‹ (La) bataille littéraire, Volume 1Chapitre 34 sur 38 · LE COMTE PAJOL · texte numérisé non relu

LE COMTE PAJOL

Kléber. — 1877.

Sous ce titre : Kléber y sa vie, sa correspondance ^ le général comte Pajol vient de publier chez Firmin- Didot un volume d'autant plus curieux qu'il raconte la vie de son héros à l'aide de documents officiels ; on peut suivre pas à pas, depuis le jour où il porte l'épée pour là première fois, jusqu'à celui de sa mort, le grand général alsacien. Je trouve cette anecdote dans les premières pages du livre de M. le comte Pajol :

Lors de son retour en Alsace, il s'arrêta quelque temps à Besançon. Pendant son séjour daiis cette ville, il lui arriva une aventure qui dépeint son caractère et qui fit alors une certaine sensation, U se lia rapidement avec la jeunesse bi-

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sonline, partageant ses plaisirs aussi bien dans le monde que dans les classas inférieures. 11 y connut un certain Doney, qui depuis a été garde d'Artois, chevalier de Saint-Louis, et a émigré au commencement de la Révolution. Ce jeune homme crut s'apercevoir que Kléber avait été plus heureux que lui près d'une personne à laquelle il faisait sans. succès une cour assidue. Fâché de se voir un rival aussi entreprenant et doué d'avantages qui lui avaient si vite assuré celte bonne fortune, il lui chercha querelle.

Kléber, qui n'avait jamais refusé une affaire, répondit vivement, et on résolut de se battre. Le jour choisi fut le lendemain, et la place désignée les prés de Vaux. Doney, à qui sans doute la nuit avait porté conseil, et qui avait appris que Kléber était une très bonne épée, voulut éviter le combat, sans cependant se compromettre dans l'esprit de ses camarades : il imagina de faire part de cette aventure à son père. Celui-ci alla prévenir le commandant de la place ; mais il s'y prit un peu tard. La rencontre eut lieu, son fils fut blessé. Lorsque Kléber revint à la ville, il fut arrêté à la porte et conduit chez le commandant/ qui le fit mettre en prison. ^

Je passe sur des pages fort intéressantes sur les guerres de la Vendée, et j'y vois que, pas plus que les autres grands hommes de son temps, Kléber ne fut épargné parles révolutionnaires ; à ce point que le représentant de la Marne, Prieur, dit un jour à Marceau, à qui il se permettait d'adresser des observations :

Au surplus, c'est moins ta faute que celle de Kléber; c'est lui qui t'a conseillé, et dès demain nous établirons un tribunal exprès pour le faire guillotiner I

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3 du Musée d'anatomîe, et Ton peut consraces du feu qui Ta brûlé sur les os des de la colonne vertébrale. Soleyman, on ir, était de très petite taille, et sa structure n peu celle du singe. Kléber était une èant.

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Notes d

Notes d'un bach, tel est chez Caïman

Tout d'abc pas la prêter qu'il n'a fait qu'elle se pr< détachées d d'autres ont nière et le re nature lui a pages du liv:

porte, cette ] vérité :

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Le navire partit, et lorsqu'en frôlant la jetée, il me laissa pour la dernière fois voir mon fils, j'éprouvai une douleur poignante.

Tandis que le navire s'éloignait, mes regards restaient attachés sur ce petit groupe au milieu duquel se trouvait mon cher enfant. Je Taperçus très longtemps . Le soleil faisait reluire les boutons de son habit de collégien et désignait nettement à mes yeux Tendroît qu'eût deviné mon cœur...

Quoi de plus touchant que ce dernier paragraphe et quel écrivain de profession pourrait transmettre plus d'émotion. Le livre est très curieux et renferme une série d'observations sur la vie américaine faite avec l'humour et l'esprit qu'on doit attendre d'un Parisien tel qu'Offenbach.

Notre traversée sera moins longue que la sienne; nous voici arrivés à New- York, dans un hôtel de je ne sais quelle avenue ; on se met à table.

Donc vous prenez place. Le garçon ne vous demande pas ce que vous voulez. II commence par vous apporter un grand verre d'eau glacée ; car il y a une chose digne de remarque en Amérique, c'est que, sur les cinquante tables qui sont dans la salle, il n'y en a pas une où l'on boive autre chose que de Tcau glacée; si, par hasard, vous voyez du vin ou de la bière devant un convive, vous pouvez être sûr que c'est un Européen.

