APERÇU DE LA FLORE DE L'AMOUR
D'après les Primitiae florae amurensis de M. C. Maximowicz. PAR M: THÉODORE PLUCKER,
Candidat en sciences naturelles.
L'Amour, le Fleuve Noir des Mandchoux, issu de l’union de la Schilka avec l’Argoun, s'étend, avec ses affluents, sur cette immense région de l'Asie orientale comprise entre les monts Stanowoi au nord, l'Océan Pacifique à l'est, les hautes Steppes de la Mongolie et la Transbaïkal'e à l'ouest et au nord-ouest, les Montagnes Blanches (Shan Alin) et le pays des Steppes, Cortschin au sud. Cet espace, dont la superficie, d’après Berghaus, est de 38,000 lieues carrées appartient encore, malgré les nombreuses et récentes explorations dont il a été l’objet, aux contrées les moins connues de l'Asie. Le Pays de l'Amour, si l'on en excepte la contrée de ses sources, a la forme d'un carré presque régulier : le fleuve, venant du nord-ouest, le parcourt diagonalement en décrivant un grand arc à convexité dirigée vers le sud.
Le territoire qu'arrosent la Schilka et l’Argoun se ressent du voisinage du Gobi : c'est un ensemble de vastes plaines ondulées, souvent privées de végétation par une sécheresse implacable. Le sol y est généralement, et, parfois, fortement salé. De temps à autre le voyageur s'enfonce dans des marécages que recouvrent à peine quelques maigres arbustes : parfois encore, son œil fatigué de la monotonie du paysage se repose sur des bouquets de trembles ou de bouleaux que nourrissent les pentes les plus favorisées. Mais bientôt l'aspect de la contrée se modifie : déjà le sommet de l'angle formé par la réunion des deux principales sources de l’Amour nous offre un pays plus accidenté, souvent pittoresque : des collines, des rochers escarpés entre lesquels serpentent de nombreux et bruyants cours d’eau. L'Argoun gonflé par
les nombreux tributaires que lui envoie le dégel des marécages y précipite ses eaux mugissantes génées à tout instant par des îles ver- . doyantes, des bancs de sable ou de gravier, entre des rives couvertes de véritables forêts de bouleaux et de différentes espèces de conifères. L'Amour proprement dit nous présente un cours pittoresque par
endroits, maïs souvent aussi, monotone sur de grands intervalles. La partie supérieure en est très-accidentée : des forêts de bouleaux, l’imposante famille des Conifères escaladent les cimes ardues, s'étalent sur les croupes ou bien s’échelonnent en rangs pressés dans les sombres gorges où bondissent les affluents du grand fleuve. D'autres fois, l'horizon s'étend ; les montagnes deviennent de modestes monticules qui rompent cà et là l’uniformité de plaines immenses souvent marécageuses s'étendant à perte de vue. De vastes archipels, des baies, des canaux, des impasses innombrables désorientent le voyageur qui s’'aventure dans ce labyrinthe. Parfois à ses yeux étonnés apparaît le Tongouse que le hasard de la chasse a mené en ces parages, ou le Monjagir nomade qui vient abreuver ses cavales dans les eaux déjà troubles de ce prince des fleuves.
L'Amour passe ainsi par des alternatives d'élargissement et de rétrécissement : l’un des plus remarquables parmi ces derniers est celui que provoquent les monts de la Burija. Aux roches à parois verticales dun aspect sinistre succèdent de nouvelles prairies, de nouveaux marécages, théâtre des exploits du Goldien pêcheur.
Ce sont foutes ces contrées, de caractères si variés, qui ont été l'objet des découvertes de nombreux et intrépides voyageurs. Qu'il nous soit permis de citer quelques noms : Turezaninow en 1833 visite l'Amour supérieur depuis Ust Strelotschnoi Karaul jusqu'à Albasin, ville fondée sur le fleuve par les Cosaques, ses premiers explorateurs, mais détruite quelques années plus tard par une armée de cent mille Chinois.
