LA RETRAITE ALLEMANDE ET LA POURSUITE FRANÇAISE. LES ARMÉES DE L'OUEST
(10-13 septembre)
Les ordres de Joffre pour la poursuite. — Le grand état-major allemand et les. commandants d'armée. — Les ordres et l'exécution de la retraite dans le camp allemand. — La retraite sur les communications : Ir et II° armées allemandes. — La retraite au centre et à l’est : III, IVe et Ve armées allemandes. — La poursuite par l’armée Maunoury sur les communications. Marche de l’armée anglaise jusqu’à l'Aisne. — La 5° armée dans la fissure & Corbeny-Aguilcourt, les forts de Reims.
Les ordres de Joffre pour la poursuite.
La retraite s’esquissait à peine dans le camp allemand que la poursuite était ordonnée dans le camp français. Cela résulte de l’ordre général n° 7 du général Joffre, adressé aux armées dès 7 septembre.
1. L'armée allemande semble se replier vers le nord-est devant l'effort combiné des armées alliées de gauche. Celles-ci doivent suivre l'ennemi avec l’ensemble de leurs forces, de manière à conserver toujours possibilité d’enveloppement de l'aile droite allemande.
2. La marche s’exécutera donc, d’une manière générale, en directions du nord-est, dans un dispositif qui permette d'engager la bataille si ennemt marque temps d'arrêt et sans lui laisser le temps de s'organiser solidement:
Ainsi, dès le premier indice de fléchissement sur le front allemand, les dispositions sont prises pour tirer parti de la victoire et l’exploiter. Cet ordre général se précise au fur et à mesure que les événements se développent ; il se moule, en quelque sorte, sur les diverses alternatives de la bataille.
L’Instruction particulière n° 19, datée du 8 septembre, s’exprim en ces termes : è
I. — Devant les efforts combinés des armées alliées d’aile gauche, orces allemandes se sont repliées en constituant deux groupements dis: P group
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.… La réunion entre ces deux groupements paraît assurée seulement plusieurs divisions de cavalerie, soutenues par des détachements de toutes armes, en face des troupes britanniques. (C’est l’indication du-trou qui se produit entre l’armée von Kluck et l’armée von Bülow.)
… II. — 71 paraît essentiel de mettre hors de cause l’extrême droite alleavant qu'elle ne puisse être renforcée par d’autres éléments que la chute de Maubeuge a pu rendre disponibles. La 6€ armée et les forces britanniques s’attacheront à cette mission, etc., etc. (On voit s esquisser un plan d’enveloppement ou, pour parler plus exactement, la première
bataille sur les communications.)
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… Le 9 septembre, en présence de la résistance qui se prolonge, à l’ouest, sur la rive droite âe la Marne, l’Instruction particuière n° 20, expédiée à 22 heures, revient à la charge et réclame En nouvel effort :
- ]. — À la suite des combats engagés dans les journées du 8 et du 9 septe bre, l'ennemi paraît s’être replié partie dans les massifs boisés au
e fortifier. (Il s’agit du « crochet défensif » un instant envisagé par von Kluck sur le Clignon. ) Ces forces sont prolongées à l’ouest par celles qui fo t face à la 6° armée (aïle droite de von Kluck).
- II. — Demain, les 5° et 6° armées, ainsi que les forces britanniques, se mettront en mesure d’ attaquer les forces ennemies.
BUT. — La 5° armée s’efforcera de border la Marne entre Château- Thierry et Dormans et d’en préparer les passages. Le corps de cavalerie Conneau, opérant avec le 18° corps, déterminera le contact avec l'ennemi ét CHERCHERA TOUJOURS A PERCER DANS LA DIRECTION GÉNÉRALE D'OuLCHY-LE-CHATEAU.
—… La 6° armée continuera, en appuyant sa droite à l'Ourcq, à gagner du lerrain vers le nord pour rechercher l’enveloppement. Son action sera rolongée en avant par le corps de cavalerie Bridoux qui recherchera le
flanc et Les derrières de l’armée.