Après le verre d'eau, le garçon vous présente la liste des quatre-vingts plats du jour. — Je n'exagère pas. — Vous faites votre menu en en choisissant trois ou quatre, et — c'est le côté comique de la chose — tout ce que vous avez commandé vous est apporté à la fois. Si, par malheur, vous

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avez oublié de désigner le légume que vous désirez manger, on vous apportera les quinze légumes inscrits sur la carte, de telle sorte que vous vous trouvez subitement flanqué de trente assiettes, potage, poisson, viande, innombrables légumes, confitures, sans compter Tarrière-garde des desserts, qui se composent toujours d^une dizaine de variétés. Tout cela rangé en bataille devant vous, défiant votre estomac. La première fois, cela vous donne le vertige et vous enlève toute espèce d'appétit.

Comparez le confortable de nos hôtels à celui des hôtels américains.

Non seulement on a chez soi des calorifères pour tous les appartements, le gaz dans toutes les pièces, Peau chaude el Feau froide en tout temps, mais encore, dans une pièce du rez-de-chaussée , sont rangés symétriquement trois jolis petits boutons d'une grande importance.

Ces trois boutons représentent pour l'habitant trois forces considérables : la protection de la loi, le secours en cas d'accident, les services d'un auxiliaire. Tout cela en trois boutons? Certainement, et il n*y a aucune magie dans cette affaire.

Les trois boulons sont électriques. Vous appuyez sur le premier, et un commissionnaire apparaît pour prendre vos ordres. Vous touchez le second, un policeman se présente et se met à votre disposition. Le troisième boulon vous permet enfin de donner l'alarme en cas dUncendie, et d'amener, en quelques instants, autour de votre maison, une brigade de pompiers.

Outre ces trois boutons, vous pouvez encore, si bon vous semble, avoir, dans votre cabinet de travail, ce qui se trouve dans tous les hôtels, dans les restaurants, voire même chez les débitants- de boissons et de tabac, le télégraphe. Quand

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VOUS en manifestez le désir, on installe cliez vous un petit appareil qui fonctionne du matin au soir et du soir au matin, et qui vous donne toutes les nouvelles des deux mondes. Un ruban de papier continu se déroulant dans un panier d'osier vous permet de lire les dernières dépêches de Paris, de la guerre -en Orient aussi bien que celles des élections de Cincinnati et de Saint-Louis. A toute heure, vous avez la hausse et la baisse de tous les pays, vous savez à la minute si vous avez fait fortune ou si vous avez sauté.

Terminons par le récit d'un nouveau supplice spécialement inventé pour les compositeurs ; je les laisse juges de ce qu'à dû souffrir Offenbach :

J'arrivai donc le matin à X... On donnait le soir la Belle parfumeuse. Je me rendis au théâtre pour faire répéter au moins une fois mon orchestre.

Je m'installe bravement à mon pupitre. Je lève mon archet. Les musiciens commencent.

Je connaissais ma partition par cœur. Quelle ne fut donc pas ma surprise en entendant, au lieu des motifs que j'attentendais, quelque chose de bizarre qui avait à peine un air de famille avec mon opérette. A la rigueur, je distinguais encore les motifs, mais Torcheslration était toute différente do la mienne. Un musicien du cru avait jugé à propos d'en composer une nouvelle I

Je repris mon archet et je donnai de nouveau le signal de l'attaque à mon orchestre. Quel orchestre I II était petit, mais exécrable. Sur vingt-cinq musiciens, il y en avait envii'on huit à peu près bons, six tout à fait médiocres, et le reste absolument mauvais. Pour parera toutes les éventualités, je priai tout d'abord mon second violon de prendre un tambour et JQ lui donnai quelques instructions à voix basse. Bien m'en .

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prit, comme on le verra par la suite. Il n'y avait pas de grosse caisse dans rorchestralion.

Quelle représentation! Il fallait entendre cela. Mes deux clarinettes faisaient des couacs à chaque instant... excepté pourtant quand il en fallait. Dans la marche comique des aveugles du premier acte, j'ai noté quelques fausses notes qui produisent toujours un effet amusant. Arrivées à ce passage, mes clarinettes s'arrêtent et comptent des pauses. Le cuistre qui a orchestré ma musique a écrit ce morceau pour le quatuor seulement.

Déjà, à la répétition, j'avais prié messieurs les clarinettes de jouer n'importe quoi en cet endroit, sachant d'avance que l^s couacs viendraient naturellement. Mais j'avais compté sans mon hôte. Forts de leur texte, les brigands ont absoment refusé de marcher.

