II.— CONSIDÉRATIONS
L Le corps de Jésus a donc commencé d'exister, comme le nôtre, mais en vertu seulement de l'opération ou intervention du Saint-Esprit. Les premiers éléments de ce petit corps sont constitués des gouttes du sang des veines de sa Mère. Dès lors, il suit danb son développement les lois ordinaires de la nature jusqu'à l'heure de sa miraculeuse naissance à Bethléem.
LA BJCAUTÉ DJE JÉSUS- CHRIST 113
Remarquez bien que la divinité de la Personne du Verbe s*empare aussitôt des atomes de ce corpuscule et ne s'en dessaisira plus, pas même au saint sépulcre.
Dans ce corps, il y a du sang, qui circule dans le cœur et de là passe dans tous ses petits memb;es, poumons, cerveau, mains et pieds. Déjà chaque battement du cœur a une valeur infinie, en raison de la divinité.
C'est bien ce corps que Jésus laissera, avec le sang qui coule dans ses artères et ses veines, dans l'hostie : notez que c'est le corps ressuscité, tel qu'il est aujourd'hui au ciel. Aussi la Fête-Dieu sera pour nous la fête du " Corps du Christ " ; et, à chaque communiant le prêtre dira avec vérité : ** Que le corps de Notre- Seigneur Jésus-Christ garde votre âme pour la vie éternelle ! "
Avec le corps, le cœur, le sang, le communiant reçoit aussi évidemment sa divinité, comme en Marie. Le même corps de Jésus glorifié touche notre langue, descend dans notre poitrine. Lorsque l'hostie s'est altérée, quand elle a disparu après quelque temps, la divinité embellit notre âme et y demeure par la grâce. . . Quelles ravissantes beautés ! . . .
IL L'âme de Jésus est créée par le Saint-Esprit et mise dans son corps tout petit. Mais aussitôt, comme un pur diamant baigné de lumière, elle est pénétrée de la divinité par Vunion personnelle du Verbe ou Fils de Dieu.
L'on songe peut-être trop peu à sa beauté. Ce premier contact avec Dieu ou le Verbe, enrichit son âme de sublimes merveilles : invasion de lumière incréée, élévation de ses belles facultés, plénitude des grâces, dons naturels épuisant l'idéal humain, trans-
parence de la divinité à travers toutes ces splendeurs, beauté divine les dominant et éclipsant de ses teintes incomparables ! . . .
Avez-vous pensé comment le Verbe vivant est la sainteté absolue, essentielle, se communiquant à cette petite âme, lui exprimant ses idées, ses désirs, ses volontés, à tout instant ?
Pare ou immaculée, rayonnante de blancheur, cette âme, chef-d'œuvre plus parfait que l'âme sans tache de Marie, pourra bientôt manifester au monde ses sublimes pensées, ses sentiments si touchants, ses paroles si lumineuses, ses actes si miséricordieux, ses souffrances si héioïques, afin d'en enrichir sa propre gloire extérieure.
Elle constitue un monde sans limites, offre un spectacle ravissant, mille et mille fois plus brillant que la pâleur de la nature inondée des rayons d'or de l'aurore ou du soleil.
III. La personne de Jésus est ainsi composée d'un corps avec son sang et d'une âme semblable à la nôtre, sans qu'il y ait en lui une personne humaine, mais une nature humaine associée à la na/wre divine.
Donc en une seule Personne, celle du Verbe, sont deux natures. Remarquez bien que Personne et nature divine sont en lui également infinies. Il n'en est point ainsi de sa nature humaine, qui est limitée, bornée, finie. On voit tout de suite que Marie elle-même n'est qu'une créature, qui reste à une distance insaisissable de l'infini, malgré ses perfections, ses grandeurs à part.
Mais il ne faut jamais perdre de vue que, en Jésus- Christ, la Personne, étant l'agent responsable de tous les actes de la nature humaine, corps et âme.
couvre ces actes de sa dignité divine : ainsi elle communique, à ses larmes par exemple au tombeau de Lazare, une valeur infinie aux yeux de la Divinité.
