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CULTURE DU CHAMPIGNON DE COUCHE

PAR M. A. Dupuis.

Le rôle important que jouent les Champignons dans Talimentation publique deviendrait bien plus considérable encore si Ton pouvait soumettre ces cryptogames à une culture réglée qui permettrait de les produire à volonté. Malheureusement, l'organisation toute exceptionnelle des Champignons, l'extrême délicatesse de leurs organes reproducteurs, les notions insuffisantes que l'on possède à ce sujet, font que pour la plupart des espèces on est forcé de s'en tenir à la production naturelle, et qu'un bien petit nombre a pu être propagé par des mojens ariificiels.

Dans cette dernière catégorie, on remarque surtout l'agaric comestible, plus connu sous le nom vulgaire de Champignon de eouehe. Cette espèce se reconnaît facilement aux caractères suivants : pédicule blanc, glabre, cylindrique, plein, épais, ordinairement aminci à la base ; anneau à bords déchiquetés ; chapeau d'abord sphériqoe, puis convexe, ordinairement blanc, quelquefois jaune paille ou d'an brun plus ou moins foncé, à épiderme se séparant facUement ; lames inégales, n'adhérant pas au pédicule, d'abord blanches, puis successivement rosées et brunâtres, et enfin noirâtres; recouvertes, dans leur jeune âge, par une membrane complète. Ce Champignon a une

chair blanche et ferme, une savear franche et une odeur agréable, indices de ses bonnes qualités.

Un examen superficiel peut faire confondre cette excellente espèce avec Tamanite vénéneuse, et cette fâcheuse méprise occasionne la majeure partie des empoisonnements par les Champignons. Avec un peu d^attention, on reconnaîtra Tcspèce dangereuse à son chapeau qui se pèle difficilement, à ses lames toujours blanches, à son pédoncule renflé en bulbe à la base et entouré d'une bourse ou volva, enfin à son odeur et à sa saveur désagréables.

Le Champignon de couche croit dans les champs et les lieux décou* Terts. On le cultive aujourd'hui en grand dans de nombreuses loca* lités. Cette culture a lieu sur des couches de fumier, qu'on établit, soit en plein air, soit dans les caves, les carrières ou autres stations souterraines. Nous nous occuperons surtout de ce dernier mode, le plus simple et le plus important.

Cette culture se fait, à Paris et dans les localités environnantes, sar une très-grande étendue, dans la plupart des carrières abandonnées ; elle permet d'obtenir des Champignons dans toutes les saisons.

Le premier soin de celui qui veut se livrer à cette culture doit être de se procurer une quantité suffisante de bon fumier. On estime par dessus tout le fumier d'âne, puis celui de mulet; le fumier de cheval ne vient qu'en troisième ligne : c'est pourtant celui que Ton Mnploie à peu près exclusivement, vu la rareté des deux autres.

Ici même il j a un choix à faire; le meilleur fumier est celui qui, par un long séjour sous les animaux, contient plus de crottins et d'urine et, par conséquent, de matières azotées ou ammoniacales.

Pour ce motif, on estime peu le fumier produit par les chevaux de luxe, dont la litière est fréquemment renouvelée, et qui a le défaut d'être peu riche, trop pailleux et pas assez assoupli par le piétinement. On a remarqué néanmoins que, toutes choses égales d'ailleurs, les chevaux tenus constamment au sec et consommant beaucoup d'avoine donnent un meilleur engrais que ceux qui se nourrissent en grande partie d'herbe fraîche.

Mais ce que l'on préfère, c'est le fumier que donnent les chevaux de trait ou de labour, en un mot tous ceux qui sont soumis à un travail pénible et conservent assez longtemps la même litière. Ces conditions, la première surtout, se trouvent au plus haut degré à

Paris, qu*uii vieux diction appelle avec raison Xw,fer i$$ cktwûM».

Le fumier trop nouveau ne remplirait qulmparfaîtement Tobjet auquel on le destine; il a besoin de subir une certaine pr^aratîon. On choisit pour cela an terrain sain et bien uni, à 1 abri des incursions de la volaille. On y met le fumier en tas, après Tavoir débarrassé des pailles trop longues, et Ton active la fermentation en le retournant et Tarrosant à diverses reprises, surtout en été et dans les temps chauds et secs.

