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ZUH Thierry, selon l’ordre qui lui avait été donné, l’eût prise à revers sur la rive nord : von Kluck eût été enfermé. À
La fortune des armes en décida autrement. Le canon avait tonné avec une intensité croissante depuis midi. Des appels suppliants arrivent du IVe corps de réserve qui fléchissait sous le coup de la première attaque. Von Bülow, inquiet pour sa propre manœuvre, insistait auprès de von Kluck dans la soirée du 5 et lui signalait le péril couru par l’armée entière : « L’ennemi paraît se rassembler sur notre flanc droit et transporte ses troupes disponibles à Paris et au nord-est. » Cela veut dire que l’orage s’amasse du côté de Paris et, qu’autour de Paris, c’est au débouché nord-est, c’est-à-dire vers Nanteuil-le-Haudouin, qu'il faut veiller.
L'ensemble de ces circonstances produit sur l'esprit de von Kluck un effet de stupeur qui, dans cette nature vigoureuse, se transforme immédiatement en acte. Il est, à la fois, abasourdi et illuminé. Il voit sa faute dans toute sa gravité ; mais il ne s’entête pas et ne songe qu’à la réparer (1).
La conception de la bataïlle de gauche dans le camp allemand.
Le grand quartier général avait toujours eu des craintes pour : sa droite ; il avait averti, à diverses reprises, von Kluck de rester entre Oise et Marne. L’offensive venant de Paris ne le surprend pas aussi complètement qu’elle surprend von Kluck. Mais, nous dit von Tappen, il n’en est avisé que le 6 au soir par un ordre du général Joffre trouvé sur un prisonnier français. Il ne paraît pas qu'il y ait eu, d’ailleurs, à ce moment et jusqu’à la retraite, de direction … effective de la part du G. Q. G. de Luxembourg. Von Tappen tente de s’en excuser par l’augmentation croissante de la distanceséparant … le G. Q. G. de l’aile droite de l’armée ; il invoque aussi les difficultés techniques qui s’opposaient au déplacement du G. Q. G. et notamment au changement des communications téléphoniques. En réalité, c'était, dela part du haut commandement, une véritable abdication.
(1) Voici une de ces conversations de von Kluck avec les journalistes, où le général vaincu, qui mettait alors la dernière main à ses Mémoires, revient sur ses éternelles explications de la défaite. « Puis, le général parle de la bataille. Comme il me démontre toutes les difficultés qu’il y eut pour les Allemands de se ravitailler en vivres et munitions en raison de la longueur démesurée de la ligne d'étape, je lui demande de quelle façon il fut averti que les troupes françaises se trouvaient sur sa droite : « Le 4 septembre au soir, nous dit-il, nous en « « eûmes quelque pressentiment, d’après des rapports de patrouilles; mais, « en fait, ce fut le 5 au matin, par l’attaque subite des soldats français. * En cing minutes, ajoute le général, La décision de reculer fut prise et j'ex- « pédiai sur-le-champ les ordres nécessaires. » (Le Temps, 1° mai 1919.)