L'un des principaux découvreurs de l'Amour, le célèbre Maximowiez dut à un simple hasard « le bonheur si rare de nos jours » (ce sont ses propres expressions) de se vouer à l'exploration d'une contrée encore inconnue sous tous les rapports. En automne 1853 il avait été chargé par la direction du jardin Botanique de St Pétersbourg d'accompagner en qualité de botaniste la frégate Diana dans son voyage autour du monde. Il visita Rio de Janeiro, Valparaiso, Honolulu et atteignit la baie de Castries (côte de Mandchourie) le 11 juillet 1854 au moment même où éclatait la guerre franco-anglo-russe. Forcé d'abandonner la Diana, il consacra dès ce moment ses loisirs à l'étude de la flore de l'Amour et son bel ouvrage: « Primiliae florae amurensis » fut le résultat de plus de deux années de pénibles recherches dirigées prin-
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cipalementsur l'Amour moyen et inférieur. Le docteur L. Von Schrenck, voyageur de l’Académie impériale des sciences à St Pétersbourg, fut son fidèle compagnon dans plus d’une de ces excursions.
On doit à M. Maack de nombreuses et belles découvertes dans la vallée du grand fleuve ainsi que dans celle d'un de ses principaux affluents, l'Ussuri. Qui n’a entendu mentionner : Maackia amwrensis, Phellodendron amurense, Galatella Meyendorfi, Delphinium Maackianum, Deutzia parviflora var. amurensis etc., glorieux trophées de ses voyages. É
Les noms de ces hardis explorateurs se pressent sous notre plume. Ce sont les Weyrich, les Ditmar, les Schmidt, les Atkinson, les Raddé, les Stenbock, tant d'autres qui tous ont fourni quelque brillant fleuron, quelque précieux joyau à ce temple si récent, mais si majestueux déjà que les sciences naturelles ont vu s'élever en leur honneur dans ces lointaines régions.
Et que de difficultés surmontées pour l'édification de ce temple : Obstacles de tout genre opposés par les Chinois, anciens possesseurs de ces territoires et qui voient d'un œil jaloux la Russie étendre ses limites par l'usage judicieux de sa diplomatie et de ses armes redoutables. Obstacles puisés dans la nature du fleuve qui ne se laisse explorer en hiver qu'en traineau, en été qu'au moyen de simples bateaux à rames, mode de procéder fatigant et peu sûr. Obstacles enfin empruntés au climat bien plus rigoureux que la latitude de la Mandchourie (latitude correspondant à nos régions tempérées d'Europe) ne semblerait le faire croire de prime abord. Quelques notes à ce sujet pourront peut-être ne pas sembler tout à fait hors de propos.
Au point de vue de la température générale, partant, de la distribution géographique des espèces, la chaine de montagnes qui, courant parallèlement aux rives de l'Océan Pacifique divise en deux parties très-inégales le Pays de l'Amour, exerce une influence tout à fait prépondérante. C’est ainsi que les lignes isothermes dont le rapport avec les lignes de délimitation botanique est si important, font un brusque et considérable écart vers le sud dès qu’elles l'ont dépassée ; : aussi la flore du littoral a-t-elle un caractère tout différent de celle de É
l’intérieur, pour des latitudes correspondantes. La durée de l’hiver dans la région moyenne et inférieure de l'Amour dépasse de beaucoup la moitié de l’année. On y voit le fleuve se couvrir
de glaces au mois de novembre déjà, et ce n’est que bien avant dans le mois de mai que les vents du nord-ouest en amènent le dégel. L'Amour supérieur jouit d’un climat plus modéré : la neige y tombe en quantité si minime que les chevaux des Monjagirs peuvent passer l'hiver entier dans les pâturages.
La Mandchourie méridionale paraît, au contraire, bien moins favorisée sous ce rapport : la neige y est très-abondante, et, pendant de longs mois, toute transaction se fait en traineau. Les froids de — 30° C. n’y sont point rares et le sol y gèle jusqu'à trois pieds de profondeur. Pas d'automne, pas de printemps, car à ces gelées excessives succèdent sans transition des températures élevées et les pluies d'été ont bientôt converti les chemins en affreux marécages.