Pour que Topération soit bien conduite, on forme un premier lit de fumier de 0'°10 à 0-°l5 d'épaisseur; on Tarrose, et on le piétine aussi également que possible; puis on étend un second lit, qtt*on traite de même, et Ton continue ainsi, par lits successifs, jusqaà ce que le tas ait atteint la hauteur totale de l'"25 environ.

AJors on achève de bien fouler et piétiner le tas, de manière quil soit uni comme un toisé de moellons.

Au bout de huit à dix jours, le fumier a pris à Tiniérieur une couleur blanche qui se manifeste même à la surface. On reconnaît à ce signe qu*il a fermenté; alors on détruit le tas pour le remanier et le reconstruire sur le même terrain; cette fois, on a soin de mettre en dedans ce qui était au dehors, et réciproquement Aq bout de huit à dix autres jours, on le remanie et on 1^ refait enoort de la même manière.

Après ces diverses manipulations, si elles ont été bien faites, le fumier a acquis les qualités nécessaires; il doit être court, bien lié, moelleux, onctueux et présenter une teinte d'un noir brupàtre; il n'a plus ou presque plus Todeur de fumier; pressé dans la main, il ne rend point d*eau, mais j laisse une grasse et douce onctuosité. Trop sec ou humide, il serait impropre à ia confection des couchei; dans le premier cas, on pourrait le remanier et Farroser pour ramener au degré voulu ; mais, dans le second, il faudrait absolument le rejeter, à moins qu*on ne pût le mélanger intimement et dans des proportions convenables avec du fumier qui présenterait les défauts contraires.

Pour établir les couches ou meules, on choisit un sol qui ne soit pas trop humide; on le nivelle bien, s'il est besoin, et on le piétina ponr lui donner plus de consistance. On évitera autant que possible les endroits pavés ; si pourtant on est forcé de les utiliser, on com-

menée par y établir une couche de terre ou de plâtre d^une longueur égale à celle des couches à établir, sur un mètre environ de largeur et 0^25 à 0"90 d'épaisseur; on la tasse fortement pour en rendre Taoeès impossible aux rongeurs (rats, mulots, souris), qui sont des ennemis trës*incom modes.

Il B*agit maintenant de monter la meule. On étend pour cela le fumier par lits successifs, et Ton a soin de le battre et de le peigner, e^eat-à-dire de le ratisser légèrement avec la fourche ou même à la main, pour le nettoyer et en retirer les pailles. La couche a une longueur arbitraire, une largeur d^environ 0*^60 à la base sur une hauteur égale; elle se rétrécit peu à peu, de manière à se terminer «n dos d'âne et à présenter an sommet une largeur de O'^IO à 0'"20.

Pour mettre la meule en activité, 11 faut une provision de blanc de Champignon de bonne qualité et en quantité suffisante. On sait que le èiane est ce qu'on nomme en botanique le mycélium, en d'autres termes la partie souterraine du Champignon ; on peut le comparer, quant au rôle qu*il joue, au rhizome des plantes vivaces. 11 consiste en filaments blanchâtres d'une extrême ténuité, qui s'étendent dans toae les sens, se ramifient et s'anastomosent ou se croisent indéfiniment. Il se produit dans les sols assez riches et surtout dans les limiers abandonnés à eux-mêmes, partout où les vents ou d'autres causes ont disséminé les spores ou corps reproducteurs du Champignon. Ce hlane naturel est excellent, mais trop peu abondant pour «offlre aux besoins de la culture.

Il en est de même de celui qu'on trouve en défaisant les couches à melons et autres. Il faut donc, pour n'être pas pris au dépourvu, s'assurer une production artificielle et suffisante de blanc. Pour cela, le meilleur mojen consiste en ceci : on creuse une tranchée de 0"^ de largeur et de profondeur; on la remplit de fumier bien jHréparé, à la partie inférieure duquel on met de petits morceaux de blanc, espacés de 0"'33; on foule le tas, puis on le recouvre de terre. Vingt à trente jours après, le m jcelium s'est répandu dans tont le fumier» qui n'est plus qu'une masse de blanc; on le découpe en morceaax, que l'on conserve pour le besoin.