IV. — Le nom de Jésus-Christ, imposé de Dieu par l'Ange, évoque nécessairement son adorable personne, toute sa vie, de la crèche à son Ascension. Votre nom désigne bien votre personne et toute votre carrière mortelle. Bien plus, le nom de Jésus définit son rôle personnel dans l'Évangile, son crédit et son rayonnement à travers les siècle».
" Jésus ou Sauveur d'Israël." Sauveur de l'humanité entière, aussi. Pourquoi ? Parce qu'il est un nom ** au-dessus de tous les noms et devant lequel tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers " ; parce qu'il '* n'est pas sous le ciel d'autre nom de salut donné aux hommes " ; parce que " quiconque invoquera ce nom sera sauvé " ; parce que les Apôtres " le doivent porter presqu'aux derniers confins de la terre.*'
" Christ ou Oint ", ou consacré par l'onction à une fonction sacerdotale. Cette dénomination dénote donc un emploi : il est comme un surnom ajouté à Jésus. Mais il fut en usage à la façon d'un vrai nom. Aussi saint Paul écrit parfois ** le Christ " simplement... Il faut observer que, une seule fois, le Fils de Dieu fait homme a prononcé le premier ce nom complet, la veille de sa Passion : '' La vie éternelle, c'est que les Apôtres vous connaissent, vous seul vrai Dieu, et Celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ! " (Jean 17, 3).
Outre cette auguste appellation, Jésus a pris d'autres noms devant les disciples et les foules: *' Maître et Seigneur " ; " Sauveur du monde " ; ** Verbe
de vie " ; ** Fils de Dieu " ; " Fils de rhojnme '' ; ^^ Messie '\ . . Ses titres seront encore une autre source de grandeur et de beauté morale et divine.
Article II. — La Beauté de 8on Enfance
I — TEXTES
"J'^ous trouvère z un enfant enveloppé de langes et posé dans une crèche. . . Ils vinrent en hâte et le trouvèrent avec Marie et Joseph.'' (Luc 2, 15.) — " Les Mages encrant offrirent Vor, l'encens et la myrrhe.'' (Matt. 2, 11.) — " Ses parents portèrent l'enfant à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur." (Luc 2, 22.) — " Prends l'enfant et sa mère, et fuis en Egypte. . . Joseph revint habiter Nazareth." (Matt. 2, 13.)
Le récit des circonstances, qui entourent la Nativité de Jésus, inspire les sentiments du charme le plus pur. Quelle douce et mélancolique émotion remue les âmes autour de ce berceau ! Voyage à Bethléem, refus d'asile, refuge dans une masure d'animaux, nuit étoilée et froide, chant des anges, curiosité des bergers, isolement de Marie et de Joseph : tout le drame de la Sainte Enfance jusqu'à l'exil revêt une extraordinaire beauté ! . . .
IL— CONSIDÉRATIONS
I. — La naissance de Jésus s'illumine de joies attendri-ssantes. La nuit de Noël les rajeunit, en les perpétuant dans les cœurs.
Les anges, célestes messagers, chantent son apparition sur terre, sa gloire extérieure, la paix qu'il
apporte aux âmes bonnes et justes. Qu'ils sont beaux, adorant leur grand Roi ! Beaux, à faire pâlir toute humaine splendeur ! Nobles et aimants jusqu'à l'ardeui enflammée ! Ils sont venus du ciel et de toute la terre : phalange éblouissante ! . . .
Les bergers accourent, simples, ignorants, curieux de nouveau : tels les enfants du peuple, dans tous les siècles. Leur premier sentiment, comme dans l'âme vulgaire, est l'admiration : dans leurs yeux émerveillés luit l'éclat de la lumière apparue au ciel, dans leurs oreilles retentit mélodieux l'écho des voix angéliques. Pour eux l'étable est transformée en palais et le petit enfant paraît en roi naissant. Ses parents inclinés en un silence recueilli sont deux personnes, conviant au respect, à la vénération . . . Scène inoubliable qui s'imprime dans leur imagination et provoquera un impérissable souvenir. Ils en font le récit à d'autres et le referont jusqu'à la mort.