Quel pays pourrait-on, sous le rapport climatérique, comparer à la région de l'Amour? À cette question, répond Maximowicz, on ne peut satisfaire d’une manière bien précise. Sans nul doute, des latitudes correspondantes de l'Amérique septentrionale fourniraient des températures estivales analogues, mais il faudrait chercher jusque dans le nord-ouest du Canada et dans le sud de l’Amérique britannique des hivers aussi rigoureux. À ce point de vue, la Russie nest pas sans | présenter beaucoup d’analogies avec la Mandchourie. C’est ainsi qu'à St Pétersbourg le D' Ruprecht est parvenu à faire hiverner en plein air tous les végétaux de l'Amour, même ceux provenant de latitudes plus méridionales.
À ces modestes considérations sous le triple rapport de la géographie, des explorations, du climat, qu’il nous soit permis de faire suivre immédiatemeut une indication de quelques-uns des végétaux les plus caractéristiques de l'Amour. Faisant abstraction des sources du grand fleuve, la flore de l'Amour proprement dit, y compris les affluents(l), s'étend sur vingt-six degrés de longitude entre les 47° et 53° parallèles.
On peut, d'après Maximowicz y distinguer deux grandes régions que séparent les monts de la Burija, la Daurie à l’ouest, la basse Mandchourie à l’est. Ces deux régions, assez bien distinctes, se subdivisent à leur tour en plusieurs autres de transition insensible.
(1) Affluents principaux : Dseja, Burija, Ssungari, Ussuri, Dondon, Shungar, Gorin, Amgung, etc.
lre Région. — Cours supérieur de l’Amour jusqu’à Albasin.
Cette région est principalement remarquable par la prédominance de Conifères (surtout de mélèzes) et d’autres espèces septentrionales. Les premières peuplent généralement les hauteurs : dans la plaine, les bois, clairs-semés d'ordinaire, sont formés de bouleaux, de Peupliers, de Prunus padus (1) et à leur lisière croissent : Alnaster, Pyrus baccata, des Rosiers, des Aulnes et des Saules. Cà et là se rencontrent des groupes de Cornus alba, de Spirea, Rosa cinnamomea et Rosa acicularis aux fruits justement estimés des naturels,
D’après Pallas toutes les montagnes de l'Onon et de la Schilka se parent au printemps sur les pentes méridionales des fleurs du Prunus siberica qui leur communiquent une teinte orangée et, sur les pentes septentrionales, des corolles purpurines du Æhododendrum dauricum.
La même saison voit s'épanouir dans les vallées Primula farinosa et Papaver alpinum, ce dernier surtout dans les lieux découverts. Notons en passant que Prunus siberica et Primula farinosa ne tardent pas à disparaître à mesure qu'on se rapproche du sud.
Les prairies en amont d’Albasin sont généralement rares et maigres et, pour ce dernier motif, appelées Steppes par les Cosaques de l’endroit. En automne, Maximowicz y reconnut plusieurs espèces d’Artémises, la Clematis angustifolia dont les fruits blanchâtres couvrent de grands espaces, des Sanguisorbées, Nepeta lavandulacea, Vicia pallida, Adenophora verticillata, Thalictrum trigynum, Liliwm tenuifolium, Aster tataricus, Polygonum divaricatum, Bupleurum scorzoneraefolium, Paeonia albiflora, Dictamnus, Seutellaria macrantha, ete.
Sur toute l'étendue du cours de l'Amour on rencontre des masses de rochers que revêtent le plus souvent : Xhododendrum dauricum et Glebera. Ici et là : Sorbus aucuparia, Alnus incana, Populus suaveolens, Cratasequs sanguinea. Citons dans la flore herbacée : S'elaginellae, Woodsia ilvensis, Dianthus dentosus, Patrinium rupestris,
(1) Les fruits de cet arbre, desséchés puis pilés avec leurs noyaux, sont pétris avec de l’huile en forme de petits gâteaux aplatis, noir-violet, cassants et, d’un goût à la fois aigrelet et légèrement amer.
Saifraga siberica et bronchialis, Umbilici, Silene repens, Piarmica mongolica, Papaver alpinum ft. albo, ete., etc.