Le blanc obtenu par l'un des moyens dont nous venons de parler s^appelle liane vierge, et l'on donne aussi ce nom à celui qui provient de couches n'ajant pas encore rapporté. On le reconnaît à ce que le

^ 210 — fumier est plutôt sec et bien plus rempli de filaments blanchâtres. Placé à rombre, dans un lieu sec, à la cave, même au grenier, il peut se conserver très-longtemps ; on a employé avec succès du blanc conservé depuis dix ans ; il est donc facile d'en avoir toujours à sa disposition. Le blanc vierge est incontestablement le meUleur; a défaut, on peut prendre du blanc dans une bonne couche en activité, mais n'ayant, autant que possible, rapporté qu'une fois.

Quand la meule est bien montée et a jeté son premier feu, qu elle présente une chaleur d'environ 30 degrés centigrades, on procède au lardage. Pour cela, on ouvre avec la main, sur une ligner horizontale tracée à O'-IO de la base, une série de trous espacés entre eux de O-'SO à 0™35, larges et profonds de O-Oô et dirigés obliquement de haut en bas. A O'-IS au-dessus de cette première ligne, on en ouvre une seconde dont les trous alternent en quinconce avec ceux de la première. Au préalable, on a divisé le blanc en petits morceaux de O^OS environ, qu'on appelle mises ou galettes. On place un de ces petits morceaux dans chaque trou, on Tenfonce légèrement, on le recouvre, et l'on serre avec le dos de la main.

Au bout d'une huitaine de jours, on visite la meule ; si l'on voit des filaments blancs s'étendre sur le fumier, c'est une preuve que le blanc a pris. Dans le cas contrairej on réitère l'opération là où em a manqué, à moins que la couche ne soit trop chaude, auquel cas il faudrait attendre.

Quelques jours plus tard, le blanc ayant bien pris et étant arrivé jusqu'au sommet de la meule, on s'occupe du gohetags ou go'j^^'^ on la recouvre d'une couche de terre d'environ 0"H)3 d'épaisseur; cette terre doit être légère, meuble, très-fine, passée à la claie. Les champignonnistes de Paris utilisent ordinairement i)our cela le tuf pulvérisé qu'ils trouvent dans les galeries abandonnées. M. Hankin conseille d'employer du charbon brisé très-menu. Il n'est pas indispensable que la substance qu'on emploie soit fertile par elle-même, car la zone végétative se trouve au-dessous ; toutefois si elle l'était, ce ne serait pas un mal, au contraire, l'eau des arrosements entraînant plus bas les parties fertilisantes. Aussi recommande-t-on une terre bien salpétrée. comme le sont en général les plâtras provenant de décombres ou de démolitions.

L'essentiel est que cette terre soit bien sèche, afin de ne pas aog-

menter la dose d'humidité, et même, au besoin, d'en neutraliser Texcès.

Le gopkt/g$ est immédiatement suivi du talocfuige, qui consiste à battre avec le dos de la pelle la couche goptée.

Il ne reste plus qu*à donner de temps en temps quelques arrosages très-modérés, ou plutôt de simples bassinages, car une humidité trop grande détruirait les Champignons naissants. Ils ont lieu surtout en été, et on les fait à Taide de Tarrosoir à pomme. On recommande d*iitiliser pour ces bassinages les eaux qui ont servi à laver les Champignons récoltés ; elles renferment toujours quelque peu de matières organiques, et surtout un certain nombre de spores, qui contribuent à entretenir la fécondité des couches.

Une meule bien établie ne tarde pas à produire et peut fournir des récoltes abondantes. Les Champignons poussant très- vite, on peut la visiter tous les trois ou quatre jours; il faut les cueillir jeunes, tant que le chapeau conserve sa forme globuleuse et avant qu'il se soit étalé ; si Ton récoltait des sujets trop avancés, pour peu qu'il s'écoulât de temps jusqu'à la vente et à l'emploi culinaire, le Champignon aurait perdu en tout ou en partie les qualités qui le font rechercher. Lorsqu'on fait la récolte, on doit avoir soin de tordre légèrement le pied ou pédicule avant de l'arracher, de manière à laisser le mycélium intact. Il est bon aussi de laisser, de temps à autre, sécher sur pied quelques individus arrivés à leur parfaite maturité, pour que leurs spores, en se répandant, produisent de nouveau blanc.

