‹ La Belgique contemporaineChapitre 43 sur 47 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le 31 juillet 1870, le gouvernement ayant proposé aux chambres un crédit de })lusieurs millions })our la célébration des fêtes du cinquantième anniversaire de rindépendance nationale, M. le chanoine de Haerne, ancien membre du Congrès national, prononça les paroles suivantes :

" Messieurs, je suis chargé par un grand nombre de mes amis, d'exposer les motifs de notre vote favorable au projet de loi.

" L'indépendance nationale et les libres institutions qui nous régissent sont le lien commun entre tous les Belges. En dehors de ces bases fondamentales de notre existence politique, nos divisions s'accentuent de jour en jour. Les lois sont devenues des mesures de guerre destinées à fixer la suprématie d'un parti sur l'autre.

" Dans ces circonstances, si les époques auxquelles se célèbrent les grands anniversaires nationaux se choisissaient librement, nous demanderions d'ajourner à des temps meiHeurs les fêtes de 1880; mais ces solennités se reproduisent périodiquement à des dates consacrées par l'usage.

" Nous nous associerons donc à la célébration du 50'' anniversaire de l'indépendance nationale, comme nous avons participé aux fêtes de 185G, comme nos successeurs concourront — si Dieu daigne protéger la Belgique ! — k célébrer Fexistence séculaire du pays ; nous le ferons, quels que soient nos griefs, parce que notre patriotisme sait apprécier et aimer cette double et précieuse sauvegarde de nos droits : notre nationalité indépendante et notre Constitution.

" Il va de soi que rien, dans les fêtes de 1880, ne sera de nature à froisser les sentiments d'aucun vrai Belge : ce ne seraient pas des fêtes nationales s'il en était autrement. "

Cette déclaration, qui ne fut pas discutée, répondait à une rumeur propagée par la presse ultramontaine et d'après laquelle le parti catholique s'abstiendrait de prendre part aux solennités jubilaires de 1880. Elle détermina d'une façon exacte la position respective des partis.

J'ai décrit la guerre que signalait l'orateur et j'ai tâché de raconter avec impartialité les divisions qu'il déplore. — Dans un discours prononcé à Tournai, quelques semaines plus tard, le roi Léopold II a fait un appel à la modération de tous et conseillé une trêve que de nouvelles divisions ont empêché de conclure et que, des deux parts, on eût trouvé difficile de respecter. Je termine ce tableau de la Belgique contemporaine dans un moment où les passions politiques sont arrivées à leur apogée, à la veille de l'ouverture d'une session lé-

gislalive (|iii })i'oiiiet ou menace d'être féconde en débats irritants. Je ne m'en prévaudrai pas pour tirer un fâcheux horoscope. Notre pays a traversé avec bonlieur des crises plus redoutables. On pourrait lui appli(iuer avec justesse la vieille devise du navire qui est le symbole des destinées de la a ille de Paris : Fluctuât et non mcrrjitur. Les accidents do demain ne diminueront pas Téclat des prospérités de la veille, et notre vaisseau est trop bien gréé, confié à des mains trop habiles pour qu'il faille s'in(piiéter outre mesui'e de le voir, avec son vaillant équipage et sa riche cargaison, affronter une fois de plus le cap des tempêtes. — Faisons des vomix ardents pour qu'avec Dieu })0ur pilote et le droit pour boussole il entre dans le port en déployant nos trois couleurs, au bruit des chants joyeux des matelots, répétés par les échos du rivage.

Puisse en même temps ce petit livre, qui est un ftuble lioinniage rendu à la patrie, à son activité, à sa gloire et aux vertus civi([ues de ses enfants, leur être de quel- (jue utilité dans leur marche et contribuer à augmenter chez la génération présente le respect et l'admiration qui sont dus à l'œuvre de ses devanciers.

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