AGRICULTURE ET BOTANIQUE
Dès le xii e siècle, plusieurs des forêts de la Flandre étaient coupées et leur terrain ouvert aux rayons bienfaisants du soleil. Bientôt on creusa de larges canaux, qui en séchant les terres facilitèrent les communications.
La culture de la vigne était déjà connue au x e siècle, comme le prouve une charte d’Arnold le Vieux, de 939, on l’on voit qu’il concède le vignoble qu’il avait fait planter auprès du monastère de Saint-Pierre. Au xm e siècle les environs de Huy étaient couverts de vignobles.
Mélast, Histoire de la ville de Huy, rapporte.
U lELGIÇl C llicniit.
page 1 (i-2 , que vers 1289 il veut une telle mortalité, * qu’on n'y trouvoil pas gens assez pour la cueillette et vendanges des vignobles, qui vindrent si tempre à maturité que à la Saint- Barthélemy on y buvoit du vin nouveau avec une très-copieuse vinée. »
Le même auteur rapporte, qu'au xvii* siècle la récolte du vin faisait l'unique richesse de Huy.
Les vignobles de Louvain étaient tellement célèbres aux xv* et xvi* siècles, qu’ils étaient
connus par toute l'Europe. Au xv, les ducs de Bourgogne avaient à Louvain un vignoble dont le vin était servi sur leur table avec celui du crû de Bruxelles, d’Aerschot, etc. Ce n’est pas pourtant que ces souverains ne pussent se procurer d’autres vins, car Bruges était alors l’entrepêt des vins de b' rance pour le Nord, et les ducs possédaient en Bourgogne des vignobles préférables à ceux de Louvain; mais ceci montre combien l’on estimait alors ces derniers.
Dans un manuscrit ayant appartenu à l’abbaye de Saint-Martin, à Tournay, et qui fait partie
AGIUr.ri.rrnK.
aujourd'hui dus nombreuses collections rassemblées aux archives du royaume, on trouve une mention curieuse sur la culture de la vigne en Belgique, Ce manuscrit, in-folio sur papier, contient une chronique qui commence à l’année 1206 et linit en 1340. On sait que les historiens de Tonrnay rapportent que, avant le xvi" siècle, la vigne était cultivée dans cette ville et ses environs. Les détails que donne notre chroniqueur, non-seulement confirment le fait, mais ils prouvent que cette culture était considérable : > Ipso anno (dit-il à l'année 1331), » vendeinia fuit salis bona et non mullum ha- » bundans, sed vina fuerunl optima. »
A l’année 1332 : * Eodem anno tanta fuit ha- » bundentia vini inopinala quod dolia vcndc- » hautur xvim sol id. paris, forlis monelæ. »
En 1333 ce fut mieux encore : la récolte fut si abondante et si bonne que l’on jeta le vin des années précédentes : * Fuit adhuc tanta habun- » dantia vini, et vina tam bona quod nobis su- » pervenientibus projiciebanlur vetera. »
Cette chronique, selon M. Cacha rd, aurait été
lii la iLL&ii^nt iiumii.
compilée décrite vers 15-tU par Jacques Mueviri , prieur de Saint-Martin, du temps de l'al>l>é le Muisiset son successeur.
Enfin, malgré les difficultés de cette culture, anciennement la vigne était cultivée presque dans toutes nos provinces. Sans que nous puissions en indiquer lu cause, le vin, eu Belgique, a en partie perdu la saveur qui le faisait jadis rechercher; néanmoins, en 1829 on portait encore à dix mille pièces le produit des vignes cultivées en notre pays. Par arrêté royal de 1835, le vignoble de M. Van lloobrouck, de Mooreghein, près d’Audeuaerde, a été établi comme vignoble modèle ( i ).
De bonne heure la Belgique s’est mise au premier rang sous le rapport de l'agriculture en général; nous ne croyons pouvoir mieux faire à ce sujet, que de rapporter ici ce que dit M. Legras de Saint- Germain, dans l'Art de trouver des trésors réels dans les campagnes ; « G'esl en
(1) Ces renseignements sur la culture tle la vigne sont tirés d’un article de .M. Schayes , inséré dans le Messager des arts. de 1833.
