‹ La Belgique horticole (volume 5)Chapitre 118 sur 123 · CHAPITRE DÉTACHÉ DU PFLANZENLEBEN DER ERDE, PAR LE D' G. KaBscx · texte numérisé non relu

CHAPITRE DÉTACHÉ DU PFLANZENLEBEN DER ERDE, PAR LE D' G. KaBscx

Traduction analytique par M. CH. FIRKET.

(Suile à la page 352.)

Ces rapports entre la chaleur de l’été et celle de l'hiver expliquent aussi pourquoi, en beaucoup d’endroits de l'Angleterre et de l'Irlande, notamment à l'île de Wight et sur la côte du Devonshire, l'on voit des Myrtes, des Lauriers, les Fychsia coccinea, Camellia japonica, Buddleia globosa (Scrophularinée du Chili), passer librement l'hiver en plein

RÉTETE

air ; on voit des orangers en espalier passer l'hiver, comme à Rome, recouverts seulement de nattes ;.en 1774 on vit fleurir un Agave qui avait vécu 28 années à l'air libre, sans protection. Le jardin de Kew est connu, entre autres merveilles, pour ses magnifiques groupes d’arbres et d’arbustes exotiques, dont l'effet est vraiment incomparable. Lorsque de là on marche vers le Sud, on ne commence à les revoir, dans leurs splendides formes tropicales, que sur les rives et dans les iles du lac de Côme, aux environs de la Villa Carlotta, de la Villa Frizzon, de la Villa Melzi, etc. De grands figuiers entourés de lierre, de puissants Agaves et des Cyprès géants se réunissent en groupes pittoresques, et contrastent agréablement avec l’ Acacia dealbata, aux feuilles finement découpées, les Welaleuca toujours verts, et le Bambusa arundinacea presque arborescent; tandis que les Myrtes, les Lauriers, les Orangers et les Citronniers forment des allées ombreuses où le Prysianthus albens s'élance en grimpant sur les arbres, le Rosa . Banksiana entoure les sombres cyprès centenaires, d'innombrables fleurs versent dans l'air leurs parfums subtils : c'est le Midi avec toutes ses ivresses et son ardent génie. Cette riche végétation se retrouve pour ainsi dire dans les jardins de Kew; là aussi les bosquets sont formés d'arbres toujours verts, Cèdres du Liban, Z'ucalyptus, Deodara, et peut-être d'un gigantesque Araucaria imbricata ayant à côté de lui le Cryptomeria japonica aux larges rameaux pendants (1). Par contre on ne peut avoir de vin en Angleterre, alors que la vigne réussit parfaitement, comme chacun sait, sur les bords du Rhin, où l’on ue pourrait cependant, laisser les Myrtes et les Lauriers à lair libre pendant la mauvaise saison. La raison en est bien simple : l'Angleterre a des hivers assez doux pour que ces plantes méridionales puissent leur résister, mais ses étés ne sont pas assez chauds pour permettre au raisin de mürir ; à Torquay et à Penzance, dans le Devonshire, la température moyenne de l'hiver est de + 5°,4 R. celle du printemps est de 8°,9, celle de l'été de 12°,8, et celle de l'automne de 9°,7. D'ailleurs ce qu’une faible chaleur fait en un temps assez long, une chaleur plus forte Le fait beaucoup plus vite; c'est ce que montre, par exemple, la pousse des jacinthes en hiver, et c'est grâce à cela, en

(1) La culture du figuier en plein air se généralise tous les jours en Angleterre,

et n’est plus considérée que comme une culture un peu difficile. Note du Trad.

partie, que dans la zone subarctique le blé peut être cultivé, d’ailleurs dans des conditions favorables, jusque sous le 65% et même le 70% degré de latitude septentrionale. Jusqu'à 65° lat. et au delà, on cultive en Norwège des pommiers en espaliers, et l’abricot, le raisin et la noix mürissent encore au delà du 60° degré. Groseilles, framboises et fraises à l’arôme le plus délicat, se trouvent jusque sous le 70% degré, et sous la même latitude on cultive encore le seigle, l'orge et la pomme de terre, qui tous se distinguent par leur poids considérable ; le navet réussit jusqu’à l'extrémité du Finmark à une hauteur de trois mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Si maintenant nous comparons avec cela l'état des cultures dans le Nord de l'Allemagne, c'est à dire dans une partie de la Poméranie, dans l’île de Rügen, et dans le Nord-Ouest du Mecklembourg, cette comparaison est tout à l'avantage de la Norwége. Dans les cantons que nous avons cités, la vigne, qu'on cultive cà et là près des maisons, ne müûrit presque jamais; d'arbres fruitiers on n'a que quelques races précoces donnant d'assez piètres produits, et pour ce qui est de voir mürir des abricots il n’y faut pas songer. En Norwége c'est l'intensité de La chaleur dans les longues journées de l'été qui exerce cette action importante.

