‹ La BelgiqueChapitre 13 sur 187 · I.A MAISON 1)1' Util · texte numérisé non relu

I.A MAISON 1)1' Util

Toutes les heures tumultueuses de l'histoire ont tenu entre ses hautes falaises. Et rien n'a changé : aujourd'hui encore c'est le pouls sensible de l'agglomération : tout y retentit ; en temps d'agitation, l'immense place fermente comme une cuve. Les derniers drapeaux rouges défilés, on réinstalle le kiosque où se font entendre les orphéons. Le bourgeois se piété sous le cadran de la tour et, sa montre en main, régie son heure sur celle des giandes aiguilles. Immobile, les mains au dos, l'amateur d'oiseaux s'attarde devant le jabotement des perruches sautillant, grosses lucioles vertes, aux vitrines des oiseleurs. Le pêcheur à la ligne, planté devant la boutique oii s'enchevêtrent cannes et filets, s'absorbe en des ^études comparées d'hameçons. C'est le passage accéléré d'un peuple qui va aux

affaires, se rend à la Bourse, vaque à ses négoces ou la llànerie oisive qui s'attarde le long des vieilles maisons historiées, aux rezde-chaussée bondés d'engins et d'ustensiles de toute sorte, taillandiers, peaussiers, débits de tabac, grainetiers, vanniers et cordiers.

Ajoute/ l'animation des criées aux enchères, le carreau encombré d'un amas de mise- bas, de meubles écornés, de vieux luxe fripé que se dispute une nuée de regraltiers, les commissionnaires en blouse blanche rognonnant et jouant des coudes pour se livrer passage, le moutonnement des curieux prolongé quelquefois jusqu'au milieu du pavé et s'attardanl avec des convoitises devant cette mélancolie des objets qui ont servi au bonheur domestique.

C'est encore la rumeur du marché aux Fleurs, le pavé ocellé de floraisons diaprées, les grands parapluies verts ou blancs des marchandes, la lente promenade des dames à travers la clarté des jonchées odorantes. Le dimanche matin, la place n'est plus qu'un long frémissement d'ailes : l'orgueil des coq claironne ; les pigeons earaeoulent ; les pinsons tirelirent ; alouettes, tarins, chardonnerets pantoient au fond des innombrables volières tassées à même le sol, cependant que, du côté de la maison du Sac, l'aboi sonore ou grêle des caniches et des toutous semble requérir l'apitoiement d'un acquéréur bénévole.

Enfin, il faudrait se représenter les détilés de drapeaux et de bannières qui, aux grands jours, déferlent d'un long flot d'or, de brocart et de velours : la profusion du faste et de la mise en scène est digne des anciennes demeures des corporations qui lui servent de cadre. Aucun pays, d'ailleurs, n'est plus riche que la Belgique en trésors d'art historiques. On en put juger, il y a quelques vingt-trois ans. aux fêtes du Cinquantenaire, lors du cortège de toutes les vieilles sociétés du pays ; les Serments y arborèrent des étendards surchargés comme des trophées. Les Flandres ayant toujours été par excellence le pays des associations d'hommes réunis pour le plaisir, la sécurité personnelle et les affaires, on remarquait dans le déroulement de leurs gildes faisant reluire au soleil leurs insignes, des gloires vieilles de deux, quatre et même huit siècles, perpétuées par des campagnards, des

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