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CHAPITRE II

Beauté de forme. — Attrait des formes régulières. — Leur valeur dans la nature. — Leur emploi dans l'art. — Beauté des lignes. — Beauté des proportions.

§ 1. — Beauté de forme

Il est un certain genre de beauté que j'appellerai la beauté géométrique. Elle consiste dans la régularité, dans la simplicité des formes et des proportions. Je Texaminerai en premier lieu, comme le cas le plus simple de beauté intellectuelle, et pour la facilité avec laquelle on peut en établir la théorie. Grâce à cette sorte d'exercice préalable, nous nous trouverons plus à l'aise quand nous aborderons les problèmes d'ordre supérieur qui peuvent se poser au sujet de la beauté de forme.

Il est manifeste que nous nous plaisons au spectacle des choses qui présentent un caractère de régularité dans la forme, de simplicité dans les proportions. Nous avons une tendance à imprimer nous-mêmes ce caractère aux produits de notre art. Nous n'avons donc pas à démontrer l'existence d'un tel goût. Il s'agit seulement de l'apprécier. Sachant quelles sont les raisons qui le déterminent, nous serons à môme d'apprécier la valeur de ces raisons, et par conséquent d'établir jusqu'à quel point nous avons le droit de nous faire de la beauté géométrique un idéal.

Attrait des formes régulières.

Les raisons qui déterminent ici notre goût me semblent être de deux sortes. Les unes sont subjectives et de pur agrément. Les autres sont plus objectives, en ce sens que nous nous croyons autorisés par elles à attribuer à Tobjet un caractère de perfection et de supériorité.

A notre point de vue personnel, les formes réguliores et simples ont l'avantage de nous faciliter singulièrement le travail intellectuel requis pour la perception des objets.

On a bien essayé d'expliquer l'effet esthétique de cer laines lignes et de certains contours par Taisance particulière avec laquelle nous les parcourons du regard. Mais avant de hasarder cette explication, il aurait fallu s'assurer quu pour percevoir une ligne, nous la parcourons réellement des yeux. Or, il n'en est rien. Un déplacement continu du point de fixation de l'œil ne pourrait que brouiller toutes les images et produire un véritable vertige *. Pour percevoir une formej notre regard se fixe sur le point d'où il la perçoit le mieux dans son ensemble; si cette vision ne lui suffît pas, brusquenient, d'un mouvement si rapide que, pour la conscience, il est instantané, il se porte vers un autre point, et ainsi dî* suite, jusqu'à ce que nous ayons achevé notre exploration. La façon dont se déplacent nos yeux ne peut donc avoir aucune influence sur l'effet esthétique de la ligne. Tout au plus leur pourrait-on attribuer une préférence pour les ligures simples et de grandeur médiocre, que nous pouvons percevoir sans déplacement du regard, d'un seul coup d'oeil. Quand nous cherchons le point d'où un objet offre l'aspect le plus esthétique, d'instinct nous nous plaçons à une distance telle que nous puissions facilement l'embrasser du regard. Nous aimons aussi que le centre optique de la figure soit marqué par quelque point saillant, sur lequel les yeux viennent d'eux-mêmes se fixer. Mais ce sont là des motifs de prefé-

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