AGRICIITI Tih. t!3
Flandre que s'est perfectionnée l’agriculture, et le» Flamands se sont empressés de communiquer les résultats de leur industrie aux nations voisines. Ce sont eux qui, vers 1 (150 , ont donné aux Anglais de meilleurs principes d'agriculture. On leur doit aussi le parcage des moutons et l’invention de plusieurs engrais.
Ce sont eux qui, sous le règne de Henri IV, ont fait en France le dessèchement de cette partie du Poitou que l’on appela longtemps la petite Flandre. C’est encore eu Flandre que l’on a puisé les renseignements qui ont servi à introduire la suppression des jachères dans presque tous les pays agricoles de l’Europe. »
Arthur Young, le plus célèbre des agronomes auglais, avoue la supériorité de l’agriculture belge, ainsi que Shaw, section vm.
Nous voyons Christiern II, roi de Dancmarck, en 1515, faire venir des Pays-Bas un certain nombre de paysans, pour apprendre aux Danois à préparer le laitage et à cultiver les légumes. Devenus colons de l'ile d’Amac, vis-à-vis de Copenhague, terrain sablonneux e( infécond, ils
(U Lt IF.I.GIQIE ILLI STBf K.
en firent un jardin fertile et productif , tel qu’il est encore maintenant.
L’Amérique a recueilli aussi les bienfaits de notre agriculture. C’est à Josse Rixé, de (.and, moine franciscain, que le Mexique doit le froment. C’est lui qui le premier en fit des semis à Quito. Le pays de Waes, l’orgueil de la Belgique, sous le rapport delà population et de l’agriculture, n'était que bruyères quand le prince de l'arme y fit ouvrir un canal; ce sol ingrat semblait repousser les efforts de l’avide cultivateur: mais à force de soins, d’industrie et de travail, ce canton devint le territoire le plus fécond de l’Europe, et sa fécondité s'est tellement soutenue que, par la variété de ses productions, aujourd’hui on y fait deux récoltes par an.
L’agriculture de Flandre, dit T'euchet, Dictionn. Commère., conserve sa supériorité sur les autres pays depuis plusieurs siècles. Les agriculteurs de la Flandre ont été les premiers à remplacer les huiles de lin , de faine et de noix, par celles qu’ils ont su tirer de plusieurs plantes : le colza , le pavot, d’autres graines oléaeées
iCIUClLTlRK.
ont couvert les jachères «les provinces belgiques, et les ont enrichies longtemps avant qu’on eût ailleurs l’idée de ces cultures.
C’est au célèbre botaniste Ch. L'Écluse, qui le premier déduisit les caractères botaniques de la structure des fruits, que la Belgique doit les pommes de terre, originaires du Pérou, et importées en Europe, en 1586, par l’Anglais Drake, qui ne les cultiva d'abord que dans son jardin, comme plante curieuse. On ne sentit point tout de suite toute l'utilité de ce légume, puisque vingt ans après son importation, il était encore inconnu dans la Flandre. Ce ne fut qu’en 1620, époque à laquelle les religieux chartreux furent obligés «le quitter l’Angleterre, que l’un d’eux , le père Robert Clarke, surnommé le Virgile chrétien , apporta de ce pays les premières pommes de terre en Flandre. Elles furent plautées dans les environs de Nieuport. Cependant celte culture ne s’étendit que lentement , car ce fut en 1702 seulement que ce légume fut planté dans un jardin près de Bruges. Le propriétaire de ce jardin, Antoine Verhulst, dési-
(Ml U «H.Uyl t. ll.LI ITltE.
ranl répandre cette plante, en fit une distribution gratuite, et bientôt les jardiniers, aidés de ses conseils , la cultivèrent en grand et en fournirent les marchés.
On pense, et avec raison, que la petite étendue des fermes a beaucoup contribué à améliorer la culture en Belgique et surtout en Flandre.
En 1829, le sieur I)u Four, de Neuville en Hainaut, inventa une nouvelle charrue simplifiée, dont le roi Guillaume fit l'acquisition afin de pouvoir en répandre des modèles dans toutes les provinces.
