MÉMOIRE
La mission reçue par la 5e armée dans l'hypothèse de la violation de la neutralité belge par les Allemands, est de prendre une contreoffensive dans la direction générale de Neufchâteau.
Les conditions de possibilité de cette contre-offensive sont les suivantes :
1° La 5e armée doit, avant de s'engager dans les défilés boisés des Ardennes et de la Semoy, avoir la certitude qu'elle pourra non seulement déboucher librement de ces défilés, mais encore gagner au delà le champ nécessaire pour pouvoir mettre en œuvre tous ses moyens.
Pratiquement, cela revient à dire qu'elle doit pouvoir atteindre,
-avec ses quatre corps* de gauche, le front Maissin, Paliseul, Bertrix, Saint-Médard.
Ce front est à trois jours de marclie de la frontière allemande.
La 5e armée, si l'on s'en réfère aux dates de débarquement de ses éléments, ne peut l'atteindre avant le 13e jour.
2° Il est indispensable que le 2e corps soit relevé de sa mission de couverture assez tôt pour être en mesure de participer à la droite de la 5e armée à l'action que celle-ci peut être amenée à engager aussitôt «on débouché terminé.
3° Il est non moins indispensable que l'offensive de la 5e armée «oit appuyée par l'offensive simultanée de l'armée qui doit venir se placer à sa droite.
L'offensive de la 5e armée sur Neufchâteau répond à l'éventualité, d'ailleurs probable, où l'aile droite allemande serait orientée sur Sedan. Mais il peut arriver qu'elle soit orientée beaucoup plus au nord. Cela dépend évidemment de l'amplitude que les Allemands voudront ou pourront donner à leur mouvement enveloppant par la Belgique. Dans les études militaires allemandes récentes (et notamment dans le kriegspiel exécuté en 1911 par le Grand Etat-Major), on envisage -couramment le passage par la Belgique de trois armées dont la plus septentrionale serait orientée vers Dînant, de façon à passer, la Meuse entre Givet et Namur. •
D'autre part, l'obstacle de la Meuse est doublé, entre Mézières et Givet, d'une formidable barrière boisée, épaisse de plus d'une journée de marche, où aucune armée ne peut s'engager si elle sait les débouchés de sortie gardés.
D'où il résulte que l'armée formant la droite du groupe d'aile droite allemande ne peut Hre orientée qu'en amont de cette barrière c'est-à-dire sur Sedan, ou en aval, c'est-à-dire sur Givet et plus au nord.
Il est clair que, une fois la 5e armée engagée dans la direction de Neufchâteau, elle ne pourrait parer à cette dernière éventualité qui n'est envisagée ici que pour mémoire.
Lanrezac.
Telles étaient, au moment 'où l'Allemagne montait son agression contre la France, les hypothèses envisagées par le haut commandement français et en prévision desquelles la concentration avait été faite. Dans l'un et l'autre cas, sa préoccupation était de prendre l'initiative des opérations par une offen-
sive de ses diverses armées — ■ offensive qui avait pour premier objet de tourner Metz et de la faire tomber.
La région de Briey devait donc être l'un dss théâtres de cet investissement de Metz, et l'opération était assignée soit à la 3e armée seule, scit à la 3e armée appuyé î au sud par la 2e armée»
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LA 3e ARMÉE, LIAISON ENTRE LES DEUX AILES : SON ACTION SU- BORDONNEE A L'AILE GAUCHE DU DISPOSITIF FRANÇAIS. LA VIO- LATION PAR LES ARMÉES ALLEMANDES DE LA NEUTRALITE BELGE. — l'instruction GÉNÉRALE N° 1 DU 8 AOUT 1914.
Ainsi, d'après les directives générales du plan 17, la 3e armée se trouvait en position d'expectative, son action devant se régler d'après l'initiative de l'ennemi. Elle faisait liaison entre les deux ailes, et devait, pour agir, attendre la manifestation duplan de l'ennemi.
Elle demeura longtemps en attente sur ses positions, devant cette région de la Woèvre et de Briey à peine occupée par l'ennemi.
Le général Malleterre a rapporté devant la Commission de Briey, qu'avec son régiment, couverture du 5e corps, il resta en faction, face à Briey, à Hermeville près d'Ëtain du 8 au 20 août. Il n'avait devant lui que quelques escadrons de cavalerie ; il envoya des officiers en reconnaissance, l'un s'approcha jusqu'à 10 kilomètres de Briey, ne trouva rien et revint sans difficulté ; un autre, le 13 août, fit une randonnée de 40 kilomètres au delà de la ligne de Longuyon et dans la direction de
Landres et ne trouva également rien. L'ennemi, conclut le général Malleterre, avait peu de forces dans la région.
Même impression du général Verraux, qui commandait la 42e division, postée précisément en face de Briey : « Jusqu'au
14 août j'ai eu devant moi le 144e régi ment d'infanterie allemande, avec une batterie d'artillerie ; j'ai appris qu'il y avait des éléments allemands à Briey, mais très peu de monde. »
Et M. Lebrun, député de Briey, et ministre des Régions libérées, a affirmé qu'au mois d'août 1914, des gens de Briey vinrent à Verdun apporter des nouvelles et que d'autres de Verdun purent se rendre en automobile à Briey et en revenir sans avoir été inquiétés.