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a ‘A la date du 10 septembre, l'ennemi est en pleine retraite. Aussi des données de la poursuite se développent plus largement pour toutes les armées, sauf pour l’armée Sarrail qui se trouve encore “engagée dans les derniers combats de la trouée de Revigny.
— L’Instruction générale n° 21, datée du 10 à 18 heures, détermine es conditions de la poursuite finale.
; ml. — Les forces allemandes cèdent sur la Marne et en Champagne devant les armées alliées du centre et de l’aile gauche. Pour affirmer et exploiter succès, il convient de poursuivre énergiquement le mouvement en avant E FAÇON A NE LAISSER A L’ENNEMI AUCUN RÉPIT : LA VICTOIRE EST ENANT DANS LES JAMBES DE NOTRE INFANTERIE.
s IL. — En conséquence, l'offensive continuera sur tout le front, dans la ion générale nord-nord-est, savoir :
nord de Champaubert (armée Bülow) et sur la Marne en amont de Châtec -Thierry, en partie sur la ligne Étrépilly-Courchamps, où il semble
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a) La 6° armée continuera à appuyer sa droite à l’Ourcq, au ruisseau de Savières et à la route Longpont, Chaudun, Courmelles, Soissons incluse, Le corps de cavalerie Bridoux, gagnant du terrain sur l'aile extérieure, cherchera constamment à inquiéter les lignes de communication et de, retraite de l'ennemi. 1 b) Les forces britanniques pourraient poursuivre leur action victorieuse entre la ligne ci-dessus affectée à la 6° armée et la route Raucourt, Fèreen-Tardenots, Loupeigne, Mont-Notre-Dame, Bazoches. c) La 5e armée, à l’est de cette dernière ligne, contournera par l’oues les massifs boisés au sud et au nord d’Épernay, en se couvrant contre troupes ennemies qui pourraient y trouver abri et en se réservant d’agir face à l’est, dans la région de Reims, contre les colonnes qui reculeraient devant la ® armée. :
Le 10€ corps remonterait de la région de Vertus dans la région d’Éperna Reims, assurant les liaisons entre la 5° et la ® armée et toujours en mesure d'appuyer cette dernière. | d) La ® armée poursuiora l’ennemt droit devant elle dans la zone à l’ouest de la route Sommesous, Châlons qui lut appartiendra. e) La 4e armée, agissant à l’est sur cette route, refoulera l'ennemi su la Marne, en amont de Châlons, et s’efforcera de prendre pied sur la crête Saint-Quentin, Dommartin-sur-Yèore, pour faciliter le débouché du 2 corps et les opérations ultérieures de la 3° armée.
Le 11 septembre, à 17 heures 30, l’Znstruction particulièr n° 22 clôt la liste des prescriptions générales données pour Ja poursuite et achève, en tant que document officiel, la bataille di la Marne :
I. — L'ennemi a cédé sur tout le front, abandonnant blessés, maté et approvisionnements.
Devant la 6° armée et l’armée anglaise, il se retire derrière l’ Aisru le VII corps allemand, qui formait initialement l'aile droite de la 2° armé allemande, est signalé sur la Vesle, entre Fismes et Braisne, devant 5e armée. En face des 4° et % armées, l'ennemi se replie au nord de la Mar et de la Saulx.
