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FLORICULTURE DE SALON.
HISTOIRE, USAGE ET CULTURE DE L'ARISTOLOCHE TRILOBÉE DE LA JAMAIQUE ET LES CONSOLES EN ZINC DORÉ,
Par M. Cu. MoRREN.
On confectionne aujourd’hui en zinc bronzé et au prix de 5 francs, de charmantes consoles propres à recevoir dans une corbeille en fil de fer garnie de mousse, un pot renfermant une ou plusieurs plantes à fleurs d'ornement. Ces consoles se trouvent dans les magasins d'objets horticoles qui commencent à se répandre dans la plupart de nos grandes villes. Nous faisons représenter une de ces consoles pl. 7. Elles sont très-convenables pour orner les salons et surtout pour faire réfléchir l’image des plantes fleuries par les glaces des cheminées à côté desquelles elles produisent un charmant effet. Dans l’embrasure des fenêtres, ces consoles se placent également avec succès surtout pour la bonne venue des plantes. Enfin , elles font bien dans les vestibules, portiques, couloirs, sur les repos des escaliers et dans ces espaces sans nombre où l’œil d’un architecte de gout sait disposer les meubles d'ornement que les fleurs rehaussent de leur éclat et de leur variété.
Nous avons choisi pour indiquer un des effets que produisent ces consoles, une plante des plus remarquables par sa forme, sa légèreté et la teinte de sa fleur, teinte aussi rare dans le règne végétal que la forme de cette corolle est bizarre et extraordinaire. C’est une espèce d’aristoloche, originaire de la Jamaïque où elle croît le long des arbres et garnit leurs branches de ses innombrables divisions. Willdenow la décrivit le premier sous le nom d’aristolochia trilobata, et Lamarck changea inutilement ce nom en celui d’aristolochia trifida. Le premier lui est universellement resté et c’est ainsi qu’on la trouve indiquée sur les catalogues de nos marchands-fleuristes au prix d’un franc la jeune plante. Malgré ce bas prix elle est trop peu répandue. C’est à peine si on la trouve chez quelques eurieux et cependant sa forme extraordinaire devrait la faire propager beaucoup plus.
Les tiges et rameaux sont volubiles, s’enlaçant autour des tuteurs, fils ou corps quelconques placés près du pied. Si les rameaux ne trouvent rien pour circuler autour, ils s’embrassent, se lient et se servent mutuellement de soutien. Quand on cultive l’aristoloche de la Jamaïque pour les vases, sirandoles, corbeilles ou consoles, ce dernier procédé n’est pas le moins gracieux. Les rameaux descendent, les fleurs deviennent nombreuses,
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une à chaque feuille, et la floraison continue durant tout le printemps, l'été et l’automne en appartement, et dès le mois de février la plante est en fleur dans l’orangerie ou la serre tempérée.
