LE CHAMP DE MARS
Le grand vestibule , les trophées. — L’entrée principale de l'Exposition se trouve du côté du pont d’Iéna. Le fronton qui la décore, pèse environ 10,000 kilogrammes ; il sc compose d’un écusson aux initiales R. F. Deux femmes-génies, les aile^ déployées, se tiennent par une main , et , portant de l’autre une gerbe et un flambeau, lui servent de support. Au sommet de l'écusson, on lit en relief, sur un fond d’épis, le mot Fax, qui deviendra la devise nationale de la France ; à la base, 1878.
Le vestibule d’honneur, qui tient toute la largeur de la façade, est splendide avec ses voussures en
or mat qui rappellent les tons discrets dé Saint- Marc de Venise; à droite, dans de hauts pavillons, rouge-foncé, découpés artïstement et surmontés de petits dômes en cuivre sourd, .sont exposés les trésors que le prince de Galles a rapportés de son voyage des Indes. La statue équestre, avec de beaux bas-reliefs représentant la réception des princes indigènes, domine ces merveilles. A gauche, une manière de temple .gre.c abrite les tapisseries des Gobelins ; des étagères, placées à l’avant et à l’arrière, font valoir les vases gigantesques de Sèvres, ou les pièces délicates de notre manufacture nationale. Au centre, avec ses quatre cadrans, une grande horloge s’élève, surmontée d’une sphère qui indique le mouvement de la terre et de la lune. Derrière cette horloge s’ouvre la galerie de la sculpture française et, après elle, toute la section des beaux-arts jusqu’à l’Ecole militaire, tandis que toute la place est réservée, d’un côté, à la section française et, de l’autre, aux sections étrangères.
Les grands dômes couvrant les pavillons qui forment les quatre coins du Champ de Mars, sont des plus élégants; vitrés, ornés d’armes, de banderolles de toutes couleurs et de tous pays, ils forment les extrémités des deux galeries des machines françaises et étrangères. Quatre trophées ornent ces angles, ce sont : une colossale statue équestre de Charlemagne, du sculpteur Thiébaut; l’empereur est là, sceptre en main, diadème en tète ; de
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chaque côté , deux guerriers tiennent les rênes du cheval. On a eu toutes les peines du inonde pour hisser à 10 mètres de hauteur ce groupe en bronze pesant 25,000 kilogrammes.
A l’autre angle de la galerie des machines françaises, qui se trouve du côté de l’école militaire, éclate un immense trophée de tubes métalliques, surmonté d’une sphère de cuivre de trois mètres de diamètre.
Les deux autres dômes sont à l’Angleterre et aux Pays-Bas ; la première a échafaudé un kiosque énorme et très- compliqué, au Sommet duquel on lit : Canada, et qui renferme à sa base des curiosités de l'Amérique anglaise; les Pays-Bas ont formé, avec les végétations de leurs colonies océaniennes, un dernier trophée flanqué des coupes les plus diverses d’arbres rares des îles de la Sonde et autres.
La. rue des façades et la galerie du travail manuel. — Une idée ingénieuse et absolument nouvelle, c'est celle d'une voie à ciel ouvert qui traverse tout le palais sur une longueur de plus de 700 mètres. Là, chaque nation a sa façade typique; la France devait avoir, parallèlement, des constructions originales de Bretagne, d’Auvergne, du midi et du nord, mais on a dû renoncer à ce projet trop dispendieux.
L’Angleterre a cinq façades, entre autres un pavillonen simples briques l'ouges avec eneadrementde
pierres blanches et fenêtres à vitraux, et deux cottages des plus confortables, dont l'un est spécialement réservé au prince de Galles.
Les États-Unis nous montrent une maison en bois comme en construisent les colons dans l’intérieur des terres ; la Suède et la Norwège font remarquer leur fortes constructions en bois de style Scandinave; vient ensuite l’Italie dont la façade est une grande arcade flanquée d’autres plus petites, séparées par des colonnes de stuc, imitant le marbré vert; entre ces colonnes se dressent des marbres sculptés et des terres cuites. Le Japon est représenté par un petit temple Bouddhique ; la Chine, tout ornée de monstres et de chimères, laisse flotter à son sommet un drapeau blanc où un dragon bleu, absolument fantastique, se dresse tout hérissé. La façade d’architecture mauresque de l’Espagne rappelle le péristyle de l’Alhambra de Grenade, qui est ciselé et historié comme un bijou ; voici maintenant F Autriche-Hongrie dont la galerie de neuf arcs est supportée par des colonnes accouplées ; aux ailes, deux pavillons; la corniche qui couronne* le bâtiment, supporte des statues allégoriques : l’Art, les Sciences, le Commerce, etc. ; cette façade ne mesure pas moins de 75 mètres.
