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LA VÉGÉTATION DE L'AFRIQUE CENTRALE

Nous croyons qu'il est intéressant de donner dans nos colonnes ranaljsed'un travail publié dans The Garden (1873, 25 janv., p. 70-71) sur le côté botanique du voyage accompli par M. Stanley, rédacteur du New^Tarck Herald, pour aller à la recherche du docteur Levingstone, dans les grandes solitudes de TAfrique centrale. Dans son rapport, M. Stanley prouve que les régions centrales et jusqu'à présent mystérieuses du vaste continent africain, ne sont pas inabordables autant qu'on l'avait cru jusqu'à ce jour. Il dit que le voyageur doué d'une prudente modération, d'une bonne constitution et protégé par une faible escorte composée principalement de serviteurs pour porter les provisions, les vêtements et les marchandises d'échange, et armé surtout d*une volonté ferme, peut parvenir assez facilement jusqu*au district du Grand Lac.

Ily a certainement dans ces vastes contrées un terrain vierge, un nouveau champ de découvertes pour le botaniste. M. Stanley mentionne là une chaîne de montagnes encore inconnue des Européens et où se trouvent à différentes altitudes quantité de végétaux qui pourraient être introduits dans nos jardins, nos bosquets et nos bois, ainsi qu'il a été reconnu naguère pour plusieurs plantes trouvées dans la grande région botanique de l'Himalaya.

Dans le district de Mwapa, il a remarqué sur les pentes ardues le Kolquall qui procure à l'indigène une nourriture assurée dans des lieux où les autres végétaux manquent. Ailleurs, un Mimosa s'élève comme une muraille de verdure, presque jusqu'au sommet des plus g^ndes hauteurs. . Là s'étendent, dit-il, d'immenses vallons, relûtes profondes qui charmeraient un ermite, des ravins tourmentés ^rod ^^^ '^^ ^^^^^ crépuscule, le tout entrecoupé de précipices qui Pro msent sur le voyageur une impresssion profonde. » Ailleurs

encore, il décrit une luxuriante foret où le Baobab géant et le grand Sjcomore africain sont associés aux Palmiers et aux Bananiers, où le rhinocéros et les autres puissants quadrupèdes africains, ignorant la crainte qu^inspire ordinairement le chasseur, s'approchent des campements. Il nous décrit de la manière suivante une foret vue du sommet des hauteurs. • Une foret incommensurable s'étend à perte de vue en vagues ondoyantes et forme des sillons de verdure étages qui s'effacent dans Tazur du ciel ; plus près du spectateur, un brouillard transparent flotte au-dessus du rideau de verdure. Partout des forets sans fin, des dômes feuilles bruns, verts ou fanés, un véritable océan de verdure. Quoique le bois du central Park à New- York soit grand par rapport à celui d'autres villes, que la foret de Windsor et la New Forest soient imposantes, comparées aux autres forets de TAngleterre, tous ces massifs ne sont que des bosquets auprès des immortelles forêts de l'Unyamwezi . »

M. Stanlej n'a pas de prétentions scientifiques dans aucune branche de Thistoire naturelle, mais avec la rapide perception d'un homme de génie, il remarque toutes les choses curieuses qui frappent son attention. Il observe les diverses variétés de quadrupèdes, d oiseaux, de poissons, d'insectes et de plantes. Tout est noté dans son journal régulièrement tenu, malgré les difilcultés inhérentes à un tel voyage qui devait s'accomplir rapidement, attendu qu'il n'avait pas un but scientifique. Néanmoins, il a trouvé le temps de nous donner d'utiles renseignements sur plusieurs arbres, arbustes et plantes qu'il a observés dans la région du Grand Lac. « Dans son ensemble, dit-il, le Unyamwezi peut être considéré comme la plus belle contrée de toute l'Afrique orientale et centrale ; c'est un vaste plateau un peu incliné à l'Est vers le lac Tanganika qui le draine en grande partie. » Il donne ensuite de ce pays une description tellement enchanteresse qu'il inspirerait au paysagiste le désir d'aller s'installer dans ces solitudes pour reproduire sur la toile d'aussi ravissants tableaux. Il décrit aussi en détail quelques types de cette puissante végétation. Les arbres les plus gigantesques dans la région du Tanganika, paraissent être le Mtamba, espèce de Sycomore, qui égale en hauteur le grand Baobab d'Ugogo et d'autres contrées de l'Afrique. Il porte un fruit ressemblant à la figue, d'une saveur agréable et est très-estimé des indigènes. Il fait suivre ensuite la liste de plusieurs arbres remar-

quables parleur port élancé, portant les noms suivants dans ridiome du pajs : Mtunda, Miombo, Mkora, Mknrongo, Mbemba, Myale, Msundurusi, Mninga, Mbuga, Matonga et Mbite.