Ces déclarations ont été également confirmées par le général Ruffey qui commandait la 3e armée ; il a dit avoir demandé, le
15 août, à conjuguer l'attaque des ire et 2 e armées sur Sarrebourg et Morhange avec une attaque de son armée contre les forces qu'il avait devant lui et qu'il estimait très inférieures. On lui répondit : « Défense absolue de chercher une affaire sous votre propre responsabilité. » Le général RufTey ajoute qu'en outre de la garnison, l'effectif mobile de la place de Metz n'était que de 2 divisions et de 2.000 canons lourds, réserve pour les armées du voisinage.
L'examen des registres d'ordres de la 3e armée corroborent ces indications (3e Armée, Sorties).
Les Allemands avaient, le Ier août à 20 heures, violé la neutralité du Grand-Duché de Luxembourg et le lendemain leurs troupes y débarquaient et prenaient ostensiblement position devant Longwy, sans pourtant pousser plus loin la démonstration, qui n'était peut-être qu'à dessein de confirmer notre haut commandement dans sa crainte d'une attaque brusquée sur Verdun et de retenir son attention sur l'Est pendant que l'ennemi montait son mouvement par le Nord.
Le 4 août, les postes de douane de Trieux, Avril et Joeuf étaient attaqués par la cavalerie ; Briey ne fut occupé que le
5 août à 8 heures, par le 21e dragons et le 144e d'infanterie qui poussèrent jusque vers Conflans. Peu d'activité de ces troupes. Xe 7 août, la 3e armée télégraphie au G. Q. G. qu'on a l'impression, d'après les reconnaissances d'avions, « qu'il n'y a rien derrière le rideau Metz-Thionville ». Le 5 août, un rapport de la 3e armée au G. Q. G. à 19 h. 45, expose qu'on n'a relevé comme régiments ennemis que le 144e d'infanterie et le 12e chasseurs à cheval vers Conflans, les 13e et 21e dragons dans la région Ozerailles et Fie ville ^t plus au nord les 7e et 14e hussards. Cet ennemi est peu entreprenant : il pousse une pointe le 8 vers Spincourt, met le feu à Fie ville (x).
Cette immobilité de la 3e armée trouve son explication dans îes variations successives que la manœuvre ennemi; apportait .aux plans de n:»tre haut commandement.
Il faut rappeler ici les conditions où se produisit la violation de la Belgique.
Le 2 août, à 19 heures, le ministre d'Allemagne à Bruxelles •avait informé le gouvernement belge qu'ayant appris l'intention de l'armée française de franchir la Meuse entre Givet et Namur, et craignant que la Belgique ne soit pas, malgré sa bonne volonté, en mesure de repousser sans secours une marche française d'un si grand développement, le gouvernement allemand se voyait dans l'obligation de faire entrer son armée en territoire belge ; que la Belgique ne voie pas là un acte d'hostilité, qu'elle garde dans la guerre qui va s'engager une neutralité amicale et l'Allemagne s'engage à garantir son indépendance et ses possessions au moment de la paix et de l'indemniser des dommages
(2) Le 9 août, la 3e armée rapportait au G. Q. G. que les mines de Piennes auraient été détruites par les Allemands qui commettraient de graves excès.
causés, mais elle la traitera en ennemie si elle fait des difficultés à la marche en avant des armées allemandes, spécialement par une opposition des fortifications de la Meuse {Livre Gris, 20).
Il faut toujours barrer le mensonge : rappelons donc que, loin d'avoir eu cette intention de franchir la Meuse entre Givet et Namur, notre haut commandement avait orienté notre concentration face à l'Est ■ — et que, dans l'hypothèse d'une attaque allemande par la Belgique, le point terminus de notre aile gauche était à Mézières.
La Belgique repoussait ces outrageantes propositions de l'Allemagne et saisissait les puissances garantes, la France et l'Angleterre. L'Angleterre répondait que « si la neutralité belge était violée, c'était la guerre avec l'Allemagne » {Livre Gris, 26). La France offrait son concours absolu : le Livre Bleu anglais (n° 155) avance même que le 3 août, le ministre de la Guerre français offrait l'appui de 5 corps d'armée, mais je n'ai trouvé dans les documents officiels mis à ma disposition aucune confirmation d'une telle proposition.
Le 2 août, à 19 h. 30, le général en chef faisait jouer la va-, riante à la concentration prévue par le plan 17, et reportait vers le Nord les zones de débarquement de la 4e armée « de manière de permettre à cette armée de passer toute entière par le nord de Verdun entre les 3e et 5e armées. » {T> 3407, G. Q. G.t pièce 4.)
Le 4 août, à 6 heures, les troupes allemandes franchissaient la frontière belge. La Chambre des Représentants groupée autour de son roi se dressait pour venger l'insulte de ses frontières : « Un pays qui se défend, déclarait son roi magnanime, s'impose au respect de tous et ne peut pas périr ; Dieu sera avec nus. »
Le ,même jour, au Reichs.ag, le chancelier de Bethmann- Hollweg, exposant ces faits, expliquait ainsi cette violation des prjscirtions du d'cit If s >:ns : « La France a déclaré à Bruxelles qu'elle était résolue à respecter la neutralité de la Belgique aussi longtemps que l'adversaire la respecterait,
rtiais nous savions que la France se tenait prête pour envahir la Belgique. La Fnnce pouvait attendre, nous pas : une attaque française sur notre flanc dans la région du Rhin inférieur aurait pu devenir fatale... » Et la conclusion inoubliable que « la nécessité ne connaît pas de lois ».
