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MONOGRAPHIE DES ESPÈCES DE LIPPIA

DE LA SECTION DES ZAPANIA, ACTUELLEMENT CULTIVÉES DANS LES JARDINS ET LES APPARTEMENTS,

Par M. Cr. MoRREN.

En 1757, Linné fonda le genre Lippia, sur deux verbénacées originaires du Nouveau-Monde. L'une, le Lippia americana, provenait de Vera-Cruce, l'autre, le Lippia hemisphærica, haute de dix pieds et odoriférante, croit spontanément dans toute l'Amérique méridionale. Plus tard, Linné joignit à ces espèces le Lippia ovata du Cap de Bonne-Espérance, mais il termina sa revue par ces mots : « genus ulterius inquirendum. »

Ce genre, en effet, était tellement à revoir, que précisément un siécle après, c’est-à-dire en 1857, Le docteur J.-C. Schauer publia dans le Prodrome de De Candolle, la description de toutes les plantes de la famille des verbénacées actuellement connues, et le nombre des Lippia bien déterminées de nos jours, s'élève à quatre-vingt-cinq , auxquels il faut ajouter quatre espèces douteuses, en tout quatre-vingt-neuf. Ces espèces, si nombreuses, sont classées en cinq sections qui passent déjà pour des genres dans plusieurs ouvrages: ces sections sont: 1° Aloysia, 2° Goniostachyuim, 5° Dipterocalyx, 4° Zapania, 5° Rhodolippia.

De ces sections, c’est surtout la quatrième ou les Zapania qui dansla synonymie actuelle, passe le plus généralement comme genre, parce queJussieu ayant fondé ce genre Zapania sur quelques véritables Lippia, Persoon et beaucoup d’autres botanistes avaient adopté cette fondation. Gaertner, de son côté, fit des Zapania de Jussieu, ses Blairia, Rafinesque ses Bertolonia, Chamisso ses Riedelia et Bentham ses Cryptocalyx. On ne devra done nullement s'étonner de voir les jolies plantes de cette section se cultiver et se vendre sous des noms fort différents. Au milieu de ce chaos synonymique, la monographie du docteur Schauer forme autorité et le nom de Lippra est désormais celui qui doit être adopté partout. Il tire son origine non pas d’Auguste Lippi, qui aurait été, d’après Loudon, un naturaliste voyageur français (on l’aurait cru Italien), mais de François-Joseph Lipp, naturaliste de Vienne, contemporain de Linné et auquel on doit un Enchiridium botanicum, publié en cette ville en 1765 et précédant ainsi le célèbre Enchiridium du savant et malheureux Endlicher, dont la mort violente est venue attrister l’histoire de la botanique contemporaine,

Malgré tout notre désir de donner dans chaque livraison de la Belgique Horticole une monographie d’un genre complet, afin de satisfaire au vœu que nous ont exprimé un nombre considérable de nos abonnés, nous ne

pouvons pas cependant entreprendre la description de quatre-vingt-neuf espèces, dont un dixième à peine sont introduites à l’état vivant dans nos jardins. Nous prenons donc le parti de borner cette fois notre monographie aux seules espèces de la section Zapania, prise si souvent comme genre, dans le vrai genre Lippra, espèces introduites actuellement dans les jardins , quoique toutes fort peu répandues. Nous aurons soin d'indiquer les sources où on les trouve.

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LIPPIA. L. ( Verbénacées.)

Car. GÉEN. Calice petit, membraneux . tubuleux, biailé, bicariné ou exanguleux, bifide, lobes plus ou moins évidemment bidentés, souvent bivalve à la fin et adhérent à la capsule ou bien à quatre dents herbacées et subégales, le plus souvent poilu ou velu. Corolle tubuleuse-subinfundibuliforme ; tube ouvert en haut; limbe oblique, plane ou incliné, subbilabié ; lèvre supérieure enlière ou bifide, linférieure trifide. Quatre étamines , insérées sur le tube de la corolle , incluses, didynames. Anthères biloculaires , loges opposées et s’ouvrant par une fente béante. Ovaire biloculaire, loges uniovulées. Style terminal , court, filiforme, sfigmate vers le bout du style latéral , linéaire et décliné. Capsule courte, dicoque, coques se séparant facilement à la maturité ou cohérentes, tantôt recouvertes par les divisions du calice subbivalve, tantôt nues par la destruction de ces divisions ; péricarpe parcheminé ou dur, presque osseux et glabre sur le dos. Corylédons de l'embryon épais, appliqués, sadicule infère courte (Schauer. Prodr. Dec. IT. p. 572).