La production d'une bonne meule dure quatre à cinq mois ; on peut donc, en échelonnant la formation des couches, obtenir des résultats successifs pendant tout le cours de l'année. Il est à peine besoin de rappeler que nous nous occupons ici uniquement de la culture dans les carrières souterraines et autres milieux analogues, où les variations de la température sont à peu près insensibles. 11 n'est donc pas étonnant que là où l'on trouve des conditions aussi favorables, la production des Champignons atteigne un chiffre énorme.

D'un autre côté, la culture en grand, surtout quand elle est établie et qu'elle fonctionne depuis un certain temps, est beaucoup plus économique, et c'est ce qui explique comment les producteurs de la capitale et des environs peuvent livrer des Champignons à des prix très-peu élevés.

Pour donner une idée de l*importance des caltnres parisiennes, il suffira de citer ce fait : un cultivateur possède à lui seul des couches qui, mises bout à bout, occuperaient une longueur de 5 kilomètres; leur production s^est élevée, nous assure-t-on, à certaines époques, jusqu^à 1,000 kilogrammes par jour. A Mérj-sur-Oise,d*après M.Courtoi8->Gérard, les couches à Champignons forment une longueur totale de 45 kilomètres, et la production journalière s élève en moyenne à 2,000. kilogrammes.

Aussi cette denrée est-^lle devenue à Paris Tobjet d*un commerce très-important; la vente au détail, qui se faisait autrefois par manir veaux ou petits paniers, se faii aujourd'hui au poids. Le prix de vente est, en ce moment, de fr. 1,25 à fr. 1,50 le kilogramme.

La production dépassant de beaucoup les besoins des consommateurs parisiens, il se fait une exportation considérable de Champignons, Bon-seulement pour la province, mais encore pour les pajs étrangers, notamment TAngleterre et même la Russie. Dans ce dernier cas, le» Champignons sont expédiés en conserve, par le procédé Appert, et cette préparation ne leur fait rien perdre de leur >'aleur culinaire. Cette industrie annexe occupe, dans Paris même, un assez grand nombre de bras.

On a pu réaliser dans une certaine limite les conditions de la culture parisienne, en établissant des couches dans les caves, les écuries, etc. On peut aussi les monter en plein air, par les mêmes procédés que nous avons décrits, mais avec quelques précautions supplémentaires imposées par les circonstances.

Ici la récolte ne peut durer toute Tannée; les variations de température sont trop grandes, et en été les chaleurs et les orages font souvent avorter le blanc. C*est ordinairement en septembre que Ton commence à monter les meules, et Ton continue jusqu'en décembre; la production durant rarement plus de trois mois, la récolte se trouve terminée en mai.

On choisira autant que possible un endroit abrité des grandes pluies, exposé au nord et ombragé par de grands arbres; si cette dernière condition n'existe pas, on peut j suppléer par un abri artiiciel de planches ou de branchages. On évitera toujours avec soin rexcès d'humidité.

La couche est montée et conduite comme nous l'avons dit : il a^

teste plus qu*à la couvrir d'une chemise comme on dit dans la pratique.

La chemise consiste ordinairement en une couche de litière ou de fumier non consommé, que Ton étend sur la meule, et dont l'épaisseur Tarie, suivant la température, de 0"*05 à 0™10. On peut utiliser poar cet objet la mousse qui croit dans les forêts ; mais on ne doit employer la paille que si Ton ne peut faire autrement. Lorsqu'on a besoin^ de déplacer cette couverture, pour les opérations de culture ou poar la récolte, on doit ne le faire que partiellement et la replacer aussitôt après.

Les couches à Tair libre donnent des produits moins abondants, mais plus savoureux ; aussi cette méthode, moins avantageuse pour la spéculation, se recommande-t-elle plus spécialement aux amateurs.

{Journal d'açr. pratique)

BULLETIN DE NOUVELLES ET DE LA BIBLIOGRAPHIE

ffdiiTelles de l'Expoâtioii de Florence. — Le Gardeners Chronicle

nous apporte, le 23 Mai, le récit détaillé des floralies florentines : nous en extrayons les renseignements les plus intéressants.

Les opérations du jurj ont été fort lentes : néanmoins on savait déjà que MM. Veitch avaient le 1"^ prix des Nepenthes ; M. Linden les premiers prix pour les Dracaenas nouveaux, les Aroïdées, le Zafnia Rœzlii et pour les Palmiers.

