‹ La bataille de SalamineChapitre 156 sur 325 · C. N. Raimis, Lu Uataille de Salamine. n · texte numérisé non relu

C. N. Raimis, Lu Uataille de Salamine. n

iSi LA SECONDE GUERRE MÉDIQUE

obligé de commander les troupes et se fit tuer à leur tête. Il faut descendre jusqu'au iv^ siècle, jusqu'à Iphicrale, Chabrias et Timolbée, pour trouver des techniciens de profession. Mais c'est alors la fin de la cité hellénique. L'esprit militaire, thermomètre de la valeur des nations, baissait, annonçant la disparition de l'armée nationale et bientôt après de la patrie. En lisant les anciens, surtout Xénophon, on se rend compte des diverses aptitudes dont l'éducation grecque dotait les classes dirigeantes, le même auteur traitant avec une égale compétence les choses militaires, les choses navales, les choses politiques. Il n'en allait pas autrement dans la pratique, et vu même l'incompatibilité des vertus politiques et des vertus guerrières, on s'étonne comment si souvent elles se combinaient avec tant de bonheur dans la même personne. Thémistocle en est un des plus illustres modèles. L'hypothésis des Perses nous donne en deux mots la défmition exacte de Tiiémislocle, chef à la fois militaire et politique : toù ©s^u'.o-toxXéou; o-TpaTYiyoy ovtos tÔts tcov 'AB/ivaicûv xal prjTopoç : qui était en même temps général des Athéniens et orateur, c'est-à-dire conseiller et conducteur du Dème.

ïhémistocle avait l'avantage de la parole facile, qualité éminente pour un homme d'état, mais aussi qualité auxiliaire très utile à un général en chef; elle rend sa tâche plus aisée, et ajoute à son ascendant sur le soldat. Il est vrai que ce don n'est pas toujours indispensable :*Crom\vell, Wellington, Turenne et tant d'autres ont pu s'en passer. Médiocre, la rhétorique militaire est dangereuse. Tous ne savent pas parler aux troupes comme le « Petit Caporal » ; mieux vaut alors se taire. L'amiral Tromp avait des gestes aussi éloquents que les plus fougueuses harangues. Il faisait arborer au sommet du grand màt, un balai, symbole du balayage de l'ennemi dont il purgeait la surface de la mer; l'enthousiasme des équipages était indescriptible. Cependant j'hésite fort à admettre que l'on eût pu agir ainsi avec les épibates-citoyens. Il faut que le stratège leur parle, leur explique et les exhorte. Hérodote dit que la harangue de Thémistocle à Salaminc était faite pour animer

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les courages '. Nous avons les ordres du jour admirables de Plîormion à Naupacte -, et tant d'autres. Les stratèges étaient passés maîtres dans lart de parler aux troupes.

La ténacité fut la principale vertu de Thémistoclc; il faul se transporter dans le milieu où il se débat, cerné par toutes sortes de ditïicultés, pour bien comprendre sa force. Il était un prodige de ruse, de dissimulation et d'audace. Non qu'il n'eût pas commis de fautes, ou qu'il n'eût pas de faiblesses, — dont, du reste, nous n'avons pas à nous occuper ici ; — nul béros n'en est exempt, et il est assez grand pour quelles ne parviennent pas à obscurcir sa gloire. Mais il réunissait à un degré éminent et dans une parfaite harmonie, à côté des qualités du politique, toutes les facultés du grand capitaine. Jugement, courage, ambition, ruse et coup d'œil, rien ne lui manquait. A ce grand conducteur d'hommes, lion doublé de renard, la nature avait donné le grand sens, la pénétration, la justesse, la profondeur et toutes les qualités solides. En maintes circonstances, il fit preuve d'une douceur et d'une modération qui paraissaient venir encore plus de la réllexion que du tempérament. On se rappelle le conseil de Salamine et ses réponses à Adimante \ Cette circonspection fut un don puissant, qui, paraît-il, l'abandonnait rarement, et qui, combiné avec l'amour de la gloire, le portail à calculer ses paroles, ses actions dans l'intérêt de sa renommée, et en vue du succès. C'est à ces moments-là qu'il faut surtout admirer Thémistoclc. C'est pour lui qu'il convient de dire « le calme est la vertu des forts ». 11 ne faut pas croire toutefois que Thémistoclc tolérait les humiliations. Plutarque a ramassé une tradition, qui d'ailleurs n'a pas pu trouver place chez Hérodote, d'après laquelle Eurybiade leva son bâton de commandement dans l'intention de frapper Thémistoclc, et celui-ci lui dit : « Frappe, mais écoute ! » Le fait est controuvé. Eurybiade (ou Adimante") ne pouvait se permettre impunément un tel geste au milieu des généraux,

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