II. — La mission incombant à la 6° armée, à l’armée anglaise et au détachement de gauche de la 5° armée (18 corps et corps de cavalerit consiste à prendre à partie le groupe de l’aile droite allemande en cherchan toujours à déborder cette aile par l’ouest. |
À cet effet, la 6 armée sera renforcée par le 13° corps d’armée qui es transporté en chemin de fer et dont les débarquements commenceroi demain, 12 septembre après-midi, sur la rive droite de l’Oise et seror poussés aussi loin que le permettront les circonstances. |
III. — Les 9% et 4® armées auront à concentrer leurs efforts sur le groupe ment du centre et de l’aile gauche ennemis, en cherchant à les rejeter & le nord-est, pendant que la 3° armée, reprenant son offensive vers le nc s’efforcera de couper les communications. |
IV. — La 5° armée, œæyant un détachement à droite de l’armée angla (18° corps et corps de cavalerie) (1), et un à la gauche de la ® @ =”
(1) Ordre n° 4611, 10 septembre. — Ordre de porter le corps de cavalerie à la
10 c : corps), disposera le gros de ses forces de manière à agir soit contre I e groupement ennemi du nord-ouest, soit contre celui du nord-est selon a situation.
Er. — Le mouvement en avant des armées alliées se poursuivra en direction générale du nord-nord-est, comme il est indiqué dans l’Instruction “particulière n° 21 en date du 10 septembre :
K. ZONES DE MARCHE. — a) La 6° armée, la droite limitée à la route de Soissons exclue; b) les forces britanniques disposeraient de la zone comprise entre la route incluse Soissons-Laon à l’ouest et la route incluse Bazoches-Perles-Blanzy-les- Fismes- Merval- Révillon- Beaurieux- Craonne- “Corbeny à l’est; c) 5 armée : à l’est de cette dernière route exclue jusqu’à “la route incluse Reims-Rethel; d) %® armée : entre cette dernière route exclue et la route incluse Sarry-l’Épine-Saint-Étienne-Suippes et S omme-Py.
Ajoutons les instructions particulières données à la 32 armée “pour accompagner le mouvement général :
É poursuit en direction de Vouziers.
. La 3° armée, lorsque l’ennemi sera en retraite devant elle, agira en E.
di ection entre Argonne et Meuse.
‘1 sl - Ajoutons encore l’ordre particulier n° 4814 donné à la 68 armée,
le 11 septembre :
“ La 6° armée doit rester en liaison avec les Anglais, faire DÉBORDER “PAR LA VALLÉE DE L’OISE la résistance que l’ennemti opposerait sur l'Aisne et se garder contre des forces venant d’ Anvers et de Maubeuge.
… Et ajoutons, enfin, les ordres donnés aux troupes territoriales de l’armée d’Amade. Depuis le 9 septembre (ordre 4446), le général d'Amade avait la mission d’inquiéter les communications de J'éennemi vers Beauvais et à l’est. Il reçut, le 11, l’ordre de faire “occuper Amiens par un bataillon qui, la veille, 10 septembre, tenait Abbeville ; le 12 septembre, ce bataillon rentrait dans Amiens et, à 2 Dis de l’après-midi, le général Joffre prescrivait :
« Le groupe des divisions territoriales fera mouvement en quatre colonnes, direction générale d'Amiens. »
. Nous avons ainsi le schéma des arr donnés pour la poursuite par le haut commandement français. Nous voyons d’abord qu’il - ne perd pas une minute, et que, la victoire à peine obtenue par la - retraite ennemie, il se met immédiatement en mesure de la com- - pléter et de l’achever, quelles que soient les difficultés que l’armée
recherche de l'ennemi; de pousser le 18° corps au nord du Clignon à hauteur de la droite anglaise.
12 septembre. — L’ennemi se retire vers le nord-est. La 4° armée le
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française doive rencontrer dans cette nouvelle et haletante mission. |
Ces difficultés, nous devons les indiquer d’un mot, car elles pèsent lourdement sur les événements ultérieurs. C’est l’épuisement des cadres, la fatigue du soldat, le manque de munitions, la désorga nisation générale du pays à Ja suite de la brutale secousse de l'invasion. Il s’agit de reconquérir une région éprouvée par les passages alternatifs des armées adverses et par les destructions méthodiques accomplies par l’armée allemande ; il s’agit non seulement de battre l'ennemi, mais de le rejeter hors du territoire national.
