LES TROIS CENTS
EUX qui ont entendu parler des 300 combattants de Châteauguay, et qui se rappellent leurs classiques, imaginent que O'Sullivan, un garçon très lettré, n'a rien trouvé de mieux que de dire : " Nous étions trois cents^^^ comme aux Thermopyles, ce qui constituerait une vantardise dans la bouche du soldat historien ; mais nous allons établir d'une manière raisonnable ce chiffre de trois cents.
Le gouverneur Prévost, dans sa dépêche du 80 octobre, dit positivement que Salaberry n'engagea pas plus de trois cents hommes dans le combat.
Michel O'Sullivan, aide de camp de Salaberry, affirme avec force qu'ils étaient trois cents hommes faisant le coup de feu, et que le reste était en réserve en arrière.
M. John McKenzie, de Terrebonne, bourgeois de la compagnie du Nord-Ouest, qui s'occupait activement des affaires de milice à l'époque en question parce que les voyageurs de sa compagnie avait été placés presque tous sous les ordres de Salaberry, possédait un exemplaire du dictionnaire topogra-
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CHATEAUaUAY DANS L'HISTOIRE
SI Napoléon «ût vaincu le» alliés dans la campagne de février-mars 1814, nous aurions vu se continuer la guerre à nos portes parce que le gouvernement de Washington agissait d'après une etitente avec le monarque français. Cette politique, dirigée contre l'Angleterre, embrassait la conquête du Canada au profit des Américains. Napoléon vainqueur, les hostilités se continuaient sur nos frontières. Mais qui avait remporté le bouquet jusqu'à ce moment ; qui nous avait offert de nous reposer sur des lauriers, suivant la phrase classique? — Salaberry, personne autre. Il a conçu et exécuté le coup final de 1813 ; il absorbe Crysler Farm dans Châteauguay. Supposez de Salaberry commandant-en-chef, Hampton n'eut pas ramené un seul de ses hommes dans l'Etat de New- York, et Wilkinson serait resté avec ses dix mille soldats prisonniers de guerre entre nos mains. Ceux qui avaient la direction — Prévost et Watteville — ne comprirent rien à un état de choses fait pour de vrais chefs d'armées. Le plan admirable du général Armstrong a
rencontré dans Salaberry un officier qui savait que, en brisant l'un des deux jambages de ce projet, il paralysait l'autre.
Rappelons-nous que Hampton et Wilkinson, envahissant le Bas-Canada pour prendre Montréal, avaient dans leurs mains les deux plus belles armées que les Américains eussent mises debout depuis le commencement de la guerre. Le Haut- Canada venait d'être conquis par une autre armée américaine, celle de Ilarrison.
Salaberry défait Hampton, sur lequel comptait Wilkinson, et celui-ci, ne connaissant rien de ce renversement de tous leurs projets, entreprend la conquête de Montréal, mais il s'arrête parce que son collègue a été battu, et non pas à cause du combat d'arrière-garde livré près de la ferme Crysler^ puisqu'il s'en était tiré sans trop de perte. L'importance d'une bataille se mesure par les résultats. Châteauguay a coupé court à la marche victorieuse des Américains et a brisé leur plan de campagne. Châteauguay produisît sur Wilkinson une terreur que Crysler Farm ne lui avait pas du tout inspirée. De quelque manière que l'on envisage la situation, il faut en arriver à ceci : Prévost ne comprit pas d'abord l'étendue de la défaite de Hampton; lorsqu'il put s'en rendre compte,il dit que la campagne était terminée: Wilkinson, ne sachant rien de la déconfiture du 26 octobre, s'avance, combat, passe son chemin, entrevoit pour ainsi dire Montréal, demeure victorieux jusqu'à l'heure où il apprend que Hampton est anéanti ; alors il s'empresse de se dérober aux conséquences de sa marche audacieuse.
A la guerre, le résultat est tout. Napoléon fait tuer quarante mille hommes à Eylau sans démolir les Russes : bataille
fotile. Plus tard, à Waterloo, Bliicher survient sur la plaine de la Belle Alliance et la face du monde change, parce que Kapoléon tombe pour ne plus se relever. Drummond se bat comme un tigre à Lundj's Lane, sans pouvoir délivrer le Haut-Canada de la présence des Américains. Les morts et les blessés s'entassent à Stoney Creek, mais le résultat est vague. Salaberry affronte savamment un ennemi vingt fois supérieur en nombre et lui inflige l'obligation de rentrer chez lui; le retentissement de ce coup de maître terrorise Wilkin- Bon : la province est sauvée. Les enfants ont l'habitude d'évaluer les batailles d'après le nombre des combattants ou des morts. Les hommes sérieux calculent les résultats. Au Détroit, le général Brock a conquis le Michigan sans perdre un homme.
Qu'importe que trois cents fusils, seulement aient joué le long du ravin Bryson, si Montréal et la province ont été sauvés de la conquête !
Je n'admets pas que l'on qualifie les attaques de Hampton contre Salaberry dans la journée du 26 octobre, de ** fusillade au coin d'un bois ", puisque l'assaillant n'eut rien de plus pressé, après cela, que de retourner à la frontière, en semant le terrain de morts et de blessés.
Les auteurs américains feignent de ne mentionner Hampton qu'en passant et ne rattachent son entreprise à aucun projet, tandis que nous savons très bien la valeur qu'elle avait dans l'estime d'Armstrong, ministre de la guerre ! C'était la majeure partie de son plan de campagne : Wilkinson devait coopérer seulement à la conquête, ou si vous
aimez mieux, il avait pour mission d'appuyer les mouvements de Hampton. Il n'est pas étonnant de voir les Américains masquer leur échec, lorsque Prévost lui-même s'arrange pour que l'on ne sache rien de Châteauguay a^ War Office de Londres.
Ne disons pas, cependant, que tous les historiens américains suppriment le chapitre qui concerne Hampton et Salaberry. Dans un travail publié aprës la guerre en question, l'un des principaux officiers de Hampton disait : ^^ Personne n'avoue maintenant avoir appartenu à l'armée de Châteauguay ". La honte qui couvrait ces militaires fait assez l'éloge des nôtres.
L'adjudant-général King, de l'armée américaine, "examinant les opérations de Hampton, explique la marche de Purdy au sud de la rivière et dit que Hampton méritait sa défaite pour avoir si mal conçu l'attaque.
Une fusillade au coin d'un bois ! alors que depuis quatre jours nos hommes travaillaient à fortifier leur position pour compenser l'énorme différence qu'il y a entre sept mille et cinq cents !
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