a fourni maints bons renseignements, et M. Caignard, conservateur du musée de la Monnaie, a mis à ma disposition, avec une extrême amabilité, les tré sors de ses collections pour la période révolutionnaire. J'ai enfin à remercier bien vivement le Service des travaux historiques, et surtout MM. Paul Le Vayer et Rodouan, de l'empressement, de la bonne grâce parfaite qu'ils ont apportés dans la direction de l'exécution matérielle du livre et des planches qui l'embellissent.

C'est grâce au concours de tant de bons offices que j'ai pu mener à bonne fin un ouvrage où je souhaiterais que l'on reconnût, à défaut de tout autre mérite, l'unique préoccupation de l'exactitude et de l'impartialité.

Fbrnand bournon.

2 3 octobre 1892.

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