II.— CONSIDÉRATIONS
I. — Les souffrances du Purgatoire sont reconnues et positivement affirmées par la croyance catholique. L'Église enseigne que l'homme pécheur doit subir la peine temporelle dans cette vie ou dans l'autre, pour obtenir la pleine rémission de ses fautes et entrer au royaume des cieux.
L'âme souffre de la privation de Dieu. Tout ce qui n'est pas le ciel est pour elle un exil, une prison, un obscur cachot, où ses vastes désirs sont mal à l'aise et comprimés. Elle sent, avec une inconcevable amertume, l'absence du Bien, du Beau, du Vrai suprême qu'elle devrait posséder, unique objet de ses violentes tendances et de ses aspirations brûlantes. Elle s'élance vers Dieu, sans pouvoir l'atteindre ; elle l'appelle, et il ne répond pas encore ! . . . Elle a regret et honte de voir qu'elle en est privée, privée par sa faute, privés pour si peu, privée avec tant de facilité d'éviter un tel supplice. "L'espoir qui languit est une affliction de Vâme ". (Prov. 13) . . . La plus angoissante des douleurs morales, ici-bas, n'est rien en comparaison de la privation de la vue de Dieu.
L'âme souffre d'autres peines cuisantes, à cause des jouissances qu'elle s'est jadis procurées, soit par ses
facultés, soit par le moyen des sens, au détriment de la volonté de Dieu. Elle a négligé ou elle n'a pas eu le temps de compenser ces fautes par les mérites satisfactoires de la pénitence. Maintenant elle reconnaît l'obligation de payer sa dette '* jusqu'à la dernière obole "... Cette souffrance est-elle due à l'action d'une mystérieuse puissance qui enserre la libre expansion de l'âme ? Est-elle l'effet d'un feu qui, sans entamer sa substance, s'unit à elle comme un instrument de la justice divine pour la torturer ? L'Enseignement de l'Église ne l'affirme point. Le supplice n'en Cat pas moins réel. Hélas ! sa durée reste incertaine : c'est le secret de Dieu.
Si l'âme souffre tant, elle n'ignore pas qu'elle expie en justice. Aussi, sa douleur est sans désolation, sans m.urmure, sans impatience. C'est la calme et sereine résignation, où se mêle la louange de Dieu, de sa sainteté et de sa bonté, de ses amabilités souveraines. L'atmosphère du Purgatoire est imprégnée, pour ainsi dire, des parfums d'un amour inexprimable et d'une insondable paix.
IL — Les consolations du Purgatoire ne sont pas moins certaines que ses souffrances. Tel est le mystère de la pondération de la souveraine bonté et de la justice infinie.
L'âme a la joie de la certitude de son salut, bien qu'elle se voie dans l'impuissance d'acquérir de nouveaux mérites, même en vertu des plus beaux sentiments et des plus poignantes douleurs. Elle ne jouit plus, en effet, de la liberté qui en est l'indispensable condition. Telle une personne très riche, mais frappée d'infirmité, ne saurait jouir de son immense fortune.
L'âme a la joie de la certitude de 7ie plus offenser Dieu. Son état est l'impeccabilité, à jamais garantie. Ce sentiment inébranlable lui rend doux et suave son châtiment mérité et la réparation d'outre-tombe.
L'âme a la joie de la certitude de son bonheur, qui n'est que retardé. Elle bénit le Ciel, dont la miséricorde lui a épargné les supplices éternels. Sans répit, le délai de la vision et de la jouissance de Dieu s'abrège, en raison même de l'œuvre d'expiation qui s'accomplit.
L'âme a la joie de la certitude de V accomplissement de la volonté divine. Aussitôt après son jugement, elle est allée dans ce triste exil, de son plein gré, emportée par la confusion d'elle-même, autant que par son amoureux acquiescement à la sentence du Juge suprême.
L'âme a la joie de la certitude de son inaltérable attachement pour Dieu. Cet amour est d'une véhémence inimaginable. Il efface tous les péchés véniels. Mais, brûlant l'âme au sortir du corps, il est impuissant à la soustraire à la moindre diminution de la peine, comme il l'eût fait durant la vie (V. Hurter, S.J.,t. III, p. 604).
L'âme a la joie de la certitude des secours de VÉglise militante : saintes messes offertes à son intention, indulgences appliquées et prières, aumônes et bonnes œuvres. Généraux, ces secours viennent de la communion des saints ; spéciaux, ils proviennent des parents, des amis, des connaissances, et au même titre sans doute, leur application reste le secret des perfections de Dieu.
L'âme a la joie de V intercession auprès de Dieu en faveur de ses bienfaiteurs. Comme des captives
vêtues de blanc, à genoux, levant au ciel leurs mains suppliantes, elles implorent pour les besoins corporels et spirituels des vivants. Et leur supplication est incessante, jusqu'à l'instant bienheureux qui termine leur exil.
III. — L'heure de la délivrance a sonné ! L'ange radieux paraît au seuil du Purgatoire ; il prononce la parole de liberté. Et l'âme, illuminée d'un céleste rayon, tressaillant d'allégresse, a répondu à l'appel.
Cicatrices, taches, laideurs et ombres, tout a disparu. Son beau visage rayonne d'éclat. Ses bras étendus s'agitent. Bienheureuse et sainte, elle s'élance avec le divin messager vers les parvis de la Jérusalem glorieuse, transparente comme le plus pur cristal.
Ouvrez-vous, bras maternels de Marie, bras paternels de Jésus : puis refermez- vous à jamais sur un enfant de plus, qui vous doit son bonheur éternel ! . . .