NOTICE SUR LA ROSE TRÉMIÈRE
ALTHAEA ROSKA. Cav. Diss., tàb, 29, fig. 3,
Alcea rof^aLin.Sp. 966. — Guimauve Passe-Rose, Alcée rose. Bâton de Jacob, B&ton de Saintr Jacques, Bourdon de Saint-Jacques, Rose à bâton, Rose de Damas, Rose de meri Rose d'outre-mer, Rose trémièra. — Allem. : Pappel- Rose. — Flam. : Stock-Roosen. — Angl. : HoUyhock. — Esp. : Malva real. -— It. : Mal va mag^ore. — Japon. : Fujoo, sive Fjoo, vulgo Kibatsisso.
Famille des Malvacées. — Monadelphie polyandrie.
Histoire. — La plupart des auteurs disent cette plante originaire de la Chine, d*où elle aurait été introduite dans les cultures d'Angleterre et de France vers la fin du XVI« siècle (1). Alton [Hort. Kern.), Sweet et Loudon, Jacques et Hérincq croient qu'elle parut vers 1573. Van Hulthem {Disc.) affirme au-delà de ce que Ton sait, en prétendant que la Rose trémière a été introduite dans notre pays à Tépoque des croisades ; Dodonée ne cite pas les guerres saintes à propos de ce végétal qu'il dit être déjà très-répandu dans les jardins de Belgique à son époque. L'auteur anglais, Ph. Miller {Did. Jard. I, p. 94) assure que cette Malvacée croit naturellement en Chine d'où il en a
(1) M»< Leneveux, dans son livre intitulé : Les Fleurs emblématiques ^ dit que la Rose trémière est très-cultivée en Chine et que les habitants du Céleste- Empire lui accordent le même ]anga({:e symbolique que chez nous, celui de la fécondité : ils représentent même la Nature, mère de toutes les fécondités, avec une couronne de ces tleurs.
reçu souvent des graines. Il ajoute de plus qu'il a obtenu de Charles du Bois, écujer de Mitcham, en 1726, qui lui-même les avait reçues de Madras, des graines de AUhaea Jle\folia, espèce très-voisine de la précédente.
Plusieurs auteurs disent que la Passe-Rose nous est venue de rOrient, de la Syrie, parait-il, ainsi que semble le confirmer son ancien nom français Rose de Damas ; celui de Rose trémière, qui loi est actuellement appliqué, est, d*après Legoarant, une corruption des mots ^'(miré-mer. E. Boissier {FI. Orient., I, p. 831) la dit indigène dans l'île de Zante, de Crète, dans le Péloponèse, la Macédoine et TAlbanie.
D^ailleurs, quelle que soit le lieu d*origine de cette plante, il est probab^ qu'elle était déjà connue en Europe au YIII* siècle, puisque Charlemagne, dans ses Capitulaires, en recommande la culture dans les jardins des ViUoê impériales.
Presque tous les auteurs anciens ont parlé de FAlthaea et elle est figurée dans la plupart des Illustrations. On la trouve dans Blackwell (C^n^. I, fig. 56), dans Munting (p. 192) et dans Weimann {Taal. Reg. fig. 693-95). Ce dernier donne la figure de treize variétés de Tespèce.
Espèces voisines. — Trois espèces très- voisines de VA, roeea^ ne sont différentes que par des caractères peu saillants et semblent constituer plutôt les variétés du type. Ce sont :
A. fidfolia Cav. qui diffère par sa racine bisannuelle, par ses feuilles à sinuosités profondes et les supérieures hastées, tandis que \A. rosea a seulement les feuilles angulaires et sinuées. Lamarck la dit originaire de Sibérie et Boissier Tindique en Arménie, dans le Taurus et le Caucase. Jacques et Hérincq écrivent qu'elle fat introduite en France en 1597.
A. pallida W. et Rit., qui est bisannuelle, a les feuilles ovalesarrondies, à peine lobées, les fieurs d'un bleu pourpre et les pétales à deux lobes. On la trouve en Bjthinie, Thessalie, Macédoine et jusqu'en Hongrie, d'où elle a été apportée en France en 1805.
A, êinensis Cav. a les feuilles semblables au A. rosea, les fleurs aussi grandes, mais les pétales sont d'un blanc grisâtre, marqués d'une tache purpurine à leur base. Cette variété ou espèce s'est, jusqu'à présent, peu modifiée dans nos cultures.
Doplioatioil. — Par la caltare, on a obtenu des RoBea trémières chez lesquelles les étamines, (les anthères ou les filets) se sont en grande partie transformées en pétales groupés et sondés par leur base en plusieurs faisceaux qui remplissent plus ou moins la fleur, ce qui a donné lieu à des fleurs semi-doubles, doubles ou pleines. Quelque double que soit une fleur de Rose trémiëre, on j retrouve toujours plusieurs anthères ; quant aux ovaires et aux styles ils ne se transforment pas; c'est ce qui explique, que les fleurs doubles donnent des graines. Si les fleurs les plus pleines n'en produisent pas ou fort peu, c'est que les pièces de la fleur sont trop serrées et qu'elles retiennent trop l'humidité, en sorte que la fécondation et la maturation des graines ne peuvent s'y opérer que très-difficilement.
