‹ La Belgique et le Congo, le passé, le présent, l'avenirChapitre 63 sur 125 · I. l'ag.-s 270 ctsuiv. l'aris · texte numérisé non relu

I. l'ag.-s 270 ctsuiv. l'aris

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dépourvu, ciu'aucuu uoir n'oserait refuser de partager sou repas avec celui (jui passe, fi\l-il inconnu : « Ce n'est là, ni l'hospitalité sémitique, ni la solidarité moderne. C est uu sentiment i)lus grossier, si l'on veut, plus instinctif, mais couséquemment plus fort : le rapprochement craintif de deux pauvres êtres, pour résister à l'ennemi, impitoyahle pour tous, toujours présent à l'esprit du primitif, la faim. Le noir ue s'embauche donc sur nos chantiers, le plus souvent, que pour faire un cadeau à un f/i iol, uu jtour s'acheter un boubou. un cheval, des armes de parade, des gris-gris prestigieux, voire une femme. Dès qu'il a gagné ce qu'il désire, il retourne au village. On ne peut donc l'employer encore qu'à une besogne d'apprentissage rapide. »

D'autre part, le rendement de cette main-d'œuvre mal exercée est inférieur. Deux noirs, dans le même temps, ne fout pas la tâche d'un seul blanc. Le noir est lent, distrait, négligent ; il ne coordonne pas ses mouvements, dont il ne cherche pas à expliquer le pourquoi ; de là une grande perte de temps, des malfaçons ; il se lasse vite.

Certes, on aurait tort de généraliser, outre mesure; et. nièoie avec des éléments d'ordre inférieur, on parvient à obtenir des travailleurs indigènes un elïort considérable, lorsqu'ils travaillent sous la surveillance directe des chefs d'équipe ou d'entreprise.

Au pier de Maladi, |)ar exemple, les Kroumcn. les gens de Sierra-Leonc. (jui se trouvent sous l'œil des ofliciersdu bord, et (jui d'ailleurs risquent d'attraper des coups de pied ou des coups de cravache s'ils boudent à la besogne, font à peu j)rès autant d'ouvrage (jue des débardeurs européens.

Mais voulez vous voir ce (|ii'ils font, lorsqu'on les aban donne à eux-mêmes? regardez les nettoyer le ponl. une fois en mer. assis à (M'oppetons et bavardant ù (|ui mieux mieux, en |»<)ussant avec lenteur leur bri(|iH; sur les planches, aussi longtemps iiu'un capita ne les oblige à accélérer le mouvement.

LE SOCIALISMK KT r, Altor.TTKiN f)L' TltAVAU. KORCK 197

D'où il résulte, enfin, qu'à raison de leur irrégularité et de leur nonchalance, ces ouvriers noirs reviennent assez cher, même quand le taux nominal de leurs salaires est modique. Au surplus, si. dans le Bas Congo, les manœuvres se con tentent de 40 à oO centimes par jour, [)lns la ration, dès qu'il s'agit d'ouvriers qualifiés, la rémunération s'élève rapidement. Au cheniin de fer du Stanley Pool, par exemple, il y a des machinistes qui gagnent jusqu'à 300 francs par mois !

Il n'est donc pas douteux, en somme, que l'Afrique équatoriale. par le fait de son climat, de la facilité qu'ont les indigènes à y vivre, de l'existence de terres libres, qui fait obstacle à la généralisation du salariat, n'est pas précisément le paradis des capitalistes, dès l'instant où la contrainte n'intervient point pour leur procurer des bras, gratuitement ou à vil prix.

Mais ces difficultés que rencontre le recrutement d'une main-d'œuvre normale, tiennent bien moins à la race qu'aux conditions économiques, et la preuve, c'est qu'on les rencontre partout où les mêmes conditions économiques se rencontrent, quelle que soit la race des travailleurs auxquels on fait appel.

On connaît l'histoire, dite par Wakefield. de ce capitaliste qui était allé s'établir aux antipodes avec des travailleurs qu'il comptait exploiter à sou gré :

•M. I\'el — r;iconte-t-il — emporta avec lui d'Angleterre pour Swan liiver (Nouvelle-Hollande), des vivres et des moyens de production (1 une valeur de cinquante mille livres sterling. M. Peel eut, en outre, la prévoyance d'amener avec lui. trois mille individus de la classe ouvrière, hommes, femmes et enfants. Une fois arrivés o destination, tous s'empressèrent de s'établir à leur compte sur les terres libres d'alentour et M. t*eel resta sans un domestique pour faire son lit ou pour lui puiser de I eau à la rivière.

Des faits analogues se produisent au début do toutes les entreprises coloniales, qu'il s'agisse d'ouvriers importés ou d'autochtones que l'on veut assujettir au salariat.

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Aussi voyous nous, dans tous les pays et à toutes les époques, ceux(jiii onlrepreunout la colonisation des pays ueufs, selTin'cer île ii'soudre le |)iol)lènie de la main d'duivre. soit eu établissant ou vu rétablissant l'esclavage, soit en ayant recoui's au travail de coniirls on d'iiulriilfil sriranls. soit eu coutraii;naut les indii^énes au travail, par lout une série de moyens directs ou indirects.

^ '■\. — Li:s ni\ KitsKs F(tn.Mi:s de ritAVAii. imuu.k

L'orîj;anisatiou d'un système de travail forcé a été |)lus systématique au Couj^o que partout ailleurs, mais il n'est peutêtre pas de colonie africaine où, soit pour se |)rocurer de la niain-d'ieuvre, soil pour en [)rocurer aux parlicnliers, le gouvernement colonial n'ait pas recours, ou nail pas eu recours antérieurement a la contrainte.

Il suffira, pour l'établir, de donner quelcpies indications sommaires sur le régime du travail dans les colonies allemaudes, françaises, anglaises et portugaises.

L Coi.oMKS ALi.EMANDKs. — Dcs reuseiguemeu I S intéressants sur les dillicultés du |>roblénM' de la main d'dMivic dans les <leux principales colonies allemaudesde rAfri(|ne — Kamcvoiui et Ih'iilsrli Osl-Afnlid — nous sont fournis par les raj^ports olïiciels relatifs à ces colonies.

Dans le htmirimiii , où les ini|M')ts indigènes ne représenlent qu'une très fail)le partie des recettes budgétaires totales — 171 :*.")<) francs eu l'.KIS sur un total de plus de S millions — b;s plantations et \v cluMuin de fer ont besoin de dix à douze mille travailleurs ri'gnlicrs. La p()|iul;ilion indigéin' lolab' élarit évaluée à deux millions, il nCsl pas impossible de se les procurer .Mais le rappctrt pour l!l(Kî-l'.t()7 conslal(^ (|ue k la ({uestion de la main d'u'iivre devient de i)lusen plus sérieuse. à cause de l'essor du commerce dans les dernières années, du besoin constant de travailleurs dans les plantations, de la

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