LES RONCES DES ETATS-UNIS. — RUBUS LACINIATA, ETC
par M. Sacc à Neit/châtel {Suisse).
{Journal de V Agriculture 1873, p. 249).
Un de mes amis, qui est planteur dans le Canada, m'écrit que dans ces lointaines régions, les provisions des indigènes ne se composent que de viande séchée et de fruits des ronces séchées aussi, et qu*on ^ange après les avoir fait gonfler dans Teau.
Les ronces de nos pays donnent déjà des fruits passables, mais ils sont en trop petite quantité pour qu'il vaille la peine de les cultiver. Il n'en est pas ainsi des ronces d'Amérique, dont les fruits beaucoup plus gros et plus succulents sont aussi infiniment plus abondants. Il j a déjà longtemps que M. Naudin m'avait recommandé sous ce rapport-là le Jtubus laciniata, belle espèce à feuilles découpées, encore plus vigoureuse que le Vigne-vierge et infiniment plus belle, ne fût-ce que par ses larges fleurs blanches et l'abondance de son feuillage vert foncé qu'elle ne perd pas en hiver. Cette persistance hivernale des feuilles des ronces est très-précieuse dans nos climats ; car, pendant la mauvaise saison, ces buissons offrent aux animaux un abri sûr, et, ce qu'on ignore en général, sont la condition absolue d'existence des chevreuils. Ces charmants animaux ne se cantonnent que dans les forêts riches en ronces, parce que c'est là qu'ils trouvent leur nourriture d'hiver. La question est la même pour les faisans, qui ne peuvent exister non plus que dans les forêts dont le sol humide leur fournit en abondance les rhizomes succulents de la Ficaire qui est la base de leur alimentation pendant toute la mauvaise saison et qu'ils vont déterrer jusque sous la neige. Donc, que les chasseurs se le disent, il n'y a pas de chevreuils sans ronces et pas de faisans sans ficaires.
MM. A.-N. Baumann et ses fils, qui ont déjà introduit dans leur magnifique jardin de Bollwiller (Alsace) toutes les vignes d'Amérique, y vendent aussi toutes les ronces du même pays, savoir ; Rubus lad' niata; R. cristal white; R. Lawson; R. Miner't ireUing; R. Revers Darchester.
Je n'ai cultivé jusqu'ici que le Rubus laciniata, que je ne saurais assez recommander tant à cause de sa vigueur, de sa beauté, de la saveur et de l'abondance de ses fruits, que parce qu'il constitue une haie tout à fait impénétrable. En ce moment je possède les quatre autres espèces, et je vous dirai dans un an ce qu'elles valent.
Bien que ces ronces croissent partout, elles ne se développent avec vigueur que dans des terres un peu humides, comme le Lierre et la Vigne-Vierge, auxquels je voudrais les voir substituer partout, tant elles sont plus vigoureuses et plus ornementales.