Ce dernier fournit un bois de construction aussi beau que celui da Cèdre; il est veiné de jaune et de rouge et les naturels du pajs s'en servent pour rornementation de leurs édifices. Le Mkora est un grand arbre à proportions majestueuses; avec son bois, beau et durable, on construit les cases des chefs et on façonne d'énormes mortiers à piler dans lesquels on réduit les graines de Sorgho en farine. Le Mkurongo, autre grand arbre, fournit les bois dont on confectionne les grands pilons. Il est plus dur et plus durable que le Cafya et quand il est poli, il a la blancheur et le brillant d'un métal. Le Mbogn, arbre d'ornement, donne une écorce tendre dont on fabrique des câbles, des vêtements et des légères boites. Les habitants des bords du Rufigi en construisent aussi de légers canots, mais c'est du grand Mvulé que les tribus du Lac construisent leurs plus grands canots qui ont souvent plus de 60 pieds de long Cet arbre atteint sa plus grande taille dans les ravins des montagnes d'Ugoma. Il cite encore le Kolquall ou arbre candélabre, un Mimosa odorant, le Palmier de Guinée, nommé Mchikichi et le Bananier. On trouve des plantes grasses et des Aloës dans toute la campagne ; aussi n'est-il pas douteux que la découverte de belles et nouvelles espèces, récompenseraient largement les recherches de l'explorateur aventureux. Les Tamaris atteignent une grande élévation dans l'ouest de l'Unvanjembe.

Parmi les arbres fruitiers, Ylnibembu ou Wood Peach (Pèche des bois), paraît être l'un de ceux que la culture améliorera considérablement. Il j a encore le Singwe ou Wood Plum (Raisin des bois) et le Mtgowt ou Wood Apple (Pomme des bois). Plusieurs de ces arbres fruitiers, quand bien même ils ne pourraient être cultivés en Europe, avec succès, contribueraient h améliorer, par l'hybridation, nos races anciennes. Il parait que plusieurs des arbres fruitiers africains ont été réunis et cultivés dans une espèce de verger à Unjanyembe, par une colonie d'Arabes, qui a réussi également à cultiver des Orangers, des Citronniers, le Limonier, le Papayer, le Goyavier, le Grenadier, le Mangier et le Bananier. Des espèces de jardins ou plantations sont aussi consacrés par les indigènes à la culture des haricots et les Arabes y cultivent le riz.

La baiate douce, Tigname, le manioc et d'autres légumes j sont abondants ; la canne à sucre prospère à Ujiji. La moisson a lieu une fois Tan, en avril, mai et juin, selon Télévation des districts. On y trouve aussi en quantité le coton, le tabac, le ricin, les courges et les concombres. Parmi les arbustes et les plantes, M. Stanlej cite le thjm sauvage, le boux nain, le tournesol, plusieurs espèces de pavot, les Capsicum baccatum et annuum, le gingembre, le Curcuma longa^ le Sinapis arvensis et le Currj.

On ferait une ample moisson d'arbustes utQes dans les forets des bords du Grand Lac. M. Stanlej parle avec enthousiasme d'un grand nombre dont les belles fleurs exhalent un parfum agréable. 11 cite parmi les plantes aquatiques le Lotus, plusieurs espèces de Papjrus... Lorsque Ton considère ces listes de plantes comme le mémorial d'un voyageur dont les remarques ne sont que le résultat d'observations rédigées rapidement, pendant un voyage ayant un but tout différent, on est persuadé que des découvertes très-importantes récompenseraient les efforts de l'explorateur attentif. 11 est suffisamment démontré par la présence du thym sauvage sur les coteaux, par la culture du riz dans les plaines, par le grand nombre d'arbres, d'arbrisseaux, de plantes herbacées que l'on trouve sur les montagnes à une hauteur considérable, qu'un grand nombre de ces végétaux conviendraient aux climats tempérés.

Pourquoi l'un de nos horticulteurs n'y enverrait-t-il pas un collecteur ? Ce serait l'occasion de se procurer des choses nouvelles et de grande valeur de la région alpine de TAfrique centrale. 11 est maintenant prouvé qu'avec 1000 liv. st. un agent peut se rendre sur les rives de Tanganika. Pour une somme comparativement aussi minime, il peut y aller et en revenir avec une abondante moisson de nouveautés botaniques qui donneraient des profits considérables, alors qu'on n*aurait en vue que le bénéfice.

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