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LE CHITO DE LA HAVANE

Par M. CH. MoRrREnN. 3

Nous placons le chito parmi les plantes à fruit parce que nous croyons, contrairement à certains classificateurs que l'ananas, la fraise, la vanille ct le melon sont des fruits et non des légumes. L'usage détermine ici le ciassement, et il nous est impossible de placer les produits dont nous parlons parmi les plantes potagères. Nous ne pensons pas que le bromelia ananas, les fragaria à fruits, les vanilla et les cucumis melo puissent jamais se mettre sur le même rang que les choux, les carottes , les salsifis ou les laitues. Dans tout repas bien ordonné, les objets se placeront dans le rang de leur usage, et l’hygiène, le bon goût, l’entende des emplois seront ici parfaitement d'accord avec les idées les plus saines sur la valeur des plantes. |

Qu'est-ce done que le chito? I y a encore un grand nombre de personnes qui ignorent l'existence de ce fruit exquis, bien que l’Indépendance Belge en ait transporté la connaissance ct la convoitise sur ses six mille paires dailes, et que du fond de la Sibérie Asiatique tout aussi bien que des États-Unis, on nous à fait l'honneur de nous écrire pour posséder des graines de cette nouveauté horticole. Nos abonnés seront tous désormais, s'ils le désirent, possesseurs de cette délicieuse plante, et prés de quinze cents personnes en ont déjà recu de nous gratuitement.

Voici l’histoire du chito, dans toute sa simplicité.

En 1848, à la fin de — agricole et horticole fondée par le gouvernement belge, et ouverte à Bruxelles au mois de septembre, M. Dutrieu de Terdonck, sénateur de Malines, nous fit voir des fruits singuliers, gros comme des œufs de pigeon, à peu près de la même forme, jaunes, mais remarquables surtout par un arome indeseriptible. C'était une de ces odeurs fines, délicates, pénétrantes, faisant venir comme on le dit, l’eau à la bouche, un de ces parfums jettant l’imagination dans toutes les rêveries de l'Orient. M. Dutrieu de Terdonek nous aflirma que ce fruit était excellent, qu'il en avait recu des graines de M. Iauwers, conseiller communal à Malines, lequel les tenait de son fils, alors à la Havane. M. Hauwers avait écrit qu’à la Havane, on les nommait chito, (prononcez kito) ou cilo, (prononcez tchito), qu’on les y avait en grand honneur et qu’on les y mangeait tantôt avec les viandes bouillies comme les Italiens emploient les citrons, tantôt au dessert comme fruit et alors édulcorés de sucre.

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Cucumis Chito. Morr.

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Nous avions précisément un diner de dames et d’académiciens chez M. le baron de Stassart, notre ancien et digne président de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts. Le bon goût en toutes choses, présidait à ce repas, et nous ne pouvions mieux faire que d’en appeler au jugement et au palais d’un aéropage d’élite pour décider du sort du chito, obtenu en Belgique, à Malines, et par les soins d’un honorable sénateur.

On se rappella bien l’histoire du sénat romain; il fut décidé que ce turbot-ci ne se mangerait pas à la sauce piquante, mais au naturel. À la première cuillerée, on reconnut qu’il fallait du sucre, mais sa poudre ajoutée, il n’y eut qu’une exclamation admirative, un eri de jouissance nouvelle, et l’un des convives qui avait ajouté trois gouttes de champagne à un demi chito et du sucre, déclara que les portes du septième paradis de Mahomet venaient de s'ouvrir devant lui, et que le chito était une perle du ciel germée pour la satisfaction d’une vie où l’amertume, la lie et le fiel ne font guère défaut.

Le sort du melon chito était décidé désormais. Ce fruit devait occuper une place de mérite parmi nos choses excellentes. Sa Majesté le roi Léopold daigna recevoir dans une corbeille où nous avions eu l'honneur de réunir les nouveautés et les fruits les plus remarquables de l’exposition, quelques chitos de choix, et nous fùmes heureux de pouvoir offrir les prémices d’une introduction dont nous venions de constater par nousmême et par des amis instruits et compétents la haute valeur, au Roi xénéré de notre pays, le protecteur si éminemment éclairé de l'horticulture nationale.

Cependant, des graines furent données à quelques personnes. Parmi elles, se distingua M. De Fays Du Monceau, président de la société royale d’horticulture de Liége, qui cultiva le chito aux bords de la Meuse, à Chokier. Nous avions dessiné les fruits de M. Dutrieu, obtenus en 1848 ; nous dessinämes en 1849 la plante fleurie de M. De Fays, et l'analyse nous convainquit que le chito était un vrai cucumis, mais non décrit ni nommé dans le fascicule des Familiarum naturalium regni vegetabilis synopses monographicæ de M. Roemer, le plus récent écrit (1846) paru sur l’ensemble de la famille des cucurbitacées. En 1849, nous donnions les diagnoses de cette espèce et les gravures dans les Annales de la société royale d’agriculture et de botanique de Gand, tom. 5, p. 539. Nous la nommions CUCUMIS CHITO (meLon curro) à placer entre le cucumis Jamaicensis. Bert. et le cucumis sepium. Voici ces diagnoses.