Les variétés à fleurs doubles et pleines sont les seules recherchées ; elles ressemblent à de larges cocardes ou à de grosses roses d'un effet remarquable. Dans les fleurs doubles, on distingue facilement la véritable corolle, à peine modifiée, qui déborde les pétales de l'intérieur. Dans les fleurs pleines et très-pleines, les Roses trémières dites Anglaises et Ecossaises, en particulier, qui sont les plus appréciées des amateurs, les pétales de la circonférence ne dépassent pas ceux de l'intérieur, et leur ensemble forme un pompon ou une grosse fleur régulière, sphérique ou fortement bombée.
CouleiiTS. — Les fleurs des Roses-trémières sont originairement roses ou violacées, mais par suite de la longue culture à laquelle la plante a été soumise, elles ont pris toutes les teintes du rose au pourpre, au violet, au violet noir, au brun noir, et, par TefTet d'une variation plus singulière encore, quelques-unes ont tourné au jaune plus ou moins vif; d'autres enfin, par simple décoloration sont devenues entièrement blanches. Toutes ces couleurs ont produit des nuances intermédiaires parfois très-bizarres. Certaines variétés sont unicolores; d'autres sont marginées ou bordées, panachées, flammées et nuancées de diverses façons, ou bien elles montrent des pétales dont la face inférieure est d'une couleur et la face supérieure d'une autre. Quelquefois le fond de la fleur et les nervures sont d'un ton clair, la partie moyenne des pétales d'une nuance vive et foncée, et leur extrémité plus claire : ces diverses dispositions sont très-curieuses et originales.
Floraison. — La floraison des Roses-trémières a lieu à la fin de
- Buu-lriniiirc Irè^DDhl* t
juia ou du commencement de juillet en août-septembre, et elle se prolonge parfois au-delà dans les régions tempérées.
Practiflcatloil. — Les fleurs, quoique doubles, sont, comme nous Favons dit plus haut, presque toujours fertiles à quelque degré, au moins celles qui ont fleuri d'assez bonne heure pour avoir le temps de former et de mûrir leurs graines. Les variétés se reproduisent d^ailleurs assez fidèlement par cette voie, lorsqu'elles n'ont pas été fécondées les unes par les autres, ou, s'il se produit des formes nouvelles, ces dernières répètent toujours à peu près les mêmes, tons de coloris que celles d'où elles proviennent. On ne voit jamais, par exemple, les variétés blanches fécondées par elles-mêmes engendrer des plantes à fleurs de couleur de carmin. Les variations sont toujours enfermées dans des limites plus étroites, à moins qu'il n'y ait eu des croisements par l'intermédiaire des insectes.
Dorée. — Dans le midi de l'Europe, la Rose-trémière vit plusieurs années et on peut l'y cultiver comme plante vivace, mais sous notre climat on ne la cultive que comme plante bisannuelle, non-seulement parce que cette culture est la plus simple et que la première floraison, qui arrive l'année suivant le semis, est d'ordinaire la plus belle, mais aussi parce que les plantes obtenues de semis sont plus vigoureuses, et que leurs fleurs ont des coloris plus vifs que celles des plantes multiplias d'une autre façon.
Dans nos contrées, les pieds de Rose-trémière périssent en majeure partie après leur première floraison, à moins qu'ils ne soient plantés dans des terrains exceptionnellement riches et légers, ou qu'ils ne se trouvent placés à une bonne exposition. S'ils persistent après le
deuxième hiver, leur floraison est d'ordinaire médiocre.
Semis. — Pour les diverses raisons que nous venons de spécifier, le semis est un mode de propagation très-usité. Il s'effectue de maijuin en août, à la volée ou. en lignes, et en pépinière en planche, dans toute bonne terre fertile et légère. Les graines conservent assez longtemps (3 ou 4 ans) leur faculté germinative. Dès que les plants ont 3 ou 4 feuilles, on les repique en pépinière, à une distance de 15 à 25 centimètres, et on les met en place en les levant en motte, d'octobre en novembre dans les terrains secs et légers, ou ce qui vaut mieux au printemps, en les espaçant d'au moins 90 centim. à 1 mètre. Les variétés nouvelles de Rose-trémière s'obtiennent par le semis, mais ce
procédé ne les perpétue pas toujours sûrement, car cVst une plante qui a une tendance à varier sans cesse; aussi, et bien qn*on en caltÎTe séparément et avec beaucoup de précautions les diverses variétés, les graines que les marchands vendent ne les reproduisent d'ordinaire qu'en partie; par contre, elles donnent toujours naissance à nue certaine proportion d'autres nuances souvent nouvelles : c'est pour cette raison que les personnes qui font des coUections emploient, pour con* server leurs variétés classées, la division des pieds, le boutura^ on la greffe.
