‹ La BelgiqueChapitre 461 sur 495 · GÉRARD David · texte numérisé non relu

GÉRARD David

Cainhyse condamne Slsamnes.

MUSÉE DE BRUGES

Eyck (Jan van). — Flamand.

* 1. — La Vierge adorée par saint Georges el saint Donat (ou Donatien) et le chanoine van der Paele.

Dans l'abside d'une église romane, au milieu, la Vierge, en robe bleue, manteau rouge, à doublure verte, bordé d'une rangée de perles, sa chevelure blonde tombant sur ses épaules et retenue sur le front par un ruban orné de bijoux, est assise sur un trône, sous un dais en tapisserie, tournée de trois quarts à droite. Sur ses genoux l'Enfant Jésus, tout nu, prend des fleurs que lui offre sa mère et caresse de la main droite un perroquet. A gauche, contemplant le groupe divin, saint Donat, debout, vu de profil, en riche dalmatique bleue, ornée de pierres précieuses et de broderies représentant les apôtres, retenue par une agrafe, coiffé d'une mitre, s'appuie de la main gauche sur sa crosse épiscopale, et tient de l'autre une roue sur laquelle sont fixés cinq cierges allumés. A droite, agenouillé, de trois quarts tourné vers la gauche, le chanoine van der Paele (George de Pala), en surplis blanc et soutane rouge, portant sur son bras gauche une écharpe grise, tient de la main gauche un livre ouvert avec son étui en peau et porte de la droite ses besicles. Derrière lui, le présentant au Sauveur, son patron saint Georges, debout, couvert d'une armure, soulève de la main droite son casque et appuie sur son épaule gauche la hampe d'un étendard. Les montants du trône de la Vierge sont enrichis de sculptures : à gauche. Gain tuant Abel, et dans une niche Adam; à droite, Samson luttant contre un lion, et dans une niche, Eve; au premier plan, sur les marches, un riche tapis ; au fond, des colonnes avec chapiteaux de feuilles d'acanthe.

H., 1,22; L., 1,57. B. — Fig., 0,90. — Sur le cadre on lit, en lettres gothiques : Sanclm Gcorgius, miles Clirisli. — Sanclus Donalianus, archiepiscopus. — Hoc opus fecit fieri Magister Georgius de Pala, hujus ecclesiœ canonicus, per Joliannem de Eyck pictorem el fundavit hic duas capellanias de gremio chori Doinini MCCCCXXXIV: completum anno 1436. Sur la bande supérieure, la bande droite et la bande gauche, trois inscriptions latines se rapportant aux trois figures de la Vierge, de saint Donatien, de saint Georges, qu'on peut traduire ainsi : 1 (au-dessus de la Vierge). Voici celle qui est plus brillante que le soleil; sa lumière, sans comparaison, est supérieure à toute l'armée des étoiles, car c'est la blancheur de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté divine. — 2 (près de saint Donatien). Le neuvième de neuf frères jumeaux, il est noyé et rendu à la vie; 7^essuscité, il est consacré évêque à Reims, et il jouit mq,intenant de Dieu. — 3 (près de saint Georges). Né en Cappadoce, il guerroya pour le Christ, fuyant les délices du monde, triompha j)ar la mort et vainquit le dragon.

Le miracle relatif à saint Donatien auquel il est fait allusion est le suivant : le pape ayant été informé que le nouveau-né avait été précipité dans le fleuve par un serviteur, se mit en prière et fit jeter sur l'eau une roue de chariot avec cinq cierges allumés. Cette roue s'arrêta à la place où se trouvait le corps de l'enfant, qui fut rappelé à la vie.