Le même jour, le Secrétaire d'État von Jagow confirmait ces intentions à l'ambassadeur belge à Berlin : « Que l'armée belge ne fasse pas sauter les ponts, qu'elle n ms laisse occuper Liège et se retire sous Anvers... et nous promettons non seulement de respecter l'indépendance belge ,1a vie et la propriété des habitants, mais encore de vous indemniser. » — « Un peuple ne peut vivre sans honneur », fut la réponse du baron Beyens (2e Livre Gris, 25).
Faisant connaître à l'Angleterre, à la France et à la Russie cette pénétration des armées allemandes, le gouvernement belge leur adressait un appel en vue d'une action concertée et commune. « La Belgique, disait-il, est heureus? de pouvoir déclarer qu'elle assurera la défense de ses places fortes. » (Livre Gris, 40, 42, 43.) La Belgique précisait loyalement ainsi la mesure et les limites de sa coopération militaire. Et le haut commandement français était avisé par le lieutenant-colonel Brécard, envoyé par lui 1° 5 août, un mission à Bruxelles « pour assurer une coopération efficace et aussi complète que possible des mouvements et opérations militaires des armées belges et des armées françaises » que l'armée belge, surprise en pleine organisation par la déclaration de guerre, manquait de cadres, « qu'elle était uniquement destinée à garantir la sécurité du sol national, non à faire une guerre offens've... et que la défense de la Belgique, après la ligne Liège-Namur, c'était le camp retranché d'Anvers » (1).
(1) Le lieutenant-colonel Brécard rapportait qu'il avait demandé au chef d'État-major belge s'il ne comptait modifier la position très éparse de ses divisions et ses intentions au sujet de l'emploi ultérieur
Le 4 août, à l'ambassadeur anglais Goschen qui le sommait d'avoir à respecter la neutralité de la Belgique, le Secrétaire d'État Jagow dévoilait nettement le plan allemand :
« Il nous faut pénétrer en France par la voie la plus rapide et la plus facile, de manière à prendre une bonne avance et pouvoir frapper un coup décisif le plus tôt possible. C'est pour nous unequestion de vie ou de mort, car, si nous avions passé par la route plus au sud, nous n'aurions pu, vu le petit nombre de cheminset la force des forteresses, espérer passer sans rencontrer une opposition formidable impliquant une grosse perte de temps qui aurait été autant de temps gagné par les Russes pour amener leurs troupes sur la frontière allemande. Agir avec rapidité,, voilà le maître atout de l'Allemagne. » {Livre Bleu, 60.)
Le 5 août, au matin, commençait l'attaque des forts sud de Liège ; le 7, les Allemands prenaient la ville ; la résistance se poursuivait énergique sur les forts au nord. Le 9 août, le gouvernement allemand faisait à la Belgique une offre de médiation,, d'ailleurs noblement repoussée, et où il avouait son intention de
de son armée, qu'il avait tenté de faire sentir qu'il eut été plus avantageux de porter en avant une ou plusieurs des divisions de campagne de façon à les mettre en situation d'agir sur les troupes allemandes tentant le passage de la Meuse, mais qu'il s'était heurté à une résistance qui sera, croyait-il, difficile à vaincre. 11 concluait :
v En résumé l'impression générale que j'ai recueillie de mon voyage à Bruxelles est que la nation belge est prête à tous les sacrifices pour 6auver sa liberté. Elle compte sur son armée. Le soldat belge se bat bien : il est résistant et courageux. Mais le commandement est insuffisant... Quant au rôle qui sera dévolu à l'armée belge par le gouvernement du Roi, il est impossible actuellement de le préjuger : il dépendra des circonstances. Si elles nous sont favorables, peut-être l'armée belge passera-t-elle la Meuse et interviendra-t-elle sur le flanc droit de l'armée allemande. Mais c'est là une hypothèse à laquelle il ne faut ajouter qu'une foi très lointaine. Le commandement belge a les yeux tournés plutôt du côté d'Anvers que du côté de la frontièreallemande. »
prendre Liège comme point d'appui de ses opérations militaires ultérieures (Litre Gris, 62).
Le général commandant en chef français, quand il connut la violation de la neutralité de la Belgique et l'attaque sur Liège, comprit que les Allemands essayaient un mouvement d'enveloppement sur son aile gauche, mais il ne paraît pas douteux qu'il ne se rendit pas compte de l'extension de ce mouvement et qu'il n'en vit le développement que par la rive droite de la Meuse et par les Ardennes.
Il semble aussi qu'il sous-estîma les forces de l'adversaire. Le général Sarrail a versé à la Commission de Briey une note du service des renseignements du G. Q. G. à la date du 6 août 1914 sur la concentration allemande : « De l'ensemble des renseignements recueillis sur les emplacements initiaux, — -y est-il dit, — il semble que l'on peut conclure que les Allemands exécutent un plan de concentration, conçu il y a deux ans,et dont on a eu communication ». Ladite note évaluait à 26 corps et 5 corps de réserve, répartis en 5 armées, les forces allemandes établies a face à la France » : « Ces armées, y est-il ajouté, n'ont pas de divisions de réserve, ce qui semble indiquer qu'elles forment essentiellement la troupe de choc » (x).