Il y a une dixaine d’années, on essaya d’ériger eu France une société dont le but tendait à mettre en valeur, sur toute la surface du royaume, les terrains qui jusque-là étaient restés improductifs. Cette entreprise, à ce qu'il parait, n’eut pas de résultats, parce qu’elle ne contenait point de garantie, ou de chances de succès, ni dans ses éléments, ni dans ses combinaisons, scs moyens et son but. Néanmoins ce projet méritait de frapper l’attention, et ne devrait pas être perdu pour notre patrie.
4tKlf.ll.TtHK.
Les travaux de défrichement, exécutés par plusieurs agronomes belges, ont déjà donné bien des lumières sur ce point ; et il serait à désirer, qu’aidée par le gouvernement, une société de fructification générale vint apporter un dernier degré de perfection à notre agriculture , en rendant productives quelques parties de terre encore infécondes.
Sœur de l’agriculture, la botanique a trouvé de tout temps en Belgique de fervents adorateurs. Nous avons un discours de M. Van Hulthem sur la botanique des Pays-Bas, où sont
développées des notions précieuses sur celle
partie. Nous nous contenterons de rappeler ici que Hobert Dodonée, né à Malines en 1518, contribua beaucoup à répandre la connaissance des plantes par ses nombreux ouvrages qui animèrent le zèle des botanistes. Le savant Italien Guilaudini dit de lui, qu'il était ué non-seulement pour éclairer la botanique, mais pour atteindre à la perfection de cette science.
Le botaniste Mathieu De Lobel, dans son Hisloria planlarum seu sïtrpium, Antv. Christopli.
08 i.i BfKiiijlf. iLltiTMa
Plant., 1576, in-folio, dit qu’il ne fait aucune d illimité de mettre les Belges au premier rang dans l’art d’élever et de cultiver les plantes; car, ajoute-t-il, on trouve dans ce seul pays plus d’espèces et de variétés de plantes, d’arlires et d’arbustes, que dans la Grèce, l'Kspagne, l'Allemagne, l’Angleterre, la France, l'Italie : • Nam in hàc unà provinciâ plures hcrbarum, » fructuum, arborumque diversitates invenias, > quàm in antiquissimà Graecià, spatiosissimâ » llispanià . Germa nid , Anglià, Francia, cullisi simâ denique Italià, aut aliquo buic circuni » jacente regno aut provinciâ. •
Les anciens n’ont pas connu les serres chaudes, faites de la manière qu'on les construit actuellement; on remarque seulement (Pline, Hist. nal. , lib. xix, cap. v) que du temps de Tibère on avait à Kome, pour avancer la croissance des concombres, des caisses remplies de terre et posées sur des roues, alin de pouvoir aisément les mettre aux diverses expositions du soleil , et les retirer pendant l'hiver sous l’abri de pierres transparentes.
xgrici lti be.
Dis le xvi c siècle, avant que cette pratique fût en usage en Europe, on était parvenu dans la Flandre et le Brabant, à conserver toute espèce de plantes contre la rigueur du froid, dans des galeries échauffées par des poêles et des fourneaux. (De Lobel.)
Les orangeries et serres chaudes, inventées dans la Belgique, furent perfectionnées en Hollande pour y conserver les plantes de la zone torride, et c’est de là que l’usage s’en est répandu depuis dans les autres parties de l’Europe (i).
Guillaume de Blasere, échevin de Gand, cultivait en 1046 , dans une orangerie de cent pieds de longueur, un nombre considérable d’orangers. Le père J. -B. Ferrari, jésuite, dans son Ilesperides , nve de malorum aurcorum cullurâ el usu, lib. iv, Romæ 1046, in-folio, exprime son étonnement de ce qu’on fût parvenu dans la Belgique à cultiver des orangers et à leur faire porter des fruits.
(f) Discours sur l'état ancien et moderne de l’agriculture el de la botanique dans les Pays-Ras, prononcé à Gand par M . Ch, Van Hulthem , en 1817.
70 L4 lELGIQl'F. ILLI SIIIKK.
En France, ce ne fui qu’en 1714 que Sébastien Vaillant, savant botaniste et professeur à Paris, fit le premier construire une serre chaude à fourneaux, au jardin du roi : « de la manière, est-il dit, qu'on le faisait dans les Pays-Bas depuis fort longtemps, pour faire croître et pour conserver des plantes des Indes orientales et des isles chaudes de l’Amérique. • (Scbast. Vaillant, Botanicuin Parisietue, 1727, in-folio.) Adrien van den Spiegel, né en 1578, aussi savant médecin que botaniste, a le mérite d avoir le premier composé un herbier.