La présence de Marie et de Joseph rehausse la mise en scène de ce drame émouvant. Une mère! Elle prend Jésus sur ses genoux, le réchauffe contre sa poitrine, l'entoure de ses bras, laisse flotter sur lui un pan de son long voile. Les deux cœurs battent à l'unisson, les deux respirations soulèvent simultanément les poitrines. Impression suave de repos parfait, d'intime rapprochement, de bonheur inexprimable : c'est la sensation de deux vies en une seule vie ! . . . Parfois, elle tend l'enfant en ses langes à Joseph, qui le baigne de son regard aimant, de ses sourires et de ses baisers. Ineffables caresses, prodiguées à l'innocence et à la beauté : elles embaument
Tâme des parents, en dépit des privations, de Tindigence, de la solitude, de l'abandon.
Les viages d'Orient arrivent au terme, où se fixe l'étoile mystérieuse. Le tableau s'agrandit et s'éclaire de majesté et d'opulence. Tous trois apportent leurs présents et les déposent aux pieds de l'enfant. Prosternés, ils l'adorent, sans doute illuminés sur l'origine et la mission du Messie. C'est le premier témoignage des Gentils à ses grandeurs cachées. Eux trois seront désormais, au loin, les perpétuels témoins de l'Incarnation du Fils de Dieu pour le rachat de l'humanité malheureuse !. . .
A Bethléem, le spectacle d'ensemble est gracieux sans décors et touchant sans apparat. Mais l'imposansante beauté saillit seule des sentiments qui remuent les âmes, des profondes pensées qui surgissent des tableaux successifs : la foi et l'amour s'y délectent plus que de la vision des sens et des impressions extérieures.
IL — La Présentation au Temple et la Purification légale de Marie, en déplaçant la scène, lui conservent tout son éclat.
Les acteurs sont nombreux et inspirent l'intérêt.
Jésus, tout petit qu'il est, sans parole et sans mouvement, car il faut " le porter ", est en pleine possession de sa raison et de toutes ses facultés. Il consent à faire sa première sortie, à ti*avers les rues de Jérusalem : les unes désertes, les autres très animées. Le Temple, avec ses hautes toitures revêtues de plaques d'or, est son temple à lui, étincelant sous ce soleil qu'il a suspendu au firmament '* comme une lampe éternelle." Il n'a pour cortège que le silence, l'humilité, la pauvreté :
triple leçon, opposée à l'esprit du monde ... Il se laisse présenter, selon les rites, à Dieu, par les mains de ses parents. Seule encore l'offrande extérieure apparaît, humble et muette. La beauté invisible se découvre au cœur et à la foi : un Dieu, enfant, se donne avec son humanité, son sang, sa vie, ses souffrances, sa mort. C'est vous, c'est moi, c'est là genre humain qu'il associe à cette offrande d'honneur et d'amour. Quelle leçon !
Sirtiéon, courbé peut-être par les années, les yeux rayonnants, les mains tremblantes, car " le ciel V avait assuré de la vision du Messie ", accueille Jésus dans ses bras, bénit Dieu et dit : " Mes yeux ont vu le Sauveur de tous les peuples, la lumière des nations .^.." Des larmes montent de son cœur et mouillent ses yeux obscurcis. Suave et grandiose vision, d'où naît la plus poignante émotion, à l'égard de l'enfant et du Pontife !