C'est vraisemblablement cette conviction qui inspira l'instruction générale n° 1, en date du 8 août 19 14, 7 heures, strictement personnelle aux généraux commandants d'armée et à leurs chefs d'état -major (2).
Le général en chef estime que le groupe principal des forces allemandes est autour de Metz, devant Thionville et dans le Luxembourg : il le voit ainsi établi « soit pour déboucher vers
i1) Voir ce document dans la déposition du général Sarrail. Procèsverbaujr de la Commission d'enquête sur le rôle et la situation de la métallurgie en France, t. Ier, p. 360. Dans une note ultérieure du même service des renseignements du G. Q. G., ce chiffre des forces allemandes est réduit à 20 corps d'armée. (Voir ci- après, page 03, note 1.}
l'ouest, soit pour converger vers le sud, en s'appuyant sur la place de Metz ». Au nord, une armée allemande, où Ton trouve les éléments de 5 corps d'armée (*) a pénétré en Belgique et est engagée en partie contre les forces belges.
L'intention du général en chef, dans ces conditions, est « de rechercher la bataille, toutes forces réunies, en appuyant au Rhin la droite de son dispositif général » : l'aile droite, les ire et 2e armées, devant qui « les forces ennemies ne paraissent pas dépasser la valeur de 6 corps d'armée » exécutera la mission offensive qui lui est assignée par les directives du plan 17.
La ire armée prendra donc pour objectif l'armée allemande -de Sarrebourg, le Donon, Vallée de la Bruche et « cherchera à la mettre hors de cause en la rejetant sur Sarrebourg et la Basse - Alsace ». Pour faciliter cette attaque du gros de la ire armée, le 7e corps avec la 8e division de cavalerie, gagnera rapidement sur Colmar et Schlestadt, assurera la sécurité sur la droite en détruisant les ponts du Rhin et masquant Neuf-Brisach. Et, cela fait, le Ier groupe de divisions de réserve, renforcé par les divisions de réserve des Alpes, se chargera « de la surveillance de Neuf- Brisach, de l'investissement de Strasbourg et de la protection de la Haute -Alsace ».
La 2e armée, se couvrant face à Metz, agira offensivement, avec trois de ses corps d'armée — laissant les deux autres à la disposition du général commandant en chef — en direction générale de Sarrebrûck, sur le front Dieuze, Château-Salins, Delme, et se reliant à la ire armée par la région des Etangs.
Le reste du dispositif — centre et aile gauche — était mis en position d'expectative : « Le général commandant en chef repor-
(x) Ce renseignement avait été donné le 7 août par h service des renseignements du ministre de la Guerre, dans son Bulletin de renseignements n° 19 et transmis par téléphone à 8 h. 15 au G. Q. G. Il y est dit que « les iroupes entrées en Belgique appartiennent aux 2e, 7e, 5e, 4e et 3e corps et que les 8e et 13e corps sont dans le Luxembourg. »
terait au besoin en arrière la gauche de son dispositif pour éviter un engagement qui pourrait être décisif pour l'une des armées, avant le moment où les autres seraient en mesure de l'appuyer ; mais il est possible que nous ayons le temps de porter notre aile gauche en avant, dans l'hypothèse où la droite allemande serait retardée devant Liège ou se rabattrait vers le Sud. »
La mission assignée à la 5e armée établit bien que le mouvement débordant par la Belgique était escompté par les Ardennes et en direction de Méziêres, puisque cette armée — extrême aile gauche du dispositif — avait ordre de « resserrer son dispositif entre Vouziers et Aubenton », de manière à pouvoir monter une attaque en forces sur tout ce qui déboucherait entre Mouzon et Méziêres, ou, le cas échéant, franchir elle-même la Meuse sur ces deux points.
A la droite de la 5e armée, la « 4e armée, réunie entre Servon, Aubréville et Souilly, se tiendra prête à attaquer, entre Meuse et Argonne, les forces adverses qui auraient franchi la Meuse au nord de Vilosnes, ou à passer elle-même la Meuse au nord de Verdun ».
Le rôle assigné à la 3e armée est également à deux fins : « S'établir sur le front Flabas, Ornes, Vigneulles, Saint-Baussant, prête à agir dans la direction du nord, l'aile gauche marchant sur Damvillers, ou à contre-attaquer toutes les forces qui déboucheraient de Metz » ; dans le prenrer cas, ajoute l'instruction, « les deux corps de gauche de la 2e armée pourraient être rattachés à la 3e armée pour la bataille » — indice, semble-t-il, que le commandement réservait à cette 3e armée une mission décisive .
