‹ La bataille de SalamineChapitre 36 sur 325 · LES DEUX ÉCOLES · texte numérisé non relu

LES DEUX ÉCOLES

positions grecques, ne raconte pas l'attaque de la même façon qu'Hérodote. Toute autre est l'impression produite par le récit de Diodore de Sicile.

« L'importance, — dit une étude fort soignée sur la bataille de Salamine, parue, il y a quelques années, en Allemagne, — ' l'importance qu'elle a dans l'histoire, fait souhaiter l'ima-ge claire et stable de cet événement. Mais nous n'y arrivons pas, puisque la diversité d'opinions la plus étonnante règne parmi les savants en ce qui concerne le point principal de ce fait maritime, à savoir les positions respectives des flottes perse et grecque au début de la bataille, et ultérieurement dans les phases du combat ». Bien que tous prennent comme base les mêmes textes anciens, ils ne diffèrent pas moins sensiblement dans leur interprétation. La divergence de vues sur les dispositions prises avant et pendant la bataille porto naturellement aussi sur le lieu de l'action, sur la lactique suivie de part et d'autre, sur nombre d'autres questions secondaires; nous ne manquerons pas d'en rendre compte et de chercher à dégager le terrain de cette obstruction d'antinomies. Les textes, sans doute, on les interprète comme on peut, et comme on les voit. Ceci est moins dangereux encore que de les remanier de façon cavalière ou de les oublier complètement. Notre ambition se borne à déblayer cette page d'histoire des raisonnements qui l'encombrent et à présenter les faits tels qu'ils se sont passés; tels que les moyens d'action dont la marine d'alors disposait, leur permettaient de se produire. Certes, il est aisé de nier l'autorité d'un raisonnement, mais rien ne j)ré\aut contre l'autorité d'un fait.

Les questions secondaires étant subordonnées de fait à la question principale, à savoir la position des deux partis dans les détroits au moment d'engager la bataille, on pourrait, à quelques variations près, distinguer deux écoles parmi les modernes : ceux qui admettent les Grecs rangés en bataille le long du détroit du sud-est au nord-est, avec la côte de Salamine derrière eux, les Perses en face sur une ligne parallèle à la

I . Flans Raasf, Die Sc/ilachl bei Salamis. Uostock, l'JOi. p. 1.

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leur, — ci ceux qui pensent que les IN'i'ses avaient baiTé au sud rentrée du détroit, sans s'y engager, avant l'action, et que les Grecs leur oITrirent le combat, leur front tourné au sud, sinon vers l'est, leurs ailes api)uyécs, d'une part, à Salamine de l'autre, à la cole de l'Attique.

La plupart dos historiens modernes, (Irote ' en tête, se rangent à la première opinion, qui paraît découler du témoignage d'HcroJole. Curlius -, Duncker ', Rusolt % à part quelques variations de détail, donnent le môme récit. Il est à noter que l'amiral Jurien de la Gravière dans son livre sur la marine des anciens ', l'amiral Gavotti " dans son histoire de la tactique des grandes batailles navales, sont du môme avis. Celte môme opinion subit chez l'amiral Borkenhagen " des modifications notables. Sienzel et l'sslar, le premier dans son « Histoire de la marine militaire » ^, le second dans son élude « La bataille de Salamine » '' admettent aussi la disposition des deux adversaires le long des côtes du détroit.

Le colonel Leake, examinant de près la question, émet l'avis que la flotte perse dût se ranger dans le détroit, du S.-E. au N.-O., entre Salamine et l'Attique, de Munychieàla baie d'Eleusis, tandis que la flotte grecque s'étendait depuis les abords de l'îlot d'Arpedoni '" jusqu'au cap de Kynosoura et avait l'avantage d'avoir ses flancs couveris par la cote. « C'est ainsi qu'ils avaient la certitude de n'être attaqués qu'à front égal » ".

l.Grote, Hislonj ofGreece, New-Yoï'k, 1Sj7.

2. Curtius, Griec/i. (ieschlchte, Berlin 1888. ïrad. Doiichr-Leflercq.

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