Le prince Demidoff a été le lion de Texposition : toutes ses colleo>^ tions, fort nombreuses, étaient splendides et intéressantes.

M. Linden a fourni tout un bosquet de Palmiers rares ou nouveaux, parmi lesquels on a remarqué : Cocos éleçamiissima, de TAmatone ; WàUichia myerostigma ; Olaziova insiçnis remarquable par une bande de poils laineux de chaque côté de la nervure médiane à la face supérieure ; ffêonoma gracUis ; Hyospathe ehiriçnensis, Pritchariia Qauiichaudii et Phœnix rupicola.

Dans le contingent de M. A. Van Geert, M. Wendland a beaucoup remarqué un Areca Dicksoni, de Coromandel.

M. Alexis Dallière est de tous les exposants étrangers celui qui a pris la plus grande place à Fexposition où ses collections ont été fort admirées.

n en est de même des Conifères nains du Japon envoyés par M. Stelzner de Gand, et des Agaves de M. Jean Verschaffelt.

M. E. Deiche Valérie est venu du Caire avec une collection de produits égyptiens.

Le grand jury, réunion des présidents de section, a réparti les prix d'honneur entre le prince Demidoff, MM. Linden, Dallière, Corsi- Salviati et la Direction du jardin botanique de Florence.

Le D** Hooker a été acclamé président du Congrès, lequel a réuni environ 200 botanistes.

Les contingents les plus remarqués ont été les Crotons du Prince DemidofT, les végétaux de serre chaude du marquis Torrigiani et da marquis Corsi-Salviati, les Agaves et les Bambous de M. le chevalier Fenzi, les collections de MM. Linden et Dallière et les plantes nouvelles de M. Veitch.

Une maladie du professeur Parlatore a empêché cet illustre savant de prendre part aux séances du Congrès et du jury.

M. le D»- Moore, de Glasnevin, a exposé un hybride (X SI- Moonij de San^acefiia fiava et Drummonàii : il a rencontré, dans les galeries de Texposition, son frère M. Charles Moore, arrivant de Sydney.

Ch. Gilbert. Les/mUs belges, abrégé historique de la pomologie

belge, br. in-8^ Brux. 1864. Ce mémoire, couronné en 1873, par

la Société royale Linnéenne de Bruxelles, vient de paraître dans le

Bulletin de cette Société ; il nous a paru remarquable, fort bien fait

et digne d'attention : c'est un travail sérieux et plein d'érudition : il

ne s'occupe pas seulement des poires mais aussi des autres fruits.

Nous devons cependant exprimer notre étonnement de ce que les

fruits de M. Brahy-Eckenholm. amateur à Herstal près Liège, par

exemple la Pèche Souvenir de Java, ne figurent pas dans l'ouvrage de

M. Gilbert, non plus que tous les fruits décrits et figurés par Charles

Morren dans les Annales de Gand et dans les premiers volumes de la

Belgique horticole.

Th. Eumpler. Deutscher Garten^J^alender 1874. 1 vol. in-16% Berlin, chez Wiegand, etc. — Cet almanach horticole est publié par Je secrétaire de la Société d'Erfurt: il contient quelques bons articles, par exemple sur les maladies des arbres fruitiers par M. Paul Somer.

Il donne aussi une liste des Sociétés d*horticultare de TAUemagne qui peut être utile à consulter. Il est accompagné d un agenda de poche.

Laboratoire de microscopie végétale. — M. Lejeune, directeur de rinstitut de Gembloux, recommande dans son rapport triennal, à la sollicitude de M. le Ministre de l'Intérieur, pour renseignement agricole, la création à Tlnstitut d'un laboratoire de microscopie. Il fait fort bien ressortir, dans les lignes suivantes, Tuiilité qu'il j a aujourd'hui à connaître le microscope, ses usages et son emploi.