Le général en chef n'avait pas entièrement négligé — comme beaucoup l'ont cru et comme je l'avais cru moi-même — l'hypothèse que le mouvement débordant de l'aile gauche allemande pourrait se faire par l'une et l'autre rive de la Meuse, et il semble qu'il ait, dans une certaine mesure, tenu compte de la suggestion que lui avait faite, le 31 juillet, le général Lanrezac ; mais
F. Engerand 5
il restait convaincu que ce mouvement par la rive gauche ne devait pas avoir une grande importance, et il estimait qu'il suffirait, pour y parer, des divisions de l'armée anglaise et du 4e groupe de divisions de réserve, ce dernier avec mission « d'organiser une position autour de Vervins, de manière à assurer un débouché, soit face au nord, soit face à l'est ».
Aucune mention n'est faite, dans cette instruction, de l'armée belge, pour qui l'on jugeait sans doute suffisante la tâche de défendre ses places fortes.
Sur la tactique à employer, le document est fort net. : « Les commandants d'armée prescriront, dès maintenant, les mouvements préparatoires de nature à faciliter l'offensive et à la rendre foudroyante. »
<LE ROLE DE LA 3e ARMEE ET LES VARIATIONS DU PLAN D'OPERATIONS. — L'INSTRUCTION PARTICULIÈRE DU 13 AOUT 1914. LE COMMANDE- MENT FRANÇAIS, NE CROYANT PAS QUE L'ENNEMI PORTERA SON EFFORT ' PRINCIPAL SUR LA RIVE GAUCHE DE LA MEUSE, CHERCHE A ROMPRE SON CENTRE SUR LA RIVE DROITE, DANS l'aRDENNE BELGE.
L'instruction particulière n° i du 8 août assignait à la 3e armée un rôle particulièrement important, puisqu'elle la renforçait de deux corps d'armée en prévision d'une action dans la direction du nord. Il y avait lieu de croire que c'était par elle que le commandement s'apprêtait à rechercher la décision : c'est ce que crut le commandant de la 3e armée.
Le général Ruffey avait, avant la guerre, prévu l'attaque allemande par la rive gauche de la Meuse, et, en mai 191 4, dans un voyage d'état-major d'armée, il avait indiqué à ses commandants de corps d'armée et à leurs officiers d'état-major la manœuvre qu'il avait combinée pour parer à une telle attaque. En voici les grandes lignes :
« Dans l'hypothèse d'une invasion par la Belgique, le point faible de l'ennemi nous débordant avec sa masse principale par la rive gauche de la Meuse, est le secteur entre Rhin et Meuse anoyenne sur lequel ne pouvait être établi qu'une couverture de
16 à 18 divisions d'infanterie masquant et protégeant les mouvements de masses de 36 à 38 divisions opérant plus en arrière* Il fallait frapper avec des forces très supérieures sur cette couverture, en coupant de Thionville l'armée allemande qui devait s'étendre de Thionville à Virton.
« Contre un ennemi formant deux masses distinctes : l'une vers Thionville, Longwy, Virton : l'autre dans la région de Liège, Namur sur les deux rives ou sur la rive gauche de la Meuse on peut et on doit, avec des forces très supérieures à la masse de Thionville, frapper sur elle un coup décisif et l'écraser, se retourner ensuite, face à la Meuse moyenne, tournant le dos au Rhin avec les mesures de protection nécessaires, contre la masse principale pour lui livrer bataille à front renversé, en la plaçant dans une tenaille. En tous cas, si elle continue son mouvement dans le secteur Meuse, Mer, couper ses communications avec l'Allemagne, et la forcer alors à accepter le combat dans des conditions désavantageuses, la seconde branche de» la tenaille étant formée par les troupes qui lui barrent le chemin entre la Meuse et la Mer. Le succès sera d'autant plus certain que l'adversaire sera surpris en flagrant délit de manœuvre, car le déploiement de ses masses de la Sambre à la Mer ne peut être que successif, les troupes qui ont franchi la Meuse à Namur devant se diriger sur Maubeuge, celles qui ont passé à Liège devant se porter le plus à l'ouest possible, peut-être jusqu'à la mer pour déborder notre flanc gauche. En manœuvrant, nous aurons donc l'initiative d'une concentration, opportune qui nous procurera sur le champ de bataille une supériorité numérique, nos effectifs devant être le double de ceux que l'ennemi peut amener en ligne. »
Le général Ruffey avait donc établi sur ces bases un plan de campagne, basé sur la défensive sur les Vosges avec troupes réduites au strict indispensable. Il a déclaré à la Commission de Briey que le général en chef avait eu connaissance de la communication qu'il en avait donnée à ses commandants de corps
-d'armée et que, fin juillet 1914,11 lui aurait reproché d'avoir indiqué ainsi la parade à faire.
Aussi, recevant cette instruction n° 1 et voyant sa 3e armée, renforcée de deux corps, le général Ruffey crut-il que le général en chef se rangeait à sa manière de voir, et, le 10 août à 6 h. 10, il adressait en conséquence cette lettre au général Joffre :
« Les renseignements reçus jusqu'à ce jour permettent de penser que nous devons agir vers le nord. La 3e armée sera échelonnée sur une profondeur de 50 kilomètres lorsqu'elle entamera son mouvement et elle ne pourra être appuyée par les deux corps (de la 2e armée ) qui se trouvent à 70 kilomètres de sa tête. Dans sa marche vers le nord, elle aura certainement à parer à une contre -attaque d'un corps et demi à deux corps au minimum débouchant de la région Metz-Thionville ; si elle est obligée de faire face avec ses seules forces à ce danger permanent, elle n'apportera à la 4e armée qu'un concours insuffisant. »
Et le commandant de la 3e armée demandait au général Joffre, « pour tirer tout le parti utile des deux corps de la 2e armée, de les pousser en avant le plus tôt possible et de les amener à hauteur de la queue du 6e corps » — soit sur la ligne Vigneulles, Beney.
