LA UELGIOIK ET LE CONGO
pour recoller la ijiiolité de caoïileliouo otauf, en moyenne, de vingt à vingt-cinq jours, caries indigènes doivent voyager quatre ou cinq jours pour atteindre l'endroit où se trouvent les lianes et mettent di.\ à quinze jours pour ctdlecter le montant requis. .\ N"(îali le consul général, américain était présent à la livraison du caoutchouc ; il remar(|ua que les montants appelés et notés dans les livres n'étaient pas corrects, et, cctmme il attirait l'attention sur ce fait, on lui répondit que la balance n'était pas juste, (|u'elle marquait un kilo et demi de plus que le poids exact. .Mais, <■ en admettant même que ce fût vrai, ajoute-t-il, les indigènes étaient trompés sans merci, car j'ai très bien vu des paniers pesant 0 1/2 à 7 kilos, taxés à 4 ou 'o, et, souvent, des paniers de plus de 0 kilos taxés à 3. Je suis resté deux heures à contempler ce spectacle édifiant et, pendant ce temps, vingts ou vingt-cin(j hommes avaient été conduits en prison, pour manquants*. »
C'était, à celte époque, le lieutenant A ., de l'armée belge, qui était chef de la zoue de la .Mongala, parcourue par M. Smith. Sous son administration, cette zone produisait mensuellement 6U tonnes de caoutchouc, c'est-à-dire plus qu'à l'époque où elle était exploitée directement par la Société Anversoise. Mais on ne tarda pas à apprendre par quels moyens ces résultats étaient obtenus. A la suite d'une plainte des missionnaires protestants d'I'poto, le parquet ouvrit une instruction contre .V et un grand nombre de .ses subordonnés. Celte instruction ne donna pas, d'abord, des résultats bien certains et ou autorisa le principal inculpé à rentrer en Europe. Ce ne fut qu après son départ, que beaucoup de téiiioin.s indigènes se décidèrent à parler, et, sur leurs dépositions, A . fut condamné par défaut à douze ans de servitude pénale, pour des faits ayant entraîné la mort de plus de soi- .\ante noirs. Le jugement déclarait (|ue le coupable eù\ dû être condamné à mort, mais ([u il y avait lieu de tenir compte tir ce (in'iin Intu/ srjnnr fxiniii les imlif/hii's ni<ti( ih) lui rnh'n'r Idiit snti iiiii'iil tl'jiiiiiiitiiili' !
.\prés le départ d'.\ , cependant, et à la suite du rapport lie M Smith, des mesures furent prises pour adoucir le régime de corvée {\n\ pesait sur les iiuligènes
\. Africa, n» \, 1908. 10.
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Le 18 mars 1907, une circulaire de l'inspecteur d'État Gérard réduisit l'impôt à deux kilos p;ir mois. Au mois de mars 1008, une nouvelle réduction intervint : l'impôt fut ramené à un kilo et demi par mois, ou plutôt, trois kilos pour deux mois. D'autre part, la rémunération fut portée de 43 à 53 centimes le kilo, puis réduite à 43. pour être fixée à 80 centimes depuis* le mois d'août 1908.
Seulement, il ne faut pas oublier que la rémunération était payée en marchandises. Or, une circulaire du U> mai 1908 établit une nouvelle évaluation des articles en magasin, qui comportait une majoration de 20 p. 100 pour certaines marchandises de paiement, et, par conséquent, réduisait à fort peu de chose l'accroissement de la rémunération.
Pour ce qui concerne le temps nécessaire à la récolte, on réduisit les distances à parcourir par les indigèues, de manière à les ramener à six ou sept heures au maximum. Néanmoins, à l'époque où nous passâmes dans la Mongala, les prestataires, pour faire leur trois kilos tous les deux mois, devaient rester quinze ou vingt jours dans la forêt. A vrai dire, ils n'y faisaient pas que du caoutchouc ; les incisions terminées, ils chassaient, ils récoltaient des fruits ou du miel sauvage. Le plus souvent, d'ailleurs, ils étaient loin d'apporter les trois kilos pour lesquels ils étaient taxés, et, pour les manquants, on ne leur appliquait plus guère la contrainte.
Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner que la production ait diminué dans des proportions énormes. On en jugera par le tableau suivant, (jue nous avons dressé d'après les livres du poste de NGali :
Juin 1907 i.864 kilos.
Août — 3.700 —
Ocloi)rc — 1.7:»:) —
Décembre — 2 301 —
Février 1908 2.404 —
.\\iil — 2.015 —
Juin — 891 —
Août — 180 —
70 l.V ItELOIOl'E ET LE CONf.O
On voit que. finalement. les récoltes étaient tombées à presque rien. Aussi les chefs indigènes, dont les hommes commençaient à respirer, ne dissimulaient point leur satisfaction :
. « Du temps de la Compaiinie — disait l'un d'eux à notre interprète — on nous maltraitait, on nous emprisonnait, ou nous tuait. Depuis que Bula Matadi commande lui-même, ou nous laisse plus tranquilles. Nous sommes contents, surtout, parce que nous ne devons plus faire autant de caoutchouc. » Mais un autre, intervenant :
« Même comme cela, c'est encore trop, car il n'y a presque plus de caoutchouc dans la forêt. Nous devons encore être absents de nos villages pendant vingt jours tous les deux mois Nousacceplonsde donner à Bula Maladi n'importe quoi : des vivres, des lances, des porteurs, mais plus de caoutchouc. Il faut que le caoutchouc finisse : c'est notre vœu à tous'. » Ce vœu ne tarda jioint. d'ailleurs, à être exaucé car, quelques mois après notre retour, des instructions ministérielles ordonnèrent la suspension de la récolte dans les territoires de r.\l)ir et de l'.Vnversoise.
En somme, pendant la période (jui suit la publication du rap|turl de la Commission d'enqiiête, jusqu'à lannexion du Congo i)ar la Melgi([ue, le régime du travail forcé reste en vigueur, mais la contrainte se relâche. Les rapports des consuls anglais, et spécialement le mémorandum Thesiger, conslalciil <' une cessation des terribles atrocités qui étaient si fré(jueules avant la visite de la Commission d'eiKiuêle ». Les indigènes, n'étant plus terrorisés, se moquent, dans beaucoup de districts, des billets d';»vertissement (|ue leur envoient les agents du fisc, cl comme, d'autre paît, les f(M"éls, dans les régions occupées depuis longtemps, tendent à s'épuiser, la |»roducliou de caoutchouc diminiK? dans des proportions telles fjuc l'abolition du système devait né(;essairement être mise en ({uestion
1. V. VAM'KiivKi.riK. I.i^s drrnirvs JKiiis lit: l'Hlnl ilii Cinujo, p. Iltl.
LE TUA VA M- ruIlCÉ 77