Cucumis Cuiro. Caule prostrato, bumifuso , MELox-Cniro. Tige couchée à terre, élenhispido , ramosissimo ; ramis angulosis; cir- | due , hispide, très-rameuse; rameaux angurhis simplicibus, foliis longioribus, hispidis; | leux; cirrhes simples, plus longs que les foliis cordatis, orbicularibus , obscure quin- | feuilles, hispides ; feuilles cordées, orbieuquelobis, lobis obtusis, lobo terminali majore, | laires, obseurément quinquelobées, lobes obmargine undulato-repando, sinuato-dentalo, | lus, lobe terminal plus grand, bord large-

dentibus minimis , rectis, supra asperis pilo- | ment ondulé , sinucux-denté, dents grandes,

sis, sublus hispidis nervosis et valde venosis, | droites, au-dessus âpres poilues, au-dessous

nervis quinis; petiolo lamina breviore angu- | hispides, nerveuses et très-veinées, nervures lato-hispido ; flore parvo , calyce subrotundo | au nombre de cinq, pétiole plus court qué la piloso hispido quinquedentato, dentibus acu- | lame, anguleux-hispide; fleur petite; calice

tis; corolla campanulata, minima (vixlinearum | subarrondi, poilu, hispide, à cinq dents, aïocto) quinque dentata , lutea , fauce dilatata, | guës; corolle campanulée, petite (à peine de conneclivo antheris minore ; fructibus ovifor- | 8 lignes), quinquedentée, jaune, gorge dilamibus, elliptieis, basi et apice paulatimdepres- | lée, conneciif plus court que les anthères ; ÿ sis, decem lineatis, glaberrimis, luteis, carne | fruits oviformes, elliptiques, un peu déprimés \ albido-viridescente odoratissima, sapidissima; | à la base et au bout, à dix lignes, très-glabres, seminibus forma et magnitudine cucumeris | jaunes, chair blanche-verdâtre très-odorante, sativi. très-sapide ; graines de la forme et de la grandeur de celles du cornichon ordinaire.

En 1848 et 1849, les chitos cultivés chez M. Dutrieu et chez M. De Fays à la manière des melons, présentérent en moyenne une longueur de six centimètres sur quatre ou quatre et demi de diamètre. Mais en 1850 nous en avions remis des graines à M. Prosper Morren, qui les cultiva à son château de Dilieghem, près de Bruxelles, dans l'emplacement même ou furent cultivés en 1655 par le frère Wynhouts les premiers ananas que posséda l’Europe. Par des soins spéciaux dont nous allons parler, M. Prosper Morren obtient des fruits de chito, le double plus grand et plus gros, d’une odeur et d’un goût exquis. Il n’eut cependant qu'une seule graine qui germat de celles que nous lui avions remises, mais cette plante porta plus de cent cinquante fruits dont chacun contenait en moyenne 52) graines, total de graines pour la plante entière 48,750.

Il est à remarquer que ces fruits sont d’abord verts, durs, et n’exhalent aucune odeur; ce fut au point que M. Prosper Morren en jeta quelques-uns croyant que jamais ils n'auraient acquis leur saveur. Mais la maturation s’accomplit tout à coup : elle eut lieu au mois d’août et continua en septembre. Le fruit jaunit, se parfume d’une facon délicieuse, et peu de jours après que le fruit est détaché de la plante il acquiert de la tendreté, répand son indicible arome et devient enfin cet excellent fruit dont nous avons déjà tracé une partie de l'histoire. Nous prions nos lecteurs de ne pas perdre ce fait de vue, parce qu'ils pourraient croire que le chito ou serait dégénéré ou ne viendrait pas chez eux à maturité.

Le chito de la grandeur de ceux que nous avons fait figurer ei-contre,. pl. 24, se mange bien mieux que les petits. Voici la manière la plus agréable de le préparer. On en fait usage au dessert, chacun ayant un chito entier devant soi, le saisit de la main gauche et lui coupe le haut comme si c'était un œuf à la coque; avec la queue de la cuillère à café on ôte dextrement le milieu ou l’axe auquel pendent les graines, en perdant le moins de jus possible. Les graines ôtées, on racle la chair avec la cuillère et on mêle cette chair au jus, on remue comme s’il fallait manger un œuf à la coque; on ajoute à la marmelade une ou deux cuillerées de sucre blanc en poudre ou râpé, et enfin on verse dans le fruit dont la peau offre une résistance suffisante, quelques gouttes de champagne, selon le goût du convive.

On trouve à cette chair ung saveur qui rappelle successivement d'après

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les idiosyncrasies particulières du convive, la pêche, la fraise, le melon, l'ananas et même la poire de coing. Quelques personnes nous ont dit v avoir décelé un souvenir de cornichon, mais nous affirmons que celles-là ont mangé le chito non müri, imparfait, dans son état d’immaturité, etalors en effet, il a un air de famille commun avec son genre. Si au contraire, on le laisse bien murir, il conserve dans un appartement pendant prés de trois semaines, son état convenable à la dégustation.