— Nous avons des pauses à compter, nous les compterons. Il n'y a rien d'écrit pour nous.

— Mais, messieurs, les couacs que vous faites quand il n'y a pas de pauses ne sont pas inscrits non plus, et cependant vous vous en donnez à cœur joie.

Impossible de les convaincre. Voîlà pour les clarinettes. Quant au hautbois, c'était un fantaisiste qui jouait de temps en temps, quand l'envie lui en prenait. La flûte soufflait quand elle pouvait. Le basson dormait la moitié du temps. Le violoncelle et la contre-basse, placés derrière moi, passaient des mesures et faisaient une basse de contrebande. A chaque instant, tout en conduisant de la main droite, j'arrêtais soit l'archet de la contrebasse, soit celui du violoncelle. Je parais les fausses notes. Le premier violon — un excellent violon celui-là — avait toujours trop chaud. Il faisait une chaleur de quarante degrés dans la salle. Le malheureux voulait toui ours s'essuyer le front.

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Mais moi, d*une voix émue :

— Si vous lâchez, mon ami, nous sommes perdus!

Il posait son mouchoir avec tristesse et reprenait son instrument. Mais la mer de la cacophonie montait toujours. Que de fausses notes 1

Heureusement, le premier acte touchait à sa fin.

Un succès d'enthousiasme I

Je croyais rêver.

Tout cela n^est rien auprès du second, acte.

Ayant toujours en tôte Forchestralion que j'avais écrite, je me tournais, à gauche, vers la petite flûte qui devait, d'après mon texte, exécuter une rentrée. Pas du tout, c'était le trombonne à droite qui me répondait.

Mes deux clarinettes, fortes en... couacs, avaient à faire, toujours d'après ma partition, un chant à la tierce. Le musicien de Tendroit avait enlevé ce chant aux instruments à archet pour le donner au piston, qui jouait faux, et au bas* son, qui dormait toujours.

Nous arrivons péniblement au finale. J'étais en nage. Je me disais que nous n'irions pas jusqu'au bout.

Le duo entre Rose et Bavolct marcha cahin-caha, mais enfin il marclia. Le finale enchaîne le duo. Comme celui-ci finit en ut, j'ai fait naturellement pour l'entrée de Clorinde, qui attaque en si majeur, la modulation par le do dièse, fa dièze, mi. La basse fait le la dièse. Ma petite marche harmonique avait été orchestrée par le grand musicien de X... pour les deux fameuses clarinettes, le hautbois qui ne jouait pas, et le basson. Diable de basson. Il dormait plus profondément que jamais. Je fais des signes désespérés à son voisin, qui le réveille brusquement. Si j'avais su, je l'aurais

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lement cinq tons plus baut. L'orchestre, qui n^entre pas dans tous ces détails, continue à jouer cinq tons plus bas. On peut juger d4ci de la cacophonie. Je me démenais sur mon pupitre, suant à grosses gouttes, faisant des gestes désespérés à Clorinde et à mes musiciens. C'est alors qu*une inspiration du ciel vint à mon esprit égaré. J'adressai à mon tambour un signe énergique et désespéré. Il comprit et il exécuta un roulement ! Ah I le beau roulement, à casser les vitres, un roulement de trente mesures qui dura jusqu'à la fin du duo et qui escamota Dieu sait combien de fausses notes. Le public n'a certainement pas compris pourquoi, au milieu de la nuit, dans une scène mystérieuse, le tambour se faisait tout à coup entendre avec une telle force et une telle persistance. Peut-être a-t-il vu là un trait de génie du compositeur ? C'en était un, en effet, qui m'avait permis de sauver la situation. Je ne puis penser, sans frémir, aux horreurs antimusicales que ce roulement a si sérieusement dissimulées.

Après cette excentricité, je m'attendais naturellement à un déluge d'injures dans les journaux qui parleraient de la représentation. C'est tout le contraire qui se produisit : des éloges, rien que des éloges sur la façon magistrale avec laquelle j'avais conduit 1

Les succès, le talent d'Offenbach ont dû lui faire bien des ennemis dans le monde ; il faut toujours compter avec les envieux et les médiocres, mais je crois que bien peu de haines et de rancunes ne lui pardonneront pas sa renommée en pensant à ce qu'il a dû souffrir pendant cette fatale soirée !

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Le 3 août, à sept heures du matin, je sortis avec tous ceux qu'on vint chercher pour Tinlerrogatoire. Il avait lieu à Phôtel de Gouvello.