< Aucun établissement d'instruction en Belgique, dit M. Lejeune, n*a encore introduit dans sou enseignement les observations microscopiques, tandis que, dans d'autres Etats, les facultés de sciences possèdent de ces laboratoires que nous avons même rencontrés dans la section agricole de l'université de Halle, dirigée par le savant professeur D** Julius Klihn. Personne n'émet le moindre doute sur l'utilité d'introduire dans l'enseignement les analyses chimiques et d'exercer les jeunes gens dans cette partie si importante de la science ; les écoles d'agriculture particulièrement sont entrées largement dnns cette voie, à cause de la transformation qui s'est opérée récemment dans les études agricoles, qui deviennent de plus en plus expérimentales; la nourriture du bétail et des plantes, l'étude des aliments et des engrais, les questions si nombreuses qui sont posées chaque jour par les industries du sucre, de la bière, du vin, des alcools, du vinaigre, de l'amidon, de la panification, des farines, de la soie, du lin, du tabac, etc., etc., les maladies des plantes et du bétail et quantité de faits qui ont trait à la physiologie et à l'hjgiène, exercent journellement la sagacité des chimistes dans beaucoup d'écoles et de stations agronomiques, pour éclairer le producteur et le consommateur sur des points qui les intéressent au plus haut degré. On doit reconnaître cependant que toutes les questions posées aux chimistes ne peuvent être résolues par les réactifs et la balance; il en est plusieurs qui ne peuvent être étudiées que par l'examen à la loupe ou au microscope ; de ce nombre, nous pouvons citer les falsifications du l&it, des semences, des farines et de l'amidon, la parfaite digestion des aliments, certaines maladies ou avaries provenant de la présence de champignons microscopiques ou d'animaux inférieurs, des altérations de matières alimentaires telles que tourteaux, sons, farines,

grains, la distinction des espèces textiles, etc., etc. Dans tons ces cis, les réactifs sont impuissants, tandis que les instruments précités nous font découvrir la vérité ou l'objet que nous cherchons.

c Malgré cette utilité incontestable du microscope, combien peu dilemmes, même parmi les savants, savent manier cet utile instrument, que le D' Julius Ktihn appelle le meuble du cultivateur! Le maniement du microscope n*exige pas cependant des études aussi longues que l'analyse chimique ; on parvient aisément à enseigner la manière de faire de bonnes préparations et à monter Tappareil à la Yue de Tobservateur, qui dès lors saura, dans beaucoup de cas, 8*en fiEÛre un précieux auxiliaire pour se guider dans sa pratique, t

Les considérations précédentes ne manqueront pas, nous Tespérons, d attirer l'attention de M. le Ministre de l'Intérieur, et de le décider à doter prochainement Tlnstitut agricole d*une salle de microscopie.

A ce propos nous nous rappelons que, dès 1869, dans un rapport adressé à M. le Ministre de Tlntérieur, au sujet d'un vojage d etode que nous fîmes en Allemagne, nous avions déjà insisté particulièrement sur l'utilité d'enseigner quelques notions concernant le maniement du microscope, comme cela se faisait alors à TÉcole agricole deTharand.

Nous disions que la phjsiologio végétale doit ses plus grandes découvertes à l'emploi du microscope. Il est presque le seul mojen de découvrir les falsifications des farines, d'après la forme des globales amjlacés. Nous citions aussi Topinion d'un chimiste distingué.

c Les observations à la loupe et au microscope, dit Gherrard, ont acquis beaucoup d'importance et sont devenues un puissant auxiliaire de l'analyse chimique.

< Un simple examen au microscope suffit presque toujours pouf indiquer si l'on a affaire à une substance homogène ou à un mélange. Mais c'est surtout dans l'étude des matières d'origine organique que ces instruments rendent les services les plus signalés, car, dans ce cas, il n'est pas rare que leur emploi en apprenne bien plus que celui des réactifs, sur la nature des principes immédiats qui font partie de ces substances. » (Parisel, Joum. de la Soe, açrie. du Brabani).

NOTICE SUR LES TAGSOSIA CULTIVÉS, SPÉCIALEMENT SUR LE TACSONIA IBSIGSIS Mast.

PAR M. Edouard Morrbn.

FAMILLE DES PASSIFLORÉBS.

Figuré planche X.

Taesonia Juss. Gen.plani, (1789), 398; Ànn. Mus., VI (1805), p. 388. — T. Mastbrs, Contributions to the NaturtU History of tke Passifloraceaty 1870« in Trans. of tke Linn. Soc. <^ London, vol. XXVII; Passiftoraceae in Mabtii Flor. bras., 1872.

