V. — Musoinées
Avec cette classe, commence pour les végétaux inférieurs une série de plantes qui attirent déjà l'œil de l'observateur superficiel, parleur taille, leurs formes, leur fructification ou leur floraison visibles. Nul doute que leur culture n'en soit également tentée avec succès, à la seule condition de leur procurer le sol, l'exposition, l'humidité convenables. Quelques espèces même sont à tort dédaignées par l'horticulture, dont l'ensemble et l'aspect seraient d'un très-bel effet. Mais parcourons rapidement les trois groupes qui constituent cette classe : les Hépatiques, les Sphaignes, les Mousses.
Hépatiques. — Leur culture réussira, en général, beaucoup mieux dans une serre tempérée que dans le jardin, où il y aurait lieu de leur choisir, soit une place ombragée, toujours fraîche et exposée au nord, soit même un fossé humide, sur les talus et au fond duquel on pourrait les installer dans des pots d'un transport facile.
La culture en serre se fera au moyen de terrines préparées pour être plongées au besoin dans des récipients remplis d'eau. Le sol sera
soigneoseiMiit adapté aux plantes : il sera, saivant TespÀoe, ùlioeiix oa argileux, le plas souvent argilo*8iliceax, rarement calcaire.
Enfin, il y aura lieu d^essayer les cultures soit par semis, soit par propagation simple : la première méthode exigera une étude préalable ; la seconde consistera à employer, comme germes, les bulbilles ou fractions de thalles recueillis à cet effet dans la nature.
On pourra très-aisément cultiver de la Forte bon nombre d'espèces intéressantes: AiUkoeeroê l4»m;Rk(ÀaglaMca^ hifurca, BUchc^^ etc. ; Spharoearput MiehelU ; toutes les Marchantîées ; le Metzçeriafureata sur des fragments de rochers de grès humides ; les Aneura finçuit et muUiflda ; le Blasia purilla ; les PeUia epiphftta et eêlpdna ; le Foisonibrania puiiUa et plusieurs espèces de Jungermanniées : Calyfoçeia triekomanis , Zepidozia reptans, ChUaseyphus polfonlhus, Lophocolea heterophylla (sur de vieilles souches), Sphaçnacetis eammunis (dans du sphagnum), Junçermannia hicrenatà, Ucuipiiaia^ ventricota, crenudata, exsecta, albicans, Soapama nemarota^ Plaçûh chila diplenuddeSi Alieularia scalaris, etc. Deux espèces aquatiques, les Xiccia naians et fluiians, se maintiendront à Tétat stérile dans les bassins des Algues ou sur Teau des récipients conservés en serre.
Sphaiçnei, — Ces végétaux exigent, pour atteindre leur maximum de développement, une aération complète. L'ombrage des arbres, Tabri dans les serres, ne leur permettent qu'un allongement végétatif insufEUant. Il j aura lieu par conséquent de leur disposer, dans le jardin, un emplacement particulier qui sera rempli de terre de bruyère tourbeuse et où Ton fera arriver un léger filet d*eau pure pour y perpétuer Thumidité. On pourra alors y installer dans des pots, des touffes vivantes de toutes les espèces que Ton voudra cultiver : ces touffes seront plus ou moins humectées suivant les espèoei» et pour cela plus ou moins enfoncées dans le sol préparé à cet effet. Nul doute que quelques espèces ne se répandent d'elles-mémee dans cette localité artificielle, placée dans la partie la plus aérée du jwrdin.
Si Ton veut essayer des semis, pour en obtenir les prothalles, il conviendra ou bien de recueillir les spores à leur parfaite maturité et de les semer sur un sol de terre de bruyère tourbeuse, ou de. récolter une touffe, à la maturité des ftoiits, et de la disposer telle quelle dans un pot qui sera maintenu fort humide et sous cloche dans une serre chaude ou tempérée.
Les Spkagnum cymUfoli%m et aeuêifoUum sont de toutes les espèces
Mlles qai se prêteront le mieux à toutes les tentatives de culture et
de semis.
Mousses. — La culture de ces charmants végétaux pourrait à vrai
dire séduire aussi bien Tamateur que le savant, d'autant plus qu*il serait possible, avec peu de soins, d'obtenir des succès très-satisfaisants. A un point de vue général, cette culture comprendra la conservation momentanée des espèces annuelles et l'extension à donner aux espèces vivaoes. Si Ton j ajoute les différents degrés d'aération, nécessaires aux unes ou nuisibles aux autres, on aura toutes les données du problème à résoudre. On pourra essayer également des semis directs, trop souvent sujets à de grands mécomptes, ou des transplantations d'ordinaire suivies de meilleurs résultats. On disposera ses diverses cultures à l'air sur des rochers factices, préparés pour les espèces calcicolee ou silicicoles, et dans un fossé ombragé au midi, exposé au nord, semblable à celui des Hépatiques, pour les espèces sylvicoles; on réservera la serre tempérée pour les mousses qui recherchent plus particulièrement la fraîcheur perpétuelle, l'ombre et Thumidité constantes. Quant aux aquatiques, plusieurs se maintiendront trèsbien dans les bassins.
Quelque choix que Ton fasse, il se trouvera toujours des espèces rustiques dont on pourra tirer un très-bon parti, et Ton reconndtra sans peine que, grâce aux indications des auteurs, il sera relativement ùjcîle d'approprier Taération et le sol à toutes les mousses que l'on voudra mettre en culture. La liste en serait trop longue, du reste, pour qu'il me soit possible de les citer ici. Je citerai, entre autres, les Fphemerum, les Phascum, les Fissidefis, les PMia, les SeliffdHa, les Barbula, les Grrimmia, les Webera, les Brpum, les Poljtrichaoées, les Faniinalis, et les graodes tribus des Neckéraoées, des Leskéaoées et des Hypnacées.
Mais ce qui pourraitétre l'objet de cultures plus soignées, ce seraient les espèces ou rares ou intéressantes à divers titres : les Buxbaumia, le Diphyscium^ les Splachnacées, le THraphis, certains Mfdiim, le PUrygophyïlum Ijusens, le ConomUrium, le SùkistosUga, etc., dont on pourrait de la sorte obtenir de curieux résultfits. La serre rendra de grands services pour ces cultures spéciales, comme pour les semis directs. Il est d'ailleurs remarquable de voir combien les prothalles
des mousses se plaisent en général sons les abris vitrés ; on sait en effet que les semis de Fougères sont trop souvent détruits par Tenvahissement de ces prothalles ou même des Algues. Le Funaria kfçrometrica apparaît très-souvent de cette façon et s*y développe très-bien jusqu'à la maturité de la capsule. Comme il est fréquent même qu'on en obtienne deux générations, au printemps et à Tautomne, je me permettrai de signaler cette espèce monoïque comme un tjpe excellent qui en quelques mois pourra offrir successivement le prothalle, les rameaux sexués, et après des arrbsements répétés à Tépoque fécondatrice, la tige fructifère, le pédicelle, la coiffe et enfin la capsule operculée.