‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 20 sur 95 · II.— CONSIDÉRATIONS · texte numérisé non relu

II.— CONSIDÉRATIONS

I. — L'éloquence est ** un don de Tâme, qui rend maître du cœur et de l'esprit des autres **. Elle est tantôt fleurie et élégante, tantôt mâle, forte, sublime. Le véritable orateur est toujours éloquent. Son objet est le bien moral et surnaturel : ce qui contribue à rendre les âmes meilleures, à tous égards.

La beauté fondamentale de Téloquence réside dans la probité de l'orateur et dans son talent naturel et acquis.

En vertu de ces qualités, il use avec art du discours ou façon de bien dire, de parler en vue de persuader ses auditeurs. Dans ce dessein, il sait aussi user des moyens les plus propres, en convaincant la raison par des preuves ou arguments, en plaisant à l'imagination par les bienséances oratoires et l'éclat du langage, en provoquant l'émotion du cœur par l'appel aux passions ou le pathétique, ou le mouvement oratoire.

II. — La parole humaine a, toujours et partout, séduit et entraîné les âmes par son éclatante beauté. Chez les anciens et chez les modernes, elle a retenti sur des théâtres divers, à l'agora des Grecs et au forum des Romains, à la tribune politique et au barreau judiciaire, dans l'enceinte des Académies et dans la chaire des églises, et même jusque devant les armées sur les champs de bataille.

Pour en saisir la beauté, il sufl5t d'évoquer le portrait du véritable orateur.

Voyez-le : il est là debout, face à l'auditoire innombrable. Son attitude, sa voix, ses yeux surtout,

son débit, son geste, transmettent simultanément à des milliers de personnes ses pensées et ses sentiments, ses émotions et ses passions. Il transfuse, pour ainsi dire, son âme tout entière dans son langage et satisfait ainsi les âmes qui vibrent à Tunisson de la sienne.

Son intelligence éclaire leur esprit : la lumière n'est-elle pas le premier besoin de l'homme .^ Dans ce dessein, sa langue est claire et simple, populaire sans trivialité ni familiarité : ce qui n'exclut ni l'ampleur des aperçus, ni l'originalité des figures, ni la puissance des périodes, ni la force des arguments de conviction.

Son imagination sait peindre, grâce aux images, aux comparaisons, aux figures, d'une façon précise et sobre, gracieuse ou énergique : Jésus est le parfait modèle dans les allusions et les paraboles, dans les esquisses rapides ou les oppositions. Par exemple, rapprochez le contraste de ses huit béatitudes avec les huit malédictions proférées contre les Scribes et les Pharisiens, hypocrites.

Sa sensibilité est, à peu près sans répit, en vibration comme les cordes d'une lyre, tantôt avec une vigueur croissante et soutenue, tantôt avec mesure et modération, tantôt avec tendresse et des muances pénétrantes.

Sa volonté s'exprime avec une puissante énergie, qui remue et passionne l'âme des auditeurs, la soulève jusque dans ses profondeurs, l'élève ensuite par de sublimes élans à des hauteurs où planent l'admiration, l'enthousiasme, la persuasion.

L'action oratoire, gestes et débit, achève la fascination élaborée par les facultés : ce fut le grand

triomphe du Père Lacordaire, parvenu au sommet de sa carrière.

Ainsi éclate la magnifique splendeur de l'éloquence, qui finit par toucher jusqu'aux larmes et par verser des torrents de joie: elle fait la conquête des âmCg^ le plus bel apanage du beau intellectuel.

III. — La parole écrite, dépourvue du vivant spectacle de l'orateur, conserve néanmoins, devant la postérité, le privilège et la prérogative de la beauté intellectuelle. Elle atteint son but, qui est bien d'instruire, de plaire, de toucher, de susciter en plus l'imitation et l'émulation.

Aussi bien, la simple lecture ou l'étude approfondie des chefs-d'œuvre oratoires procurent à l'esprit les plus élevées et les plus pures jouissances.

En ce qui concerne la chaire chrétienne seulement, en dehors des œuvres antiques, de celles de la tribune, du barreau et de l'Académie, les grands orateurs, en vertu de la beauté littéraire et de la parfaite contexture de leurs discours, ont réussi à mettre en relief, selon les événements et les circonstances, tous les trésors enfouis dans la nature et dans le cœur humain. Chez eux, le style éloquent décèle la pensée propre et le sentiment personnel, en vue de ravir et de captiver l'âme de la postéri é.

Parfois un seul mot émeut et attendrit : ** Madame se meurt ! Madame est morte ! " (Bossuet). Parfois il provoque l'étonnement et l'admiration : " Dieu seul est grand ! " (Massillon) . . . Mais, d'ordinaire, la persuasion ne pénètre que lentement, péniblement, par des efforts redoublés.

Rien n'égale au monde la belle éloquence entraînante des prophètes d'Israël : Jérémie seul a su

égaler les Lamentations aux malheurs si profonds de son peuple ! Elle est remarquable par son énergie et son impétuosité, associées à la précision. L'éloquence de saint Paul, surtout celle qui est consignée dans les Actes des Apôtres, est un modèle de modestie et de fierté à la fois, de désintéressement qui voisine le sublime.

L'éloquence des Pères et Docteurs de l'Église est éclatante de grandeur et d'attraits : celle de saint Jean Chrysostome surpasse l'éloquence de Démosthène, et l'éloquence de saint Augustin ou de saint Léon le Grand celle de Cicéron.

L'éloquence de Bossuet excelle par l'anpleur et la popularité, par l'étonnant mélange des images et des sentiments, par l'élévation des pensées, par la chaleur communicative des passions les plus délicates et les plus énergiques . . . (V. P. Longhaye, S. J., La Prédication.)

" Il n'y a de beau que Dieu. Et, après Dieu, ce qu'il y a de beau, c'est l'âme ; et, après l'âme, la pensée ; et, après la pensée, la parole.

" Donc, plus une âme est semblable à Dieu, plus une pensée est semblable à une âme, et plus une parole est semblable à une pensée : plus tout cela est beau ! " (Joubert, Pensées, Tit. 2.)

Article III. — La Beauté de la Poésie

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