Anne, la prophétesse, vient ajouter au tableau des teintes d'une douceur inattendue. Veuve et vénérable ancienne de 84 ans, elle est assidue aux soins des linges et ornements du Temple, ** unissant, la nuit et le jour, les jeûnes aux oraisons ", dans l'espoir de hâter *' la rédemption d'Israël ". Elle survient à l'heure de la Présentation de l'enfant, entend et aperçoit tout : " Elle s'en allait ensuite, louant le Seigneur et entretenant de la venue du Messie les âmes qui V attendaient.''' Superbe modèle des âmes de foi et de confiance, des âmes priantes et mortifiées, des âmes zélatrices de la gloire de Dieu. Figure admirable qui va se perpétuer dans l'Église catholique, sons tous les climats et à travers les siècles !
Joseph et Marie rehaussent de leurs modestes personnes ce charmant tableau du lieu saint. Le premier, effacé dans ses fonctions et ses démarches, a porté Jésus le long du chemin qui conduit à Jérusalem. C'est lui qui a présenté ** les deux colombes '* du pauvre ouvrier, rachat légal et gracieuses hosties de la Purification. C'est lui qui, au retour à Nazareth, le soir de ce jour mémorable, ressaisira dans ses bras et sur son cœur son fardeau '* suave et léger ". Contrairement à la légende et conformément à de récentes découvertes de monuments, Joseph était jeune homme et non d'âge mûr, lors de son alliance avec Marie : la grâce de la vertu relevait la beauté de sa physionomie.
La seconde, Marie, son épouse, accomplit les exigences, prescrites par la loi mosaïque, bien qu'elle s'en trouvât exemptée par ses privilèges exceptionnels. " Elle était ravie d'admiration ", quand Siméon appelait son Fils " la gloire d'Israël " ; qu'il le montrait comme *' la lumière, éclairant les nations ". Joseph, affirme l'Évangile, partageait ses joies. Pourtant Marie n'ignorait rien : heureuse mère, elle savait tout et son regard rencontrait celui de Jésus, lui exprimant tout ce qu'elle ressentait pour lui de vénération, d'amour, de gratitude sans bornes.
Connaissant bien les prophéties, elle entend dire au saint Pontife : ''Un glaive de douleur transpercera votre âme ! . . . En lui les uns trouveront le saluty les autres la ruine : car il sera un objet de contradiction y Ainsi, après les joies, /e* douleurs physiques et morales. Marie comprend le rôle divin de la souffrance que tant d'âmes continuent à maudire. Car, ce n'est pas Dieu qui l'a introduite : c'est le mal, qui l'a rendue
juste et nécessaire ; en nous laissant victimes de ses coups, il en a fait un moyen de restauration morale et surnaturelle, un affermissement des vertus, une pourvoyeuse de mérites, une substitution de l'expiation des âmes innocentes pour les coupables : sans elle, la gloire de Dieu manquerait de ses plus beaux rayons . . . En prévision des souffrances à venir, annoncées par Siméon, le cœur de Marie et celui de Joseph sont déjà agréés du Ciel comme deux cœurs martyrs !..
III. — La Fuite en Egypte ne tarde point à leur en fournir l'occasion immédiate. Précipitamment l'ordre est intimé par l'ange à Joseph, qui *' prend Venfant et sa mère ". Tremblant, en secret, de nuit, se cachant comme des malfaiteurs, les trois fugitifs s'éloignent vers le lointain désert et la terre d'idolâtrie. Voyage solitaire, douloureux, tissé de privations, de patience et de résignation. Et l'enfant dort paisiblement sur le cœur de sa mère ! Il sait et il voit tout, mais il n'interrompt son sommeil ni pour la rassurer, ni pour la consoler ... Et l'ombre plane toujours sur le séjour de la sainte Famille et sur les trois ou quatre années de l'exil . . . C'est un épidode tragique dans la candide enfance de Jésus : il n'est guère de malheur qui vienne torturcx' plus atrocement les cœurs et broyer les âmes que les angoisses quotidiennes en pays inconnu, au milieu des étrangers.
'* Joseph y resta jusqu'à la mort d'Hérode.'' (Matt. 2, 15.)
Article III. — La Beauté de son Adolescence