Flores hypocraterimorphi. Tubua elongatus limbo aeqiiAliB vol 8aepiu0 ea loagior. Qynoptaorum longissimiim exaertum. Styll 3. Mastbbs /. c.

Les Taesonia sont de brillantes lianes que la nature a confinées dans r Amérique du Sud, sur les versants les plus élevés des Andes où les botanistes-voyageurs sont allés les chercher pour les apporter dans les jardins d'Europe. Leurs tiges sarmenteuses se soutiennent à Taide de vrilles : leurs feuilles, accompagnées de stipules foliacées et d'un pétiole avec des petites glande, sont rarement simples mais ordinairement lobées à nervation palmée. Les fleurs, qui sont fort belles, viennent à Taisselle des feuilles où elles sont en général suspendues à des pédoncules plus ou moins allongés. Ces fleurs rpisseraiMent si bien à celles des Passiflores que beaucoup de botanistes hésitent à sépaj*er les deux genres. MM. Triana et Planchon, par exemple, dans leur récente description des Passiflorées de la Nouvelle- Grenade, confondent les Taesonia parmi les Passi/lora. Cependant le ly Masters a maintenu la distin,ction dans la remarquable monographie des Passiflorées qu'il a rédigée pour la Flora brasUiensis. Les Taesonia se distinguent surtout, d'après ce savant, par le tube allongé dix périanthe qui donne à la fleur la forme d'un hypocratère, par la couronne de la gorge qui consiste en verrucosités ou en fllamenta courts, excepté dans le T. finnatistipula, et par la présence au fond du tube d'une paracorolle courte, membraneuse et réfléchie. Malgré cela les limites entre les deux genres sont difSciles à tracer,

bien que M. Masters en ait exclu toutes les formes douteuses ou monstrueuses (Le Pogçéndarffia de Karst, etc.).

Le genre Tacsonia a été créé dans la scienoe par A. L. de Jussiea en 1789 : le nom qu'il lui a donné est une singulière latinisation du mot Tacio que les Péruviens emploient pour désigner une de ces plantes et que Cavanilles a?ait attaché au Pasrijhra Taao, La plupart d^entre elles donnent des fruits comestibles, sucrés, aromatiques, d'une saveur acidulée et agréable, dont on fait usage dans r Amérique du Sud sous le nom de Curuha (prononcez Conrauba).

S'il est difficile en botanique de distinguer les Tacsonia des PassU fiora, il n'en est pas de même en horticulture. Les Tacsonia viennent sur les hautes montagnes des Cordillères depuis le Chili jusqu'à la Nouvelle-Grenade, et ne descendent pas dans le Brésil : ils se plaisent dans les régions fraîches et aérées : leur feuillage est robuste, souvent pubescent en dessous et d'une allure plus rude qae celui des Passiflora. Leurs fleurs sont généralement grandes, belles, pendantes et le plus souvent rouges ou roses.

On les cultive en serre tempérée, même en serre froide : quelquesuns peuvent passer l'été dans le jardin quand on met à leur disposition une situation chaude et abritée du vent. Mais il convient de ne pas leur ménager l'espace. Ils donnent en un an des pousses de 4«5 mètres de longueur : les fleurs vienneot à l'extrémité des jeunes pousses dont il faut par conséquent sauvegarder l'existence. La véritable place des Tacsonia, dans nos cultures, est aux jardins d'hiver et aux serres qui font partie des appartements. Là, ces lianes prennent leur essor ; leurs élégants festons s'élancent près du vitrage, retombent en gracieuses guirlandes, et leurs fleurs sont librement suspendues dans l'air.

Pour suffire aux besoins d'une végétation aussi exubérante, il faut un sol riche et frais, mais qui ne soit pas trop froid ; on conseille un mélange de terre franche et de terreau.

La multiplication se fait aisément au moyen de boutures et par les graines dont ces végétaux ne sont point avares.

M. le D" Masters a donné il j a 3 ans une monographie complète des Tacsonia : nous ne nous arrêterons ici qu'aux espèces cultivées «en Europe, parmi lesquelles il en est d'ailleurs qui sont nouvellement arrivées : nous ajouterons quelques renseignements concernant la

botanique horticole et pour tout le reste nous résumons le travail du D' Masters.

£kt71cébation des espèces.

l** Section. — BUTACSONIA DC: Bractées libres. S 1. — Feuilles simples^ isninerves.

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