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La Belgique

L'étranger <|iii verrait la capitale de la Belgique à l'époque de l'une ou de l'autre de ses fêtes nationales, avec la rumeur de ses carrefours emplis d'un vacarme d'orchestres, le défilé de ses cortèges groupés autour d'étendards surchargés de médailles el de plaques, enfin l'espèce de coup de folie d'un peuple naturellement calme el travailleur s'agitant en tumulte sous le claquement des oriflammes el la flambée des illuminations, celui-là ne connaîtrait que le Bruxelles des jours exceptionnels.

Mais que cet hôte ami, peu pressé de partir, cède à la curiosité de s'attarder sur le pavé bruxellois déblayé, il verra succéder à la turbulence des rues le train mesuré de l'existence coutumière. La fourmilière humaine écoulée, la ville a bientôt fait de reprendre son aspect normal de capitale bourgeoise, à la fois casanière et portée au faste, aimant les aises tranquilles de l'habitation et le mouvement des grandes artères.

La régularité des habitudes quotidiennes se rétablit alors : le dimanche, l'exode des familles vers le Paie. le l>ois, les campagnes avoisinantes ; certaines après-midi de la semaine, la flânerie le long des raidillons de la Montagne de la Cour, jusqu'aux largos percées îles boulevards du Centre; le samedi enfin, l'universelle cl grave occupation de la toilette de la ville un bel entrain de bras rouges lançant au large les seaux d'eau, maniant 1rs balais, dardant les tuyaux d'arrosage, torchonnanl les trottoirs qui, sous les frictions répétées, finissent par reluire comme des miroirs.

Bien que la propreté soit moins excessive à Bruxelles que dans les Flandres, on

soupçonne déjà l'approche de ces grandes demeures provinciales où les bahuts, les planchers, les murs et les ustensiles, constamment écurés, s'émaillent d'un vernis de porcelaine, avec un rayonnement sourd d'angles et de surfaces dans la pénombre : c'est l'indice d'un pays où l'eau surabonde et qui oppose à l'envahissement de la boue, montant des pavés sous l'influence des moiteurs de l'air, la salubre opération des lavages largement pratiqués.

Ces particularités locales écartées, l'étranger n'apercevrait pas de différences sensibles avec la plupart des grandes villes européennes.

Il faudrait descendre dans la vie du peuple, s'initier aux intimités domestiques, gagner surtout les quartiers populaires, ces coins de rue dévotieusement ornés de petites Vierges dans des niches, comme l'anguleuse ruelle du Veau-Marin ici représentée, ailleurs cette rue de l'Étuve, décorée d'une fontaine qu'alimente un petit homme en bronze, baptisé

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du sobriquel de Mannekenpis en raison de son sans-gêne effronté, ou bien encore cette fourmillante rue Haute avec ses circulations de foules el ses types d'une tournure si marquée, pour retrouver certaines originalités locales qui, chez les classes bourgeoises, tendent chaque jour à s'effacer un peu plus. L'application des principes de l'hygiène publique n'est pas faite, il faut bien le reconnaître, pour entretenir les singularités dans la

physionomie des grands centres; les perspectives uniformes des boulevards et des avenues prolongées sur des terrains plans, là parité croissante des conditions de la vie intérieure, amenée par la similitude dans l'aménagement de l'habitation, alignent au cordeau les mœurs, font rentrer les aspérités du caractère, finalement atténuent sous une sorte de nivellement général la libre floraison des individualités ethniques.

11 y a quelque trente ans, Bruxelles, qui s'était graduellement élargi par la création de

nouveaux quartiers et déjà alors déversait dans ses faubourgs le trop-plein de sa population, au point que les communes suburbaines regorgèrent bientôt à leur tour, Bruxelles fut pris de l'ambition de se réorganiser en bâtissant sur les ruines de ses antérieures installations.

D'énormes pâtés de maisons furent éventrés; la topographie de ce (pion appelait la vieille ville, se transforma; il y eut, à la place des noires ruelles enchevêtrées de culs-desacs et coupées par les bras d'une petite rivière pestilente, un développement de vastes artères parallèles; le Ilot bourbeux alla s'engloutir sous un énorme plafond voûté.

Aujourd'hui les boulevards qui relient les stations du Nord et du Midi, aux points

opposés de la ville, et se prolongent entre deux rangs de symétriques façades historiées de balcons, de pilastres, de stylobales cl de cariatides, donnent l'idée d'un développement considérable de la fortune publique.

Le commerce, les grandes et les petites industries qui autrefois se resserraient dans les étroites rues de la Madeleine, du Marché-aux-Herbes, de la Montagne de la Cour et dans leurs ramifications, la rue de l'Empereur, la rue Cantersleen, la rue Saint -Jean, la rue de la Putlerie, la me des Kperonnicrs, la rue au Beurre et bien d'autres, bordées de maisons basses, obscures, enfumées, aux profils chétife et déjelés, débordent maintenant dans les larges voies de circulation des quartiers nouveaux.

Le négociant que la vente relient derrière ses comptoirs y rêve de se retirer un jour dans une demeure proprette, assez spacieuse pour s'y mouvoir sans trop de gène, les enfants en haut, les parents dans la fontaine du MANNEKENPlS . Irs elianibrcs du premier élage, le bas

réservé pour le salon et la salle à manger, avec une fille de la campagne pour le service. Chacun ici a sa maison, qu'il accommode selon sa fortune et ses goûts, avec une passion invétérée pour le bien-être domestique. El ce besoin d'aisance dans une vie séparée des autres finit par aboutir à une multitude de ménages maîtres chacun chez soi, dans une sorte d'indépendance mutuelle qui fait de chaque famille un petit monde autonome.

Presque toujours la maison se compose d'un ou de deux étages, au-dessus d'un rez-dechaussée divisé en deux pièces : celle de devant garnie d'étagères, de glaces à bordure d'or, d'un lustre en cuivre ou en cristal, l'ameublement et la décoration en rapport avec le revenu : celle d'arrière moins surchargée, d'une simplicité cossue qui ne distrait pas de la nourriture, une grande table au milieu, sur laquelle s'abaisse le soir une suspension éclairée au gaz, des buffets-dressoirs dans les retours de la cheminée, et contre le mur un rang de chaises en chêne sculpté de Malines.

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C'est une des parties importantes de l'habitation : les vieux vins s'y dégustent; aux jours de gala, les argenteries encombrent La nappe en pur til ; les dîners alors y traînent jusqu'à la nuit, en une béatitude de digestion. Dans les faubourgs, la chambre s'ajoure d'une grande verrière sur un large espaee d'air, cour ou jardin, mais de préférence un jardin bordé

Destin de De la Boise.

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