À Christiania, l'orge, pour mürir, ne réclame que 55 jours en moyenne ; dans la partie méridionale de la Suède il lui faut déjà près de trois mois, dans l'Allemagne centrale 92 jours, et 90 au Caire, environ 100 jours même, dans le Sud-Est de l'Angleterre. A l'ile Melville les plantes doivent en général müûrir en un mois d'été, par une température moyenne de + 6° R. et en Sibérie on trouve parfois une végétation vraiment exubérante, bien qu'en hiver le froid aille jusqu'à —32° R..; au cap Nord, où les froids d'hiver ne sont jamais aussi vifs, se développe cependant une végétation moins riche. C’est pour la même raison que les céréales, qui en général réclament seulement une température de 5°,6 à 6°,8 R., s'élèvent dans les montagnes des tropiques plus haut que les arbres, par exemple jusqu'à 12,800 pieds dans les Andes, tandis que les arbres ne s'élèvent pas au dessus de 10,780 pieds ; chez nous, comme on sait, c’est précisément le contraire qui a lieu. Tous ces faits démontrent aussi que l'intensité de la chaleur de l'été peut jusqu'à un certain point compenser sa durée, et quil faut reconnaître aux plantes en général une certaine faculté d’accommodation, qui leur permet de se prêter à ces conditions extérieures,

en construisant plus rapidement leurs organes : dans le Finmark, par exemple, on a observé que l'orge croît de 2 1/2 pouces en 24 heures, le pois de 3 pouces. Cependant cela semble ne pas suffire à expliquer certains phénomènes : ainsi la plante réclame, comme nous le verrons encore mieux plus tard, tant dans son développement général que dans les diverses périodes de sa végétation, une certaine somme de chaleur qui doit lui étre fournie depuis le commencement de la germination jusqu’à la maturité de son fruit ; elle ne peut se plier qu'à certaines variations dans la quantité journalière de chaleur qui lui est fournie, et cela jusqu'à un certain point.

C'est à cela évidemment qu'il faut attribuer ce fait que l'orge, qui, normalement, réclame pour mürir une température moyenne de 6°,8 pendant trois mois, mürit encore aux îles Féroë (62° lat. N.) grâce à une température estivale moyenne de 9°,7 R. et à Alten en Laponie (70° lat. N.) par une température estivale de 8°; mais par contre, souvent l'orge n'arrive pas à maturité à Iakoutzk en Sibérie, où la température estivale monte à 12°,8 R. Malgré l'intensité de la chaleur, l'été est trop court à Iakoutzk pour fournir à l'orge la somme de chaleur qui lui est nécessaire. La même chose s'observe sur les bords du lac Titicaca, sur le plateau du Pérou méridional ; là mürissent bien l'orge et l’avoine, mais pas le froment ni le seigle. Le fait que l'orge ne s’avance pas aussi loin dans le Nord que le bouleau, et s'élève cependant plus haut que celui-ci dans les Alpes, doit aussi dépendre de cet ordre de causes.

Si l'on se figure reliés par des lignes les points où s’observe la même température estivale, et ceux où s’observe la même température hivernale, on obtient dans le premier cas des isothères et dans le second des isochimènes. Entre les tropiques ces lignes seront à peu près parallèles à l'équateur et coïncideront presque entre elles ; mais à mesure qu'on avancera vers le Nord on les verra décrire des courbes et des sinuosités de plus en plus prononcées, et s'écarter considérablement les unes des autres. En effet, chaque point de la surface du globe émet de la chaleur pendant toute l’année tandis qu'il n’en recoit que pendant le jour, soit la moitié du temps. Partout la terre recoit durant un temps égal les rayons du soleil; à l'équateur, où le jour et la nuit ont toujours la même durée, la terre reçoit

régulièrement autant de chaleur qu’elle en perd par rayonnement, et

par suite sa température moyenne doit rester à peu près la même. Il en estautrement aux pôles : là à une nuit de six mois succède un jour de six mois, et il ne faut pas songer à égaler la chaleur reçue et la perte de chaleur; de là les différences si importantes entre l'été et l'hiver. Déjà à la hauteur des tropiques (23° 28’ lat.), il existe une opposition tranchée entre le jour et la nuit : la différence de hauteur du soleil est déjà, au solstice d'hiver, de 46 degrés, et la durée respective du jour et de la nuit change à l'avenant ; à l'époque où le soleil atteint le point le plus élevé sur l'horizon, au solstice d'été, le jour dure environ 13 h. 1/2, tandis qu'au solstice d’hiver il est seulement de 10 h. 1/2. En dehors des tropiques les différences entre la durée du jour le plus long et celle du jour le plus court deviennent de plus en plus considérable ; en tous les points situés entre l'équateur et le pôle il y à ainsi des conditions intermédiaires qui, selon la latitude, se rapprochent plus de celles de l'équateur ou de celles des pôles. En thèse générale, à mesure qu'on se rappoche des pôles, les hivers deviennent toujours plus longs et plus froids ; il peut cependant exister des étés très chauds malgré l'éloignement de l'équateur, comme nous en avons donné quelques exemples. En effet, à l'époque du solstice d'été, les rayons agissent non seulement avec plus de force, mais encore plus longtemps qu’au solstice d'hiver et c'est là ce qui fait que l'été est très chaud et qu'en hiver la température descend aussi bas : pendant cette dernière saison, en effet, les rayons solaires n’agissent que faiblement, le jour est très court et la nuit, au contraire, pendant laquelle le sol perd par rayonnement la chaleur qu'il a recue, se prolonge très longtemps. Même là où les rayons du soleil tombent déjà tres obliquement, la longueur du jour peut compenser le défaut d'intensité de la chaleur : à St. Pétersbourg, par exemple, la température monte parfois en été à 24° R. à l'ombre et cela n'est pas rare.

Mais même les isothères et les isochimènes ne donnent en aucune facon une idée complète des conditions calorifiques d’un point du

globe : il faut encore, pour arriver à les établir, connaître la moyenne mensuelle de température, les isothermes mensuels, et comme ces moyennes diffèrent souvent d'une manière notable suivant les années, il faut encore connaître les limites entre lesquelles oscille la température moyenne de chaque mois, limites fixées par une suite d’observations aussi longue que possible ; en un mot il faut connaître la variabilité absolue de la température. (La suite au prochain numéro.)

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