Voici les détails de mon interrogatoire : j'étais vis-à-vis le président. La galerie était derrière ; il y avait à peu près cent personnes.

D. Votre nom, citoyen?

il. ***. "

D. k ^udle époque avez-voùs émigré ?

R. Je n'ai pout émigré ; je suis sorti de France avant la Révolution.

D. Avez^vous porté les armes «laûeia République?

R. Non.

D. Mais vous êtes du rassemblement de Quiberont

R. Cela est vrai, mais je n'étais pas employé militairement.

D. Eliez-vous noble ?

R. Non.

Alors, le président dit : Quelles sont, citoyen, les raisons qui vous ont forcé à sortir de France ?

Alors le président me dit avec douceur : t Soyez tran quille, on vous rendra justice. » A ces mots, les geôliers, qui avaient gardé un morne silence, applaudirent avec Texpression de la joie la plus vive. Je passai dans l'appartement où se trouvaient ceux qu'on allait interroger; je leur recommandai de n'avoir pas l'air de me. connaître. M. d'Ëntrechaux se fit passer pour domestique. A midi, la commission leva sa séance , tout le monde était interrogé. A une heure, Sophie vint, avec uae de ses amies, me demander. Elle prononça à haute voix mon véritable nom. Cet incident pouvait me devenir funeste. Je m^pprochai d'une fenêtre et je lui dis : u Le citoyen que vous deman-

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dez n^est pas ici ; allez ce soir à la maisot toyea *** tous en donnera des nouvelles, troublée qu^elle ne savait pas ce que je lui m'avait entendu et Temmena.

Je passai depuis midi jusqu'à quatre 1 qui venaient d'être interrogés. On aurait chant de la mort ils devenaient plus calm la marine, M. de Payen, qui n'avait que pour obtenir le sursis, déclara son âge, c fût extrêmement jeune. Le président insis put le sauver.

A quatre heures du soir, le détachement cution arriva ; le greffier appela ceux qui éi à mort. Le nom de M. de N... avait été registre ; il n'y répondit pas ; le greffier ] Il allait se retirer lorsque M. de N... lui d ment mon nom que vous avez prononcé, et marades (1).

Lorsque cet appel fut fini, un caporal lia les mains derrière le dos. Pour ajouter é spectacle, ils étaient précédés d'hommes qi ser leurs tombeaux. Vingt-huit allaient péri obtenu des sursis : M. d'Entrechaux et m nombre. Mais lorsque nos infortunés cam nant vers nous pour la dernière fois, n( nous oubliez pas : nous sommes heureux

(1) Tous ceux qui ont été témoins de ces afl croyaient qu'au milieu du calme et du couraj était impossible de se faire remarquer. Cepcnda M. de Kergariou de Locmaria, officier dislingi ses camarades. Son frère, major du régiment ( déjà péri à Taffaire du 16; son neveu, M. de jeune homme intéressant, fut manqué deux f hors d'état d'être remportés, furent fusillés su Cet excès de barbarie est inconcevable.

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sauvés. » Non seulement nous ne sentîmes pas le bonheur de notre situation^ mais des sentiments nouveaux s^élevèrent en nous. Nous fûmes prêts à nous trahir et à demander de les suivre. Notre cœur, combattu par je ne sais quels remords, déchiré par la douleur, nous fit éprouver des tourments plus cruels que cette mort à laquelle nous venions d'échapper, Une demi-heure après, nous -entendîmes la fatale décharge, et presque au même instant nous vîmes passer sous nos yeux les dépouilles sanglantes de nos amis. Je tombai accablé; j'essayai en vain de goûter quelque repos; des fantômes effrayants me poursuivaient; enfin, après une longue agitation, j'entendis une voix qui calma mes sens : c'était celle de Sophie que je n'avais pas encore aperçue et qui était entrée dans Thôtel. Tous ceux qui avaient obtenu le sursis des différentes commissions furent transférés, le lendemain 4, à la tour de Vannes ; nous étions cent huit. »

Nous le répétons, c'est seulement d'après ces documents authentiques qu'il faut se faire une opinion sur cette guerre civile, devenue plus sanglante encore parce que des intérêts particuliers vinrent s'y mêler. En effet, comme le dit M. de Lescure, Tallien avait besoin de laver dans le sang d'une hécatombe son honneur révolutionnaire attaqué. Il pouvait tout se permettre, hormis la modération. Il se montra implacable comme la peur qui l'est plus encore que la haine, et attesta désormais sa sincérité républicaine par les mânes des fusillés de Quiberon dont la malédiction devait poursuivre sa vie et le condamner à de si humiliantes déchéances.