« Dans le mouvement en avant, concluait-il, la 3e armée pourrait alors présenter trois corps d'armée sur le même front pour agir en liaison avec la 4e armée, et en outre, un dispositif échelonné du côté Metz-Thionville sur une profondeur de 30 à 40 kilomètres, constitué par cinq divisions. Ce dispositif échelonné serait prolongé pendant la marche en avant et remplacé ensuite par les trois divisions de réserve de la 3e armée qu'il y aurait grand intérêt à faire appuyer par la réserve de Verdun, ses troupes s'établissant face à Metz. » (T. 3407, G. Q. G.).
Le général Joffre répondait le même jour au général Ruffey qu'il ne lui était pas possible de remonter les deux corps de la 2e armée au point demandé « tant qu'il ne serait pas plus renseigné sur le dispositif général adverse de manière à ne pas
tomber dans le vide » : « il est prématuré de dire, ajoutait-il, que l'action de la 3e armée doit être orientée vers le nord ; il est fort possible, au contraire, que cette armée ait à faire face à un débouché offensif venant du front général Thionville, Metz, Pontà- Mousson. »
Et il conseillait de faire relever les divisions actives qui tenaient les organisations réalisées sur les Hauts -de -Meuse par les divisions de réserve de la 3e armée au fur et à mesure de leurs débarquements ainsi que par la division de réserve de Verdun : « Dès lors, les corps de droite de votre armée peuvent être reconstitués en arrière du barrage et disposés de manière à faire face au nord-est ou à marcher vers le nord au premier ordre, les groupes de couverture restant bien entendu à leursemplacements. »
Cette lettre, qui est de la main du général Berthelot, indique nettement que la pensée du général en chef est toujours et malgré tout arrêtée sur Metz, d'où il redoute une attaque et où il présume des forces considérables. Les renseignements de la 3e armée l'avaient pourtant averti du peu de forces qui se trouvaient là et qu' « il n'y avait rien derrière le rideau Metz-Thionville » (x).
D'autre part, les renseignements circonstanciés qui lui arrivaient de divers côtés étaient de nature à ne pas laisser de doute sur le dispositif général adverse et sur l'extension de son mouvement débordant vers le nord (2).
(") 3e Armée, Sorties, renseignements du 7 août, 7 h. 50, venu» à la suite d'autres renseignements analogues.
[2\ Le 7 août, le général Lanrezac faisait remettre par son chef d'état-major au G. Q. G., un rapport où il exposait sa crainte d'êtro débordé sur sa gauche par les Allemands ; on lui répondit de se tranquilliser. M. Hanotaux [Histoire illustrée de la guerre, v. 246) a nettement déclaré : « Dès le début, le général Lanrezac signale avec insistance le danger d'un mouvement tournant par la basse Belgique, mais la-
L'une des principales indications, et dont on va voir l'importance, fut due à une bonne fortune, à un heureux coup de main plus qu'aux organes prévus pour renseigner le commandement, car il semble bien que le plan de renseignements ne joua guère.
Le 9 août, l'escadron Lepic du 5e chasseurs à cheval, avait la chance de découvrir les bases du plan d'opération de l'armée allemande et les renseignements qu'il donna furent ensuite vérifiés par les événements.
Voici comment, d'après le général de Cornulier-Lucinière, qui commandait la 5e brigade de cavalerie, s'accomplit cet exploit.
L'escadron Lepic, abordant sur le plateau de la Roche un détachement de cavalerie allemande, le charge, le disperse et lui fait des prisonniers. L'un d'eux, du 13e uhlans de Hanovre, s'offre à dire tout ce qu'il sait si on lui promet la vie sauve, car lui et ses camarades ont été avertis qu'ils seraient tous fusillés s'ils étaient faits prisonniers ; son père exerce un commandement important dans la Garde et voici les renseignements qu'il tient de lui :
« L'Allemagne a mobilisé 62 corps d'armée, un mois après elle doit en avoir 72 sur pied, 23 débarquant en Belgique pour marcher dans la direction de Paris par la Belgique. Le 10 août, à midi, la ire division de cavalerie de la Garde aura terminé son débarquement à Gouvy, direction de Bruxelles, les hommes en tenue de campagne, les officiers en tenue de demi-parade.
« Les 23 corps d'armée débarquant en Belgique sont : 12 corps d'armée vers Aix-la-Chapelle. Mission : marcher vers Liège qui ne résistera pas', s'emparer de Bruxelles, occuper Anvers. — 11 corps d'armée vers Gouvy. Mission : s'emparer de tous les points de passage sur la Meuse, Namur et au sud vers Mézières. Il serait formé deux armées : celles-ci doivent se rejoindre et
commandement entend garder sa conception générale d'une poussée contre le centre ennemi. »
descendre sur Paris où elles entreront au début de septembre. L'Allemagne victorieuse et maîtresse du monde imposera la paix. » (*)
Le 13 août, en même temps qu'il lançait Tordre d'offensive aux ire et 2e armées, le général en chef envoyait aux commandants des 3e, 4e et 5e armées une instruction particulière n° 6 qui put et dut être interprétée par les destinataires comme un véritable ordre de bataille,* puisqu 'aussi bien il les invitait à prendre leurs dispositions dès le 14, « en vue de la bataille qui doit être livrée le 15 ou le 16 », — ce qui semble dénoter l'intention à ce moment de faire coïncider l'offensive de ces trois armées avec celle des ire et 2e orientées sur Morhange, Sarrebourg.