La Russie nous offre un Isba, vaste construction en bois, faite de rondins dégrossis, agrémentés d'élégantes découpures qui ne manquent pas d'originalité. Plus loin, la Suisse arrondit une coupole
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élégante et azurée, ornée des signes du zodiaque. La devise nationale détache au sommet de l’entablement; « Einerfür Aile! — Aile für Einer / » (un pour tous, — tous pour un) ! Une horloge forme le milieu de l’édifice ; à l’heure, deux mannequins revêtus, dit-on, d’armures qui datent de la bataille de Granson, frappent à tour de rôle sur un timbre avec des marteaux. La façade de la Belgique peut être considérée comme l’œuvre capitale de la section étrangère; les Chambres belges ayant voté un crédit de 500,000 francs pour l’Exposition, on a bien fait les choses, en bâtissant un grand hôtel flamand, en briques et en pierres bleues de Soignies et d’Ecaussines, avec des colonnes de ses beaux marbres noirs, bruns ou verts. La Grèce parait bien petite à côté, mais elle intéresse avec sa maison blanche quelle intitule : « la maison de Pèriclès », et sa loggia, qui défend des ardeurs du jour. Viennent successivement le Danemark, puis les États de l’Amérique centrale et méridionale, qui donnent un spécimen riche et simple de leurs constructions; un joli balcon leur prête un cachet tout oriental.
Les royaumes de Perse et de Siam, la Tunisie et le Maroc se suivent fraternellement ; malgré l’exiguïté des façades, l’œil s’arrête sur le minaret tunisien, où il semble qu’un muezzin va apparaître. Le grand duché de Luxembourg, la principauté de Monaco, la république du Val d’Andorre sont réunis dans une devanture commune. Le Por-
tugal a dessiné les poétiques arceaux du cloître des Hiéronymites de Bellem et du couvent de Batalha ; deux merveilles que ces arceaux ; ce ne sont que sculptures et ciselures dans la pierre blanche, où de grands saints se détachent admirablement. Les Pays-Bas terminent cette avenue imposante de l’architecture de tous les peuples. Leur façade en pierres et briques rouges représente l’hôtel de ville de La Haye avec son léger beffroi.
On arrive ainsi à l’entrée qui fait face à l’école militaire; ce côté, parallèle au vestibule d’honneur, sert de galerie au travail manuel ; là, de jeunes ouvrières font des éventails, des colliers, des fleurs, et tous ces jolis bibelots parisiens qui ne vivent qu’un jour et sont si chaîmants. Au milieu, la taillerie de diamants française, la première établie à Paris, laisse voir les intéressantes opérations par lesquelles passe la précieuse ma-* tière avant de devenir parure scintillante.
Ces travaux reposent du perpétuel mouvement des galeries des machines.
Le 'pavillon central de la ville de Paris. — Les galeries des beaux-arts sont séparées, au centre même du palais du Champ de Mars, par l’élégant pavillon de la ville de Paris. A proprement parler, ce n’est pas un type de l’architecture française, mais plutôt un assemblage des styles composites, qui forment ce qu’on appelle l’architecture du xix'!
loi
A l’exposition de 1878.
siècle. Il est très-orné, très-chargé de terres cuites, de faïences, de dorures, soutenu par des colonnettes de fonte et recouvert d’une toiture transparente en verre dépoli. Il renferme tout ce qui a rapport au service municipal : écoles, égouts, pompes, travaux de la ville, plans en relief, entre autres celui du marché aux bestiaux de la Villette et celui de l’hôtel de ville restauré. Autour du pavillon et sur ses murs memes sont plantés les produits les plus remarquables des magnifiques serres de la Ville, dont les spécimens sont sans cesse renouvelés. Un petit jardin, orné de statues, de gazons et de bancs, sert de repos, de chaque côté. C’est sur ces parterres que s’ouvrent, par des portiques monumentaux, les deux entrées de la galerie des beaux-arts. Ils sont couverts d’émaux, de paysages et de figures allégoriques ; ils représentent : l’un, Apollon sur son quadrige, l’autre, une réduction du Parthénori et de la maison dite la Lanterne de Diogène, offrant le type de l’architecture grecque.
A gauche et à droite du Champ de Mars sont des cafés et des restaurants qui coupent l’exposition d’horticulture. Inutile do dire que l’affluence est grande de ces côtés où les Tziganes, avec leurs concerts improvisés, font florès. A côté d’eux, on admire le tonneau de MM . Wilhaumser et Millier, do Strasbourg, mesurant 4 mètres à la tète, et 4 mètres 50 au plus fort diamètre ; il contient 000 hectolitres.
Le 'parc du Champ de Mars. — Une immense pelouse verte de 223 mètres de longueur, placée entre les deux palais, repose la vue et permet de contempler l’ensemble du palais du Trocadéro, qui éclate de toute la blancheur de ses colonnes et de scs statues.
Cette partie est très-animée, les allants et venants se reposent là de préférence dans des chaises-paniers très-confortables. Ce ne sont, de tous côtés, que massifs d’azalées et de rhododendrons ; deux petits lacs, bornés par des rochers et des cascades artificiels, mettent la fraîcheur au milieu de cette végétation. Sans entrer dans le détail des œdicules qui meublent ce parc trèsvaste, s’étendant jusqu’au pont d’Iéna, citons, outre un restaurant belge et un restaurant français, le chalet des manufactures de l’État, où l’on assiste à la fabrication des cigarettes et des cigares de la régie ; le pavillon de la grande usine métallurgique du Creuzot, où l’on peut étudier de près les machines les plus puissantes, telles que le fameux marteau-pilon , un véritable phénomène ; un peu plus loin, le ministère des travaux publics expose sa collection si complète de pierres et de marbres français de toutes espèces ; le hangar des Terres-Noires, près duquel un escalier et un petit pont conduisent à l’Exposition agricole qui s’étale tout le long du quai d’Orsay.
La tête de la grande statue de Bartholdi, représentant l’Union américaine, est placée entre le Champ de Mars et le Trocadéro.