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MAXIiy

Attentat

L'éminent auteur M. Maxime Du Camp un livre fort intérei Fieschi; c'est croyonssérie qui a pour titre Commune. Les renseig sources, abondent dai nouer et se dénouer te la préface mériterait mais l'espace réservé tant de donner qu'un teurs me sauront gré l'exécution ; rien n'y ei verbal même des faits lire :

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L'état cl*àme de Pépin était lamentable ; lui qui fut très courageux en présence de la mort, lorsque toute espérance fut perdue, il ne pouvait supporter l'idée de sa fin prochaine, et se débattait contre les fantômes de la dernière heure qui Tassaillaient à outrance. Immobilisé dans sa camisole de force, assis sur le dur escabeau de la prison, la tête retombée sur la poitrine, le malheureux pensait à sa femme, à ses cinq enfants et cherchait une issue à la route horrible au bout de laquelle Péchafaud lui apparaissait. Gomme des moribonds qui se figurent que la présence du médecin leur rendra la santé, il s'imaginait que la présence de ses juges prolongerait sa vie.

Il demandait pour quelques instants la liberté de ses bras et écrivait — non point des « déclarations » comme Fieschi — mais des lettres suppliantes au duc Decazes, au procureur général, M. Pasquier. Celui-ci, escorté de M. de la Chauvinière, greffier en chef de la Cour, se présentait auprès du condamné, prêt à recueillir les aveux arrachés par l'angoisse. Ces interrogatoires se multiplient : j'en compte un le 15 février, d^ux le 17 et enfin un dernier le 19, à une heure moins un quart du matin, effort suprême qui précéda de peu d'instants les redoutables apprêts j^ la toilette et le départ pour la place Saint-Jacques.

Le 18 février, à 11 heures du soir, M. Pasquier, qui habitait le Petit-Luxembourg, reçut une lettre par laquelle Pépin s'engageait à faire des révélations graves et à donner des indications précises de nature à éclairer le gouvernement sur les dangers qui menaçaient celui-ci. Trois . fois déjà M. Pasquier avait vu Pépin et n'en avait obtenu que de vagues renseignements ; évidemment, il ne se souciait plus d'aller encore entendre d'inutiles récriminations et voulut se soustraire à un spectacle très pénible ; il fit prier M. Zangiaconi de se rendre près de Pépin pour l'écouter; en même temps, il avisa M. Thiers et M. Persil qui no tardèrent pas

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parler de ceux qui vous auraient excité au crime, qui vous auraient fourni le moyen de le commettre «.Pépin répondit: « Si je n^ai pas révélé les projets de Fieschi, c'est que j*ai cédé à rinfluenco de son poignard ; aucune autre influence n'a été exercée contre moi. La première partie de cette réponse est un mensonge, la seconde est sincère.

M. Pasquier se relira; les ministres, instruits par lui des wivélations de Pépin, décidèrent qu'il n'y avait pas lieu à suspendre Texécution^ mais pensant qu'à la minute suprême, en présence de la guillotine, le condamné pourrait livrer le dernier mot de son secret, il déléguèrent M. Zangiacoroi pour recevoir, au besoin, les déclarations in extremis^ et lui donnèrent plein pouvoir d'ajourner l'exécution si les circonstances l'exigeaient.

Pendant que Fieschi écrivait ses phrases ridicules ou qu'il causait avec Nina Lassave, pendant que Pépin faisait effort pour dégorger tout son égout, le vieux Morey souffreteux, presque toujours couché, se plaignait de la nourriture et ne récriminant contre personne, persistait dans son rôle. Le 18 février, M. Pasquier fît spontanément un effort pour l'amener à quelque confession ; ce fut peine perdue, le condamné se contenta de répondre hypocritement, d'une voix dolente : « Je ne suis pas capable de faire du mal à mon pays et si je savais quelque chose qui pût être utile, je le dirais ».

Le 19 février, vers six heures du matin, on entra dans la cellule des condamnés et on les prévint qu'il ne leur restait plus qu'à se préparer à mourir ; Morey fut impassible et Pépin résigné ; Fieschi éprouva une émotion violente dont il se remit aussitôt; il dit à voix basse : « Et ce que Ton m'avait promis? » L'abbé Grivel lui recommanda de penser à son àme. Pépin était fort calme; autant il avait lutté avec maladresse et sotte astuce pour sauver sa vie,

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