SYNONYMIES,

Lippia. Linn. yen. n.781.—L. C. Rich. in Michæ. fl. bor.-amer. 2. p. 15. — Kunth in Humb. el B. nov. gen. et sp. 2, p. 262. — Juss. ann. mus.7, p. 70 et 75.— Cham. in Linnœd 7, p. 213. sqq.— Endl. gen. n. 5684. — Meisn. gen. p. 290 et comm. p.199. — Gacrtn. de fruct. 1 , p.266, 1, 96, p. 2. — Jacq. fil. Eclog. 1, 1. 85. — Reichb. hort. bot. , t. 169. — Diprerocatix. Cham in Linn. 7, p. 24 ,t. 7, f.5.— Zaranra Scop. Juss. L. c. p.71 et 75. — Rob. Br. Prodr. nov. holl. 4. p. 514. — BLarriA Javanica et Nodiflora Gaertn. 1. c. p 265,t. 56. — BerroLonrA. Raf. in Desv. Journ. de bot. 4, p. 177 (non ailleurs). — PLatonia. Raf. in New-York med. repos (non ailleurs) — Reibezta Cham. 1. c. p. 241, 1.7, f.0 — Cryprocazyx. Benth. in Hook. Journ. Bot. 2, p. 92. — ALoysia Ortega et Palavia. Mss. ex L’Herit. stirp. F, p.21. Cham. I. c. p. 234.

HISTOIRE BOTANIQUE ET HORTICOLE DU GENRE

Les Lippia sont des herbes ou des arbrisseaux d'Amérique, habitant surtout les broussailles sauvages et arides. Une seule , le Lippia nodiflora s'étend sur les rivages du monde entier situés entre les tropiques. Presque toutes les espèces sont couvertes de glandes sessiles, en pointes, d’où dérive l’arôme qu’elles répandent. Les branches sont tétragones. Les feuilles simples et opposées ou bien verticillées. Les inflorescences sont capitées ou en épi; les fleurs petites ayant chacune une bractée qui parfois devient plus grande que la fleur après la fleuraison. Les corolles sont blanches, jaunes, rouges ou roses, le tube ventru vers l'insertion des étamines. La capsule est petite, subarrondie.

Ce genre se raproche des Lantana qu'il rappelle en tous points. On peut dire que les Lippia sont les Lantana de pleine terre, dans le langage horticole. On trouve dans les espèces des habitus et des ports remarquables, 4 singuliers, et toutes cependant ont un faciès uniforme qui les fait reconnaître de suite.

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Secriox DES ZAPANIA.

Capitules également imbriquées à plusieurs étages, parfois involucrés, rhachis s’allongeant et parfois se ramollissant après l’anthèse terminée. Bractées concaves ou planiuscules recouvrant le calice , n’étant grandes ni avant ni après l’anthèse. Calice en tube court, membraneux, chez plusieurs comprimé et cariné, jamais cependant ailé.

Revue des espèces cultivées.

4. Lippra purpuREA .Jacq. fil. Éclog. 1, p.126, 1.85. Fruticosa, strigoso-hirta , ramis virgatis tetragonis , foliis ovato-oblongis ovatisve in peliolum angustatis, acuminatis impressopenninerviis undulatis grosse argute serratis ulrinque strigosis subtus canescentibus , pedunculis axillaribus singulis filiformibus fo-

lium æquantibus vel excedentibus, capitulis

hemisphæricis elongatis demumque ovoideocylindrieis, bracteis imbricatis lato-ovatisacuminalis hirtis tubo corollæ paullo brevioribus, extimis involucrantibus foliaceis reclinatis. (Schauer.)

4. Lippia pourpre. Jacq. fil. Églog. 1, p.126, pl. 85. Arbrisseau strigueux, rude, rameaux roides , tétragones, feuilles ovales oblongues ou ovales, rétrécies au péliole, acuminées, penninerves , nervures profondes, ondulées, finement etirrégulièrement dentées, strigueuses des deux côlés, blanchâtres au-dessous, pédoncules axillaires , filiformes, égalant les feuilles ou les excédani , capitules hémisphériques, allongés , à la fin ovoïdes cylindriques; braetées imbriquées, largement ovales, acuminées, rudes, un peu plus courtes que le tube de la corolle, des extérieures involucrantes, foliacées , reclinées. (Schauer.)

is ternisve oblongis ulrinque acuminalis

HISTOIRE BOTANIQUE ET HORTICOLE

Ce Lippia vivace croit spontanément dans les endroits secs et arides du Mexique. Vargas, Moritz, E. Otto le signalent aux environs de Venezuela et Caracas. MM. Junghubn, Zollinger et autres l'ont trouvé à Java, où il aura été introduit d'Amérique. Desfontaines paraît l’avoir connu sous le nom de Lantana achyranthifolia. C’est un bel arbrisseau de 5 à 4 pieds de haut, à capitules de fleurs fort nombreuses, de la grosseur d’une cerise. La corolle est d’un pourpre lilacé, la gorge jaunâtre et la capsule est voilée par le calice. On cultive cette plante au jardin botanique de Berlin.

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