Diviflioil des pieds. — Cette opération se fait en automne et surtont au printemps. On doit laisser adhérer à chaque éclat pourvu de racines, une base de tige ou un fragment du collet sur lequel les yeux se développeront. Ce moyen a plus de chance de réussite dans la région sèche et chaude du midi de FEurope, mais dans les pays du Nord, Thumidité froide et prolongée du sol cause facilement la pourriture des tissus dénudés de la souche.
Bouturage* — Les boutures se font avec les rameaux feuilles qni se développent sur les souches et auxquels on conserve un peu de talon. Ce travail se fait de bonne heure, à l'automne et au printemps, 'soit en pleine terre à exposition chaude, soit en pots tenus sous châssis ou en serre tempérée.
Greffe. — La greffe faite par une main expérimentée, donne des résultats plus certains que lejs deux procédés que nous venons d'indiquer; aussi leur est-elle préférée par les collectionneurs sérieux, notamment en Angleterre, où cette plante est en grand honneur. Cette greffe se fait au commencement de Tautomne, en fente ou en placage, sur les racines d'autres Roses-trémières , principalement sur des variétés simples élevées de semis tout exprès.
On prend pour faire cette greffe de jeunes rameaux sur les plantes dont on veut conserver la race, et après avoir enlevé leurs feuilles, à l'exception de celles du cœur, on en taille l'extrémité inférieure en biseau, et on les insère dans une fente proportionnelle, faite sur le côté d'un tronçon de racine de la variété qui doit servir de sujet. La greffe ayant été assujettie par un lien, les fragments de racine sont plantés dans de petits pots remplis de terre légère, et on les enfonce assez pour que la greffa soit enterrée. Les pots sont ensuite portés sous un chéssis ou tenus sous cloche, et, si la chaleur de l'air
eet insuffisante, on les met dans une serre à multiplication chauffée à 15 ou 18® G. Lorsque les greffes sont reprises et les sujets enracinés, on leur donne graduellement de Tair, et un peu plus tard on les hiverne sous châssis, après les avoir transplantées dans des pots plus grands. Si le climat est assez doux pour qu*on puisse sans danger les laisser à Tair libre pendant Thiver, on les met en place immédiatement. On peut encore greffer , mais avec moins d'avantages , les Itoses-trémières au printemps, en fente ou en placage, mais toiyours sur racines, même sur les racines de la Guimauve.
Forme, taille. — Les Roses-trémières s'élèvent de 2 à 3 mètres de hauteur et fournissent des épis floraux de 1 mètre de longueur et même plus. Néanmoins les plantes greffées s'élèvent rarement au-delà de 2 mètres et ordinairement moins, en se ramifiant beaucoup dès la base pour former de véritables pyramides de fleurs. Au moyen du pincement pratiqué de bonne heure sur la tige principale, on peut faire prendre un plus grand développement aux rameaux latéraux ou inférieurs, et en pinçant au besoin ces derniers à leur, tour, obtenir des plantes plus basses, en boule, formant tête, candélabre, etc. Lea fleurs acquièrent en outre, sur les plantes soumises à ce traitement, des dimensions plus grandes; elles sont aussi plus serrées et de coloris plus vif.
Terrain. — La Rose-trémière n'est pas difficile sur le choix du terrain ; elle ne craint pas les sols pierreux, et parait même se plaire au pied des murs et dans les décombres, où elle trouve sans doute des sels nitreux appropriés à sa nature, ce en quoi elle ressemble à nos Mauves sauvages. Ce qui importe, c'est que le terrain ne soit ni détrempé d'eau ni trop sec, car dans ce dernier cas la plante resterait chétive et serait plus exposée à être dévorée par les altises. Toutes les conditions étant égales, elle deviendra plus forte dans un sol profond, meuble, un peu frais et légèrement fumé que dans un terrain médiocre non amendé. Un autre point non moins essentiel est que les plantes soient éloignées des arbres qui pourraient leur diminuer la lumière ; leur floraison sera d'autant plus brillante qu'elles seront mieux éclairées par le soleil.
Place. — Les Roses-trémières sont des plantes de haut ornement, d'un effet grandiose et très-pittoresque, soit qu'on les isole et qu'on en fasse des groupes sur les pelouses, soit qu'on les place dans les
plates-bandes, qu'on en compose des massifs entiers ou des rideaux dans les grands jardins; elles produisent également un bon eflTet mélangées aux jeunes arbustes clair semés et disséminées dans les bosquets. Leurs tiges se dénudant parfois à la base, on se trouvera bien, lorsque les pieds seront isolés, de les entourer de quelques plantes plus basses, végétant en touffes. Les Roses-trémières ne conviennent pas dans les petits jardins à cause de leur hauteur, & moins qu*on ne les place auprès des murs. André De Vos.