Tel est ce fruit. Nous pensons sincèrement qu'il est une des plus belles acquisitions de l’horticulture de notre siècle. Honneur à M. Hauwers d’en avoir doté la Belgique!

Nous finissons ces lignes par quelques détails sur [a culture du chito. On peut le eultiver comme les cornichons ou comme les melons. Par le premier procédé, la culture en pleine terre, on le sème après les gelées du printemps en pleine terre, dans un bon terreau arrosé de purin et bien défoncé et ameubli. On obtient alors les fruits plus petits et plus tardifs. Si on le confie à la terre, sous bâche, en février, et si on l'élève sous châssis, en lui donnant de l’air pendant les beaux jours, dans une bonne terre à melon, on récolte des fruits plus abondants, plus gros, plus grands, plus savoureux. C’est la eulture suivie par M. Prosper Morren qui a obtenu incontestablement les meilleurs chitos qui se soient consommés en Belgique. Nous conseillons donc la culture comme celle des melons sans exclusion de la culture en pleine terre et à l’air libre.

Dans les deux modes, et le fait est important à noter, il nous a été affirmé par M. De Fays Du Monceau, il faut éviter les chiens qui sont extrémement avides de ce fruit et en dévorent toute la récolte, s’ils peuvent se ruer sur ces cultures.

Quant aux graines, le fait est avéré par deux ans d'expérience, parfois, elles ne germent pas. D'une part, vu leur nombre et leur compression, toutes ne renferment pas de germe. D'une autre, si on laisse le fruit trop longtemps dans une place chaude, les graines s'ouvrent, se fendillent sur leur bord et perdent leur qualité germinative. Il faut donc savoir les choisir et savoir les conserver. Les souris les dévorent et it est nécessaire de les mettre à l'abri de leurs dégâts.

Nous avons donné ici l'histoire sincère du chito, sans exagération ni idée préconçue. Nous engageons tous les amis de l’horticulture à répandre ee fruit. M. Prosper Morren a eu l’extrême obligeance de nous remettre de ses graines afin que nous les propagions parmi les abonnés de notre journal. Nous l'en remercions pour eux. C’est un fait remarquable dans l’histoire de l’horticulture de Belgique que l’ananas et le chito se soient propagés du même lieu de culture et à deux siécles de distance. L’ananas était, en effet, au xvn° siécle ce que le chito est au x1Ix° : une acquisition de premier ordre.

AVIS

Nous continuezons de donner gratuitement à nos abonnés jusqu’à la dernière graine de chito que nous posséderons.

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SUR UN PROCÉDÉ DE FAIRE EN PLEINE TERRE DES BOUTURES DE POMMIERS, POIRIERS, PRUNIERS, ABRICOTIERS, TULIPIERS , ROSIERS,, ETC.

Par M. DeEracroix, Professeur à l'École de Médecine de Besançon.

Ma bouture est plongée entièrement dans la terre , formant un are souterrain dont la convexité, qui regarde le haut, vient effleurer le sol, seulement par sa partie moyenne, en un point qui doit être muni d’un bon œil ou d’un petit rameau entier. De cette manière, la bouture est protégée dans toute son étendue, et le petit bout, au lieu d’être le siége d’une dessication plus ou moins nuisible au succès, devient une voie d’absorption. L’œil, exposé seul à la vie aérienne, en supporte impunément et même avec avantage toutes les excitations.

Quoique mes essais ne datent que des derniers jours de juin, j'ai déjà assez vu pour être convaineu que ce procédé peut être sérieusement utile.

Deux sillons parallèles, distantsde 10 centimètres, ont été pratiqués dans un potager de médiocre valeur, situé sur un plateau calcaire des environs de Besancon. Une centaine de boutures (pommiers, poiriers, pruniers, abricotiers, tulipiers, rosiers, etc.), presque toutes entièrement prises sur des bois de l’année dernière, ont été courbées et enterrées par les bouts de l’un à l’autre sillon. Quelques arrosements ont été faits. Aujourd’hui, 22 juillet, toutes ces boutures, en plein air et au soleil, ont la fraicheur qu'elles avaient au moment de leur plantation. Chez la plupart, la partie aérienne est déjà le siége d’une végétation active, notamment chez les poiriers et les tulipiers dont les bourgeons atteignent une hauteur de 1 à 2 centimètres.

MM. Drouart, Jamin, Gontier, Defresse et Rousillon, rapporteur, ont été nommés par la Société nationale d’Horticulture de la Seine, pour faire un rapport sur cette découverte de M. Delacroix, dont l’importance est incontestable. Ces messieurs font remarquer qu'il ne s’agit pas ici de boutures herbacées, faites à chaud et sous la cloche, comme le demande l’auteur de la Pomone française, mais bien de boutures en pleine terre et à l'air libre. Le rapport conclut seulement à ce que le fait annoncé recoive la sanction de l’expérience.

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