2e Région. — Entre Albasin et l'embouchure de la Dseja.
Après Albasin le pays s’aplatit : il y a moins de Conifères, plus de prairies, plus d'arbres angiospermes. C’est ainsi qu'on voit apparaître les Frênes, les Ormes, les Tilleuls et les Chênes qui rougissent en automne les croupes des collines. Déjà aussi les arbres prennent un diamètre plus considérable. L'élégant Zespedeza bicolor se montre au pied des bouleaux blancs et noirs. Orobus lathyroïdes, Artemisia laciniata, Saussurea elongata, Serratula coronata couvrent le sol. Aconitum tenuifolium, Sedum Fabaria, les Parnassia, Pediculaires et Carex fréquentent les terrains tourbeux. Au bord des eaux croît une belle Gentiane bleue (Gentiana scabra) à côté de Rubia cordifolia et de Lysimachia brachystachys.
3e Région. — De la Dseja à la Burija.
La Steppe a fait place à la prairie : à perte de vue s'étendent d'immenses espaces couverts de graminées gigantesques dont c'est ici le mobile royaume. Quel aspect changeant, que de teintes variées! Ici une coloration rougeâtre et soyeuse due à la belle Zmperata saccharifiora. Là, Vicia pallida et Pseudorobus qui sillonnent le sol dans toutes les directions, teignent en bleu de vastes pâturages. Les blanches fleurs du Polygonum divaricatum tranchent parfois sur le vert uniforme d'herbes à larges feuilles souvent veinées de blanc ou de rouge. Qu'un souffle de vent se fasse sentir, et l’on verra s'entrelacer familièrement les chaumes élancés des Imperata, des Spodiopogon qui, avec Panicum mandshuricum composent le fond de cette végétation. Pénètre-t-on dans ces flots agités, on découvrira parfois les magnifiques inflorescences rouge clair de l’Aster tataricus, des touffes de Rosa cinnamomea, de Galatella dahurica, de Biotia discolor mêlés à Veronica sibirica, Gentiana triflora, Paeonia albiflora, Eupatorium Kirilowiü, etc.
Sur les terrains sablonneux on peut rencontrer des Peupliers, des Maackia amurensis souvent accompagnés d'Ormes, de Trembles au pied desquels croissent Smilacina bifolia, Sophora flavescens, ete.
e L L2 LA : LU « L ! ve Les bois, toujours peu considérables qu'on aperçoit à de rares — J P q per
intervalles, outre les chênes et autres arbres précités nous offrent parfois des pieds de Vigne sauvage chargés en automne de belles. grappes bleuâtres, des Artémises au feuillage finement découpé et
surtout, comme plante caractéristique, la Clematis mandshurica
avec ses innombrables fleurs blanches. :
Les Saules des terrains humides voient croître le long de leurs troncs les tiges de la Rubia au feuillage vert foncé qui fait ressortir ses nombreuses baies noires et luisantes entre lesquelles brille parfois
l'une ou l’autre des belles grappes rouges du Solanum persicum.
4e Région. — Comprise entre l’embouchure de la Burija et de l’Ussuri.
Ici, comme précédemment, on remarque la prédominance des graminées. Les plantes herbacées prennent un développement plus complet, mais, par contre, le nombre d'espèces a diminué. La prairie est parsemée d'arbres isolés et vigoureux, le plus souvent des Chênes, des Tilleuls, des Ormes, des Poiriers, etc. | é
Les forêts clairsemées de la rive droite présentent au mois d'août un aspect remarquable. Sous l'ombrage des Ormes, Tilleuls, Érables, Maackia, à côté d’un magnifique tapis de pourpre que forment les corolles du Zespedeza bicolor (un des plus beaux arbustes d'ornement), s'étalent l’azur des Vicia, le blanc des grandes ombelles de la Biotia et le rouge brun des capitules des Sanguiscrba.
Sur les rochers se montre la belle Selaginella pulvinata. On voit apparaître la Woodsia subcordata aux feuilles larges et d'un vert gai. Aux buissons et aux rocailles se suspend en riches festons la Clematis acthusaefolia aux fleurs d’un jaune pâle au-dessus de l’aventureux Chrybocalyx perfoliatus.