Les feuilles sont belles, grandes, de 12 à 15 centimètres de diamètre et de longueur, portées sur de longs pétioles, la lame offre trois lobes et deux sinus arrondis. Le vert en est gai, plutôt allant au jaune qu'au vert franc. Les feuilles sont lisses, luisantes et ne se couvrent jamais ni de pucerons, ni de coceus, si on cultive convenablement cette espèce. |
Mais rien n’égale l’étrangeté de la fleur. Le pédoncule est long et mène insensiblement à l'ovaire qui est sillonné. Le périanthe commence brusquement par une partie renflée en sac terminée au-déssous et en dehors par des cornes disposées en rosace, puis la partie renflée en vessie se replie brusquement en coude et s’évase insensiblement en entonnoir ouvert, mais derrière l’entonnoir le périanthe continue pour présenter un corps qui, éclos et vu de devant, ressemble exactement à un chapeau tricorne dont l’angle de devant s’allonge en un nez ou trompe, huit ou dix fois plus long que la fleur elle-même et finissant quand la fleur est ouverte de quelques jours par se contourner en tire-bouchon. Vous trouvez donc dans cette fleur singulière, une couronne de cornes, une vessie enflée, un entonnoir, un tricorne, un nez ou une trompe et un tire-bouchon : voilà assez de choses sans doute, pour fixer sur elle l'attention des amateurs qui aiment à réunir les merveilles de la nature. D'ailleurs ces formes ont des transitions à mesure que les fleurs grandissent. Quand la fleur est fort petite, en bouton et fermée, on lui trouve une petite figure républicaine avec une bouche très-fendue, un bonnet phrygien dont le bout s’allonge tous les jours pour devenir ce long nez dont nous avons parlé. Dans cet état qu’on voit représenté sur notre planche, la vessie imite le corps et la fleur n’est pas encore coudée. La partie qui se changera en chapeau montre alors une double feuille veinée dont les deux faces inférieures sont fortement pressées l’une contre l’autre. De sorte que sur un seul pied on possède une foule de contours divers, des colorations très-variées et des transitions indéfinies. Quand la fleur est tout-à-fait éclose, l’entonnoir, le chapeau et le nez sont d’un beau brun chocolat, la vessie est d’un vert jaune et sur le tout on distingue des raies et des veines virant vers le brun Marron.
Il y a malheureusement un revers à la médaille dans l’histoire de cette étrange enfant d'Amérique. Quand la fleur est ouverte, elle répand une odeur désagréable qui rappelle les eaux insalubres des marais et des chairs en décomposition. Les mouches carnivores y sont prises et elles viennent déposer leurs œufs dans l’entonnoir où leurs larves ne trouvant rien d'animal, meurent bientôt. Certes cet inconvénient d’une odeur qui n'a rien de parfumé, serait un motif pour ne pas cultiver l’aristoloche de la Jamaïque, mais il faut remarquer que si l’on place près du pot, entre lui et la corbeille de mousse un morceau de chlorure de chaux, l'odeur est dé-
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truite ou absorbée. Voilà un procédé facile pour en paralyser les effets. On peut encore masquer cette émanation odorante, en plaçant sur la console et à côté de l’aristoloche, une plante à odeur très-forte, notamment le mimulus moschatus. Nous avons vu cette dernière plante cultivée dans le même pot que l’aristoloche et servir ainsi, lors de la floraison commune, à pallier le mauvais effet signalé.
On cultive l’aristoloche de la Jamaïque dans une terre formée du mélange par parties égales de terre de bruyère sablonneuse et de terre franche à base d'argile. En y mélant un tiers de terreau de feuilles décomposées, on ne fera qu'ajouter à la facilité de la croissance. Les arrosements doivent être fréquents et assez abondants, le végétal évaporant beaucoup d’eau par ses feuilles nombreuses. Il lui faut une exposition semi-ombragée réalisant les conditions de sa nature native qui est de croître sous les arbres sur lesquels grimpent ses tiges. S'il y a trop de lumière, la plante jaunit, c’est ce qui arrive souvent aux pieds des serres qui sont moins beaux que ceux cultivés en appartement. La multiplication se fait par boutures, sous choches étouffées, en bâche et au mois de mai. Il faut un temps assez long pour que la bouture reprenne. On peut aussi diviser le pied. Quoique le nom d’aristoloche (zprercc, aristos, ce qui est bien, ce qui est digne, ce qui est bon, et Aoux, lochia, enfantement, parturition) signifie production facile, cependant cette espèce comme beaucoup d’autres donne fort rarement des fruits et moins encore de graines. Ce nom avait été donné à une vieille espèce d'Europe connue de la plus haute utilité et à laquelle l’ancienne médecine attribuait des vertus extraordinaires. Aujourd’hui on n'emploie plus que deux ou trois espèces d’aristoloches contre les gouttes invétérées et les fièvres de débilité. Quoiqu’aucune ne soit vénéneuse, cependant il est prudent de n’en user qu'avec connaissance de cause. Les horticulteurs tirent plus de bénéfice du genre des aristoloches que les meilleurs médecins.