Ce tableau, le plus grand qu'on connaisse de van Eyck, ornait primitivement le maître-

BRUGES

autel de la cathédrale de Saint-Donatien, puis la sacristie de la même église. Transporté à Paris de 1794 à 1815. Une copie qu'on suppose avoir été exécutée par Gérard lîorenbout, pour l'église de Vatervliet, dans la Flandre orientale, fait actuellement partie du musée d'Anvers. — « Le réalisme le plus prononcé rè^ne dans ce tableau. La figure de la Vierge, qui a les traits d'une femme vulgaire de trente ans, est certes la plus déplaisante de toutes les Vierges peintes par Jan van Eyck. L'enfant, qui est tout nu, est court et maigre, sans charme et sans grâce; il paraît être saisi do terreur à la vue de saint Georges. Ce dernier, au. lieu d'avoir l'air d'un brave chevalier, vainqueur du dragon, n'est qu'un soldat trivial, avec une mine assez sotte et qui ûte niaisement son casque en tirant le pied droit en arrière pour saluer le Christ. Le portrait du chanoine, au contraire, peut être justement appelé un clief-d'œuvre et la tête de saint Donatien, noble, pieuse et intelligente, attire et fixe l'attention tout do suite. » (W.-H.-J. Wbale, Calai., p. 14.) A ce jugement sévère do M. Weale sur ce chef-d'ceuvre, il n'est que juste d'opposer celui de Fromentin. « Par la mise en scène, le style et le caractère de la forme, de la couleur et du travail, ce tableau, de quatre ans postérieur à l'Agneau uiystiqm', rappelle la Vierge au donateur que nous avons au Louvre. Le clair-obscur ingénu qui baigne la petite composition du Louvre, cette vérité parfaite ot cette idéalisation do toute ciiose obtenue par le soin de la main, la beauté du travail, la transparence inimitable de la matière, ce mélange d'observation méticuleuse et de rêveries poursuivies à travers des demi-teintes, ce sont là des qualités supérieures que le tableau de Hrugcs atteint, mais ne dépasse i)as... Mais ici, tout est plus large, plus mûr, plus grandement conçu, construit et point. Et l'œuvre en devient plus magistrale, en ce qu'elle entre en plein dans les idées de l'art moderne et qu'elle est sur le point de les satisfaire toutes... La tonalité ost grave, sourde, riche, extraordinairement harmonieuse et forte. La couleur y ruisselle à pleins bords; elle est entière, mais très savamment composée et reliée plus savamment encore par des valeurs subtiles. En vérité, (/uand an s'y concentre, c'est une peinture qui fait oublier tout ce qui n'est pas elle et donnerait à penser que l'art dépeindre a dit son dernier wol, cl cela dès la première heure, i (Fromentin, p. 428-430.)

* 2. — Portrait de la femme de Jan van Eyck.

Ello est vue de face, la tète légèrement tournée vers la gauche; robe rouge Imrdée de fourrure grise, ceinture verte, coiffe blanche à coques brunes pressées contre les tempes. Les mains .sont posées l'une sur l'autre; à l'annulaire de la droite, une bague.

On lit sur le fond : Cojus nis Johes mn complrvil ano 1439, 17 Jimii, et plus bas : Etas mea Irlginta trin anoru, et la devise du peintre : Ah ich can (comme je peux).

H., 0,42; L., 0,27. B. — Fig. en buste. — Gravé au trait dans le Messager des sciences et des a/-fs (année 1825, p. 115). Autrefois dans la chapelle des peintres, rue Noortzand; donné à la galerie, en 1808, par M. Pierre van Lede. La tradition rapporte que ce fut là le morceau de réception de van Eyck. dans la corporation des peintres de Bruges. « C'est une merveille de délicatesse et d'énergie. La couleur est plus vraie, quoique moms chaude, fjue dans les autres portraits de van Eyck. » (Waagen, I, 106.) « D'une peinture très claire et d'une vérité extrême, ce portrait offre un exemple frappant du ulent spécial que ce maître avait pour la finesse dans l'exécution et le rendu des détails. » (Wbalb, Calai., p. 17.)

Eyck (Jan van) (Attribué à).

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