Les bords du fleuve sont le théâtre où les Saules déploient les res-
sources de leur vigoureux tempérament. Tantôt ils se penchent en.
désordre, entrelacant leurs têtes échevelées au-dessus de l'eau qui ronge impitoyablement le terrain où plongent leurs racines ; tantôt ils entrecroisent leurs rameaux de façon à jeter sur le sable une ombre
épaisse qu'on chercherait vainement ailleurs. C’est là qu'on trouve des
colonies d'Artemisia vulgaris de six pieds de haut, des fourrés de 4
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Mulgedium, d’Aster talaricus et de Lespedeza juncea. Plus vers l'eau, en dehors de l'ombre des saules, on peut admirer les feuilles délicates de l'élégante Artemisia scoparia.
Mais c'est dans les îles surtout que le genre Salix fait son séjour de prédilection. On l'y voit former parfois des groupes isolés ou bien d'impénétrables massifs dont les individus atteignent jusque vingt pieds de hauteur ou enfin constituer à l’état d'arbres tout à fait respectables des forêts en miniatures. Il est un adversaire qui lutte avec avantage contre les prétentions envahissantes des Saules, c'est le Spiraea salicifolia dont les buissons de quatre à six pieds de hauteur étouffenttoute autre végétation, mais cette exception faite, c'est à peine si ces dominateurs égoïstes daignent admettre dans leur royaume quelques pieds de Cornus, Pyrus baccata, Prunus padus, Acer tataricum. Est-il quelque endroit découvert que n'obstruent pas les troncs des arbres morts ou que ne régissent pas en maîtres les nouveaux jets de leurs successeurs on verra s’y établir au plus vite : Polygonum hydropiper et nodosum, Chenopodium album, Mühringia, Stellaria longifolia.
Souvent il arrive que les îles renferment à l’intérieur de véritables lagunes : c'est là que se réfugient les végétaux aquatiques que le courant trop rapide du fleuve bannit de son sein : Salvinia, Nymphea et Trapa en abondance. Qu'on nous pardonne ces détails un peu étendus sur la flore des iles, mais comme elle demeure à peu près invariable, telle que nous l'avons esquissée, depuis l'embouchure de la Ssunngari jusqu'à la mer, c'est une des rencontres que le voyageur fait le plus souvent sur sa route. Chose singulière, en amont de la Ssunngari les iles ne présentent plus que fort peu de Saules : ce sont les arbres de haute futaie qui l’emportent.
5me Région. — De l’Ussuri à la Gorin.
La prairie s'étend encore très-loin sur la rive gauche, mais toujours plus pauvre en espèces, de facon à ne présenter bientôt plus qu'un genre unique universellement usité pour toitures, le genre Calamagrostis (spécialement C. purpurea).
La rive droite, au contraire, nous présente la forêt de l'Amour inférieur avec ses particularités les plus saillantes. Grâce aux nombreux accidents de terrain et, par suite, aux conditions variables d'exposition, on voit réunies sur un petit espace quantité d'espèces
forestières communes aux deux grandes régions de l'Amour. Après …
avoir traversé des champs d'Artémises, d'Urtica diæca de six pieds, de Chanvre (principalement aux alentours des villages d'indigènes)
qu'enlacent les tiges volubiles du ÆMumulus japonicus, on pénètre
sous l'ombrage épais que forment Maackia amurensis, Acer Mono et tegmentosum, Salix caprea, Rhamnus, Populus tremula, Corylus mandshurica, mêlés aux deux espèces de Tilleuls et d'Ormes de l'Amour. Ulmus campestris se fait surtout remarquer par sa prodigieuse grosseur. Citons dans la flore herbacée : Caulophyllum, Pilea, Actinospora, Solidago, Actaea, Paris, Chelidonium, Cacalia hastata, de nombreuses Fougères de quatre pieds de hauteur, entre autres, profusion de belles Osmondées. C’est là qu'on trouve aussi Aconitum volubile ou, plus rarement, la magnifique Glossocomia avec ses grandes cloches singulièrement colorées. Au commencement de l'été les fleurs jaune pâle du Zonicera chrysantha enbaument la forêt, Syringa, Corydalis, Anemone, Violae, la parent de leurs charmantes inflorescences et Hylomecon fait éclore partout ses pétales jaunes d'or.