« La situation, actuellement connue de l'ennemi — y est-il dit au début — donne à penser que nous n'aurons peut-être pas
(2) Le général de Cornulier-Lucinière, qui, sous le pseudonyme de J. Heihay, a dans son livre : Le rôle de la cavalerie française à l'aile gauche de la première bataille de la Marne (p. 2G), reproduit ce document, affirme que l'original de cette déclaration, signée du prisonnier intéressé, existe dans les papiers du capitaine Lepic, et que, le soir même du 9 août, ces renseignements furent apportés en auto au corps de cavalerie et par lui envoyés au G. Q. G.
Cette connaissance du plan d'opération par les officiers allemands est confirmée par d'autres documents et notamment par cette lettre prise sur un officier allemand, le 17 août 1914 :
« ...Nous avons, au début, attaqué avec des forces relativement faibles et nous avons poussé une pointe énergique vers la France pour déterminer les Français à concentrer des forces aussi considérables que possible dans cette contrée (Château-Salins, Morhange). Le but, c'est qu'ainsi elles ne puissent être employées dans le nord où notre coup principal semble devoir être porté sur Paris. Ce plan a réussi. Nous devions naturellement reculer devant les forces très supérieures de l'ennemi, même à une certaine distance en deçà de la frontière. Mais, hier, les corps d'armée destinés à nous renforcer sont arrivés, et alors nous attaquerons aujourd'hui ou demain et nous jetterons ces gens-là dehors en les battant, nous en avons l'espoir, à plate couture. Lieutenant Iungshein, 8e chasseurs bavarois, 4e escadron. » Cette lettre était adressée à sa femme, à Kohlgrub (Haute-Bavière). (G. Q. G. 2« bureau, spécial 1853 Entrées).
le temps de chercher la bataille au delà de la Semoy et de la Chiers dans de bonnes conditions. » (C'est donc à ce moment l'abandon de l'offensive à travers PArdenne belge, en vue de laquelle avait été combinée la variante du plan 17).
Les 3e, 4e et 5e armées seront, en conséquence, mises en position d'expectative offensive et prêtes à contre-attaquer l'ennemi, dont on escompte une offensive par PArdenne belge.
« La 5e armée — aile gauche — aura donc la tête de ses gros à 8 ou 10 kilomètres en arrière de la Meuse, devant Mézières et en amont ; elle attendra pour attaquer que l'ennemi ait engagé une bonne partie de ses forces sur la rive gauche. L'attaque devra être montée et, dès qu'elle sera déclenchée, être menée à bonne allure. »
La 4e armée prendra position, à la droite de la 5e, sur le front Soumanthe, Dun-sur-Meuse.
Mais, dans le cas où l'ennemi serait encore loin, toutes dispositions devront être prises, dès le 15 août, dans les 4e et 5e armées pour pouvoir se porter rapidement, au premier ordre, sur le front Beauraing, Gedinne, Paliseul, Fays-les- Veneurs, Cugnon (5e armée), Tétaigne, Margut, Quincy (4e armée).
Ce dispositif est donc à deux fins, et, s'il énonce une ignorance absolue du commandement sur les positions de l'ennemi (il ne sait s'il est loin ou près) (*) il manifeste assez clairement sa pensée :
Le commandant en chef veut rompre le centre adverse ; à cet effet, il laissera l'ennemi engager sur la rive gauche de la Meuse, au nord de la Belgique, une bonne partie de ses forces.
I1) Cette incertitude existait toujours le 17 août où, à 16 h. 30, le général Berthelot téléphone au commandant de la 4e armée qu'on ne sait rien de la région Bertrix, Maisin, Paliseul. « 11 n'y a peut-être rien, lui disait-il, mais je voudrais en être sûr ; avez-vous une découverte dans cette région ? Elle est bien nécessaire, de même vers Tintigny, Virton. » Et il lui demandait étendre par là ses reconnaissances d'aviation. (G. Q. G.t T. 3407, n° 138.)
Il suppose que l'ennemi voudra s'assurer l'initiative par une offensive de son centre à travers l'Ardenne belge : il attirera donc ce centre ennemi en deçà de la Semoy, aux abords de la rive droite de la Meuse ; et alors, par une poussée énergique, il compte le rompre, et avec lui le dispositif général de l'ennemi.
Que si ce centre ennemi ne vient pas à lui, alors c'est lui qui se portera à sa rencontre à travers le massif « difficile » des Ardennes.
