Lettres inédites
LA MUSE FRANÇAISE. 6i>
On s'étonnerait davantage de trouver, clans le premier volume de la Muse, le nom de Brifaut qui, moins que l'auteur des Etudes poétiques, moins que le traducteur dCOssian et de la Jérusalem semble ici à sa place.... Mais Brifaut a compté parmi les rédacteurs du Lycée Français de Ch. Loyson1; il a été en 1821, il sera encore en 1827 un des membres du comité de lecture de TOdéon, qui a joué en 1820 son Charles de Navarre ; enfin son orthodoxie politique est inattaquable. Il a adhéré des premiers à cette Société des Bonnes-Lettres où se rencontrent, depuis janvier 1821, les jeunes poètes et les défenseurs de la royauté et qui est, à la fois, le centre de réunion des monarchistes et le berceau du romantisme 2.
1. L. Séché, Lamartine, p. 312. — Voir les Souvenirs de Ch. Brifaut et la notice de Bignan au tome I de ses Œuvres, Paris. Diard, 1858, in-8°.
2. Biré, ch. vu. A la séance d'ouverture (15 février 1821), Brifaut donna lecture d'un conte en vers. Le Derviche. — Quand les romantiques rompirent avec le passé, il sut se montrer philosophe et homme d'esprit A Emile Deschamps (non daté; sans doute 1828): « Mais comment faites-vous donc pour posséder tous les talents? Vous savez plaire, même en désobligeant. Dites-moi voire secret, je vous en prie. Vous vous armez du fouet vengeur, vous chassez les marchands du temple; je suis un de ces marchands, et au lieu de me fâcher, je ris en me voyant à la porte. Je suis presque tenté de vous adresser des remerciements pour m'y avoir mis avec tant de grâce. Il n'y a que vous a qui ces manières-là puissent réussir. Si vous n'êtes pas pour moi le Sauveur, vous êtes mieux. Je suis proscrit et charmé! J'aime ma disgrâce annoncée par vous. Je me console de mon arrêt en le lisant. Voilà un de ces prodiges qui me font admirer votre esprit, au moment où vous me forcez à prendre une si triste opinion du mien. Adieu, monsieur. Il vous appartient d'être le fondateur de la nouvelle loi: vous ne pouvez manquer de la faire prospérer, vous avez le don de la persuasion et la grâce est en vous. Permettez-moi pourtant de
LA BATAILLK ROMANTIQUE. 5
l.A BATAILLE ROMANTIQUE.
C'est là le titre essentiel, car il n'est pas de poésie
en dehors des saines doctrines. La Muse français* est avant tout une revue catholique et monarchiste,
l)e ges rédacteurs, il n'en est guère qu'un qui se
soitcomju-oini- dans l'autre parti : Louis Belmontet. Fils d'un ancien soldat de l'armée du Piémont retiré ;'i Toulouse, une notice insérée dans la Biographie '/es hommes du jour de Sarrut et Saiul -Kdnie ' conte les exploit- de sa jeunesse batailleuse. Ge sont des bagarres continuelles : dans les cours du lycée, d'abord, od royalistes et libéraux eo herbe
reenl aux douceurs de la politique, puis dans (OS rue- de la ville. Sa verve facile se répand en
satires virulentes : contre les missions, contre les Jeux floraux qui ont repoussé son ode sur les Mânes de Waterloo el son dithyrambe eu l'honneur
de Ta/ma, contre des poètes qui, plus lard, deviendront ses amis. Belmontel père éprouve le hé--.. m de l'éloigner de Toulouse, el le jeune poète arrive à Paris. L'Aeadérnie française ne lui est pas plus favorable que l'Académie toulousaine; effarouchée de ses sentiments, elle refuse un prix à son Malesherln-s •'. Mais ces déceptions ne sont pas pour
ne paa figurer parmi les nouveaux convertis. Je suis trop endurci pour nie repentir, niais je ne V0U8 en crierai pas moins Hosanna. — Le Pharisien délogé par vous, Urifaut. —
Paris ou Jérusalem, le I" mois de l'ère d'Emile Ile-champs. >< (Lettre inédite.)