Monte-t-on quelque peu, et l’on pénètrera dans le sombre domaine des Conifères (Pinus Pichta, Mandshurica; Abies ajanensis, Larix etc.); les Glossocomia et autres espèces méridionales font place à Berberis amurensis, Spiraea digitala, Circaea lutetiana, Lactuca triangulata, la délicate Cacalia auriculata, Asparagus Sieboldi etc.
Mais nous voici profondément enfoncés dans cet océan des forêts. . Toute trace de sentier a disparu.Tantôt il faut escalader à grand’ peine de gigantesques troncs d'arbres à demi pourris, dont l'ouragan depuis de longues années a jonché le sol, tantôt d'impétueux torrents dont les bords escarpés laissent flotter dans l'écume les longs et flexibles rameaux du Seulellaria dependens, nous barrent le passage. Des arbres qui, à l'ouest de la Burija n'atteignaient qu'environ quarante pieds, M dépassent ici soixante-dix pieds de hauteur. Leur cime est devenue pointue de large qu'elle était, leur taille est plus élancée, leur feuillage à plus serré. Et ces modifications portent même sur les plantes herbacées les plus communes : PBiotia, Ligularia, Aster lataricus ete. ont vu leurs tiges s'allonger, leurs feuilles s’élargir, leurs inflorescences
devenir comparativement moindres. Revient-on maintenant vers le fleuve en remontant vers le Nord,
on trouvera des espaces couverts de Trembles, de Bouleaux blanes et noirs(l), d’Aulnes, qu'accompagne une espèce rare, le Betula costata. À la lisière de la forêt l'œil s'arrête parfois avec étonnement sur la cime palmée et les blanches inflorescences du Dimorphanthus, une forme méridionale égarée au milieu de ces rustiques espèces.
Les clairières sont rares dans les bois : quand il y en a, ce sont principalement des marécages. Une telle rencontre est une bonne fortune pour le naturaliste, car elle lui permet de contempler réunies et dans toute leur majesté beaucoup d'espèces que l'épaisseur du fourré, le manque de lumière ne lui avaient permis d'envisager qu’incomplètement. Ce qui rehausse singulièrement ce paysage, ce sont les jeunes noyers dont les troncs avec leurs feuilles de quatre pieds de longueur, peuvent déjà produire des fruits en abondance, quoique leur épaisseur ne dépasse pas quelques centimètres.
Les prairies sont tout aussi rares que les clairières et on n’en
découvre ordinairement qu'aux endroits périodiquement inondés par
le fleuve.
Gmce ef me Régions.
Nous ne dirons que peu de mots des sixième et septième régions, leur caractéristique développée devant nous forcer à des répétitions inutiles. Aux espèces forestières précitées viennent s’adjoindre PBetula Ermani, Sorbus sambucifolia, Lonicera coerulea etc.; Betula alba, Populus tremula, Acer spicatum occupent une place plus notable dans la flore et Les forêts de conifères qui deviennent plus nombreuses nous offrent une transition à la dernière région, celle du littoral.
La flore printanière des rochers mérite d'être notée pour son élégance : sur un blanc tapis de Spirées (citons surtout Spirea sericea) tranchent fort agréablement les rouges corolles du Æhododendrum
(1) De quelle utilité n’est pas pour les naturels de l'Amour la possession du Bouleau blanc, non pas tant pour son bois (qui leur sert cependant à façonner maint ustensile, voire même des traîneaux), que pour son inestimable écorce. Découpée en larges bandes au printemps, puis soumise à l’action prolongée de la vapeur, elle les protège parfaitement contre les intempéries, leur ménage un chaud abri en hiver, leur tient lieu de couvertures en toute occasion. Elle sert aussi, entre leurs mains habiles, à fabriquer des seaux élégants, des tasses, des plats etc.