Le rôle de la 3e armée est également à deux fins : « occupant par ses divisions de réserve les positions organisées au nord et au sud de Verdun, la 3e armée disposera ses forces de manière à pouvoir contre-attaquer toutes les forces qui déboucheraient de Metz avec ses deux corps de droite (action à laquelle coopérera le 18e corps sur l'ordre du commandant en chef), ou à participer à l'attaque de la 4e armée avec les 4e et 5e corps, dans la direction du nord, en se tenant à l'ouest de la zone boisée Gremilly, Billy-sous-Mangiennes ».
Ainsi, dans l'hypothèse où l'ennemi viendrait à la rencontre des 5e et 4e armées, la 3e armée, fortifiée par le 18e corps pris à la 2e armée, restera en position d'expectative prête à contreattaquer toute sortie de la place de Metz ; dans le cas où l'ennemi ne se manifesterait pas, et où nous nous porterions à sa recherche, la 3e armée, avec deux de ses corps, participerait à l'attaque des deux autres armées et avec son autre corps et ses divisions de réserve surveillerait Metz.
Cette 3e armée était d'autant plus impatiente d'attaquer que,, se trouvant au point où le commandement avait escompté une attaque, elle ne voyait rien venir et les territoires français abandonnés presque inoccupés par l'ennemi.
Le 13 août 1914, le général Grossetti, chef d'état-major de la 3e armée, écrivait au général Berthelot pour lui manifester cette impatience et lui demander de seconder l'attaque de la 2e armée»
« Je pense, disait-il, d'après l'examen des ordres de la 2e armée que nous avons reçus en communication, que notre heure
ne va plus longtemps tarder. Nous pouvons déjà disposer dans une certaine mesure de la division de Verdun ; je vous serais reconnaissant de nous faire connaître dans quelle mesure nous pourrions disposer de celle de Toul pour faire face à Metz. » (x) La 3e armée, avec la mise éventuelle à sa disposition du 18e corps, son groupe de divisions de réserve et les deux divisions de réserve de Verdun et de Toul possédait, à ce 'moment,, sur l'ennemi qu'elle avait en face d'elle, une supériorité numérique incontestable. Si l'on se réfère au Bulletin de renseigne» ment n° 8 de la 3e armée du 13 août, on constate qu'il n'avait étéreconnu en face de la 3e armée que trois corps d'armée, le VIIIe, le XVIIIe opérant le premier dans le Luxembourg, le second dans la région d'Aumetz, et couverts par une masse de deux divisions de cavalerie, et enfin le XVIe qui semblait avoir son centre de gravité au nord-ouest de Metz, dans la région de Briey, Thionville : « La rive droite de la Moselle, entre Metz et Thionville, est garnie d'artillerie lourde, particulièrement en face duconfluent de l'Orne ; on n'est pas encore fixé sur la composition
f1) C'est assurément à cette lettre que faisait allusion le général' Ruffey quand, dans sa déposition devant la Commission de Briey, il déclarait avoir demandé à seconder l'offensive de la 2e armée par une action au nord de Metz.
Le général Berthelot répondit au général Grossetti 1 que la 3e armée devait encore se tenir sur l'expectative, ne rien déclencher sans l'ordre du commandant en chef et le tenir au courant, très fréquemment, de ce qui pourrait se passer sur le front ».
Voici la note exacte dictée le 13 août au capitaine Gransard par le général Berthelot :
« On a du mal à comprendre ; le G. Q. G. avait demandé la situation du 13 au soir et non un ordre pour la journée du 14 qui ne pouvait être établi puisque l'armée n'avait pas reçu de directives du commandant en chef. Ces instructions vous sont envoyées, mais elle* tiennent encore la 3e armée en expectative, et le passage à l'action vous sera ordonné par le commandant en chef en temps utile. Ne rien déclencher sans son ordre, mais le tenir au courant très fréquemment de tout ce qui se passe sur le front de l'armée. » (3e Armée*. Sorties.)
et l'importance des forces qui peuvent déboucher à l'ouest de la place » (3e Armée, Sorties).
Le 13 août, à 22 heures, le général Ruffey envoyait à ses commandants d'armée une instruction qui ne faisait que transcrire l'instruction qu'il avait reçue, il adjoignait toutefois à son 3e groupe de divisions de réserve la division de réserve de Verdun et assignait leurs positions à ses corps d'armée et à ses divisions de réserve (1).
I1) 3e Armée. Sorties.
Déjà, le même jour à 20 heures, le général Paul Durand, commandant le 3e groupe de divisions de réserve avait établi ainsi ces positions : 54e D. R. tenir la zone fortifiée du 4e corps entre les marne* ions au nord-est d'Ornes et les hauteurs à l'est de Damvillers (soit au nord-est de Verdun) ; 56e D. R. tenir la zone fortifiée de Creùe à Saint-Remy au sud-est de Verdun ; 55e D. R. la zone fortifiée de Bois-Bruly à Saint- Agnant au sud-est de Saint-Mihiel (3e Armée. Entrées).
LE MOUVEMENT DEBORDANT PAR LA RIVE GAUCHE DE LA MEUSE SE PRÉ- CISE : LE GÉNÉRAL LANREZAC EN SIGNALE AVEC INSISTANCE LA GRA- VITÉ. L'INSTRUCTION DU 15 AOUT MODIFIE LE PLAN D'OPÉRATIONS :
EXTENSION DU FRONT FRANÇAIS, LA 5e ARMEE REMONTÉE SUR LA