L'objectif militaire n’est pas le seul : il y a la délivrance du sol; et, en même temps, il y a lieu de ménager les populations, les villes, les villages, les maisons, les voies de communications. En frappant, c’est sur la France que l’on frappe.
Et puis on est obligé de compter avec la volonté des alliés, Anglais et Belges. Maubeuge a succombé, mais il reste Anvers. L'entreprise sur Paris a échoué, mais il reste l’entreprise sur Calais. Il faut penser à tout cela ; il faut penser au front russe qui subit, au même moment, les désastres de Tannenberg et des lacs Mazurie ; * il faut penser au front serbe, aux hésitations des Italiens, des Roumains, des Bulgares, qui ne permettent pas d’épuiser nos disponibilités de l’intérieur, de l'Afrique et des colonies.
Surtout, il y a lieu de tenir compte des desseins de l’ennemi. Car, rien qu’en décidant de sa propre retraite, il a repris jusqu’à“ un certain point l'initiative. Plus il se porte en arrière, plus il est maître de ses mouvements. Il lui reste assez de force et de confiance pour opposer une contre-manœuvre au projet de poursuite que le général Joffre a conçu dès le penchant de la victoire.
Ce projet apparaît dans les documents officiels que nous venons de citer, comme un tout parfaitement équilibré et coordonné : se conformant à la donnée principale qui a préparé la bataille de Ja Marne, il prend encore la droite comme pivot. |
Les deux armées de Castelnau et de Dubail sont victorieuses dans l’est ; elles ont refoulé l’ennemi sur la frontière de la Lorraine annexée ; elles bordent les Vosges avec un jour sur les vallées de la Haute-Alsace. Nancy est sauvé, Verdun est libéré ; les autres“ places fortes, Belfort, Toul, Épinal, ont à peine entendu le canon: de l'ennemi. Toute la France centrale et méridionale, la France des arsenaux et des ports, a été efficacement protégée. C'est sur ce bloc intact que l’on s’appuie pour chasser l’ennemi des pro
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communications »; elle continuera à pénétrer dans le {rou formé entre les deux Héaets allemands pour essayer de rompre le front ; elle prolongera dans le temps et dans l’espace l'attaque de flanc face à l’est qui a engagé la bataille sur l’Ourcq.
… Donc, manœuvre de pivot, manœuvre de rupture et manœuvre
pas seulement un immense filet attaché à l’est et qui traîne sur le sol pour ne rien laisser de ce qui fut la tentative allemande sur le sol français, c’est aussi un marteau qui frappe, et c’est si un bras qui enserre. Le général Joffre ne s’endort pas, et il nd user de tous ses avantages.
… Pour ces diverses opérations, la cavalerie prend les devants. En vue d'exécuter la manœuvre de rupture, c’est le corps de caerie Conneau, à la gauche de la 5€ armée, qui agit en flèche :
… Le corps de cavalerie Conneau, opérant avec le 18 corps, déterminera e contact de l’ennemi et cherchera toujours à percer dans la direction
… De même, en ce qui concerne la manœuvre d’enveloppement, la Dre prend la tête :
… Rien n’est plus clair. Les deux manœuvres sont dessinées par s deux organismes les plus mobiles, chargés de la découverte et les contacts. Mais les corps de cavalerie n’agiront pas seuls. On Laffaire à des masses trop puissantes pour ne pas porter sur elles toutes les forces dont on peut disposer.
C'est ainsi que le corps Conneau est d’abord suivi du 48 corps le Maud’huy, appartenant à la 5° armée. Pour pénétrer dans le ou et l’élargir, deux armées reçoivent une mission spéciale : c’est a 9e armée qui assénera les coups de marteau en direction sudnord :
# La 9% armée poursuivra l'ennemi droit devant elle dans la zone à l'ouest de la route Sommesous-Châlons ;
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