Enfin, sous le rapport de la culture en tous les genres, nos terres peuvent être regardées connue classiques. En Anglais, qui les visita (< ), en porta le mode de culture dans son pays; depuis, et récemment, de savants agronomes,
I) Samuel Harllib a publié à ce sujet plusieurs traités; voici les deux principaux A dite ourse of husbandry used in Brabant and Flanders , shewiny wonderfull impro ventent of' land there , and serviny as a pattern for our practice in Ibis Common- ff’eallh. Loiul., 165U,in-4o; — My leyacie,or an entaryemenl ofthe discours* of husbandry used in Brabant and Flanders.
AGAICl I Tl Ri;.
Arthur Young, les sénateurs Depère, François De Neufchaleau, et l'Allemand Schwarlz sont venus étudier notre agriculture, et l’ont fait connaître dans des ouvrages publiés.
Il ne faut cependant point en conclure que de nouveaux procédés ne pourraient point encore tirer de plus grands avantages de notre sol ; mais aujourd’hui, presque toute l'application sociale se concentre sur l’industrie, et nous ne sommes pas éloigné de croire qu’il y a excès de ce côté , au détriment peut-être des autres branches de la prospérité nationale.
Malheur aux esprit* durs , malheur aux Ames Taine*
Oui dédaignent les arts , au temps de leur faveur l Le » heaux-arta, à leur tour, dans les temps du malheur, l.e* livrent sans ressource à leur vile infortune.
Mais avec leurs amis ils font prison commune.
Les suivent dans les champs , et payant leur amour.
Consolent leur exil , et chantent leur retour.
(Dclii.lx , Giorgiques françaises.)
MÜBIQUE.
« Questi sono i veri maeslri délia Musica , e • quclli che l’hanno restaurata e ridotta a per- » fettione; havendo poi congiunta Tarte alla » nalura , fanno e di voce c di tutti gli strumenti » quella pruova e harmonia che si vede e ode, » talche se ne truova per tulle le corti di prin- > cipi christiani. >
Telle est l’opinion de Guichardin sur les Belges au sujet de la musique, et nous allons voir qu elle est loin d’étre exagérée, car une foule de témoignages attestent qu’ils ont été les restaurateurs de lamusique en Europeaux xv e et xvi e siècles.
70 U IF.Lr.IQLK iiumte.
Dès le commencement <lu x*" siècle, tluchald, moine de Sainl-Amand, en Flandre, fournil un exemple de la diaphonie à quatre voix, composéed’une succession non interrompue de quintes d’une part, et d’octaves de l’autre. Il inventa aussi un système de notation (<J.
Les comptes de Bruges, de 1318, prouvent que celle ville possédait alors des écoles de musique. On y trouve la mention suivante : Belacld de Menitlruelen die hier scole hielde bulen caermert. ff. lti-13-4*. Aujourd’hui encore, près delà rue des Carmes , il en est une qui s’appelle Speelmam slract.
Un des meilleurs théoriciens du xiv e siècle est Jean le Chartreux ou Joannet Carihu.vanus , qui nous apprend lui-même qu’il était né à Namur, où on lui enseigna la musique. Son ouvrage, dont un manuscrit est à la bibliothèque Harléienne du musée britannique, et l’autre
(l)Hucbald, qui introduisit dan* la musique des innovations importantes, naquit dans les Pays-Bas en 840 , entra fort jeune à l'abbaye Saint-Amant! , diocèse de Tournay , puis se rendit à Hcims, cl mourut à Sainl-Amand , Age de 90 ans.
arsiQi'F..
dans celle du Vatican, est d’autant plus précieux, qu'il nous donne l’état de la doctrine musicale d’une époque qui naguère était dans l’obscurité. On y trouve aussi des renseignements précieux sur l’histoire de la musique dans le moyen âge, et particulièrement sur la notation nouvelle de Hucbald de Sainl-Amand. Cet auteur écrivit en 1380.
Parmi les artistes belges qui vers le milieu du xv' siècle portèrent en France, en Allemagne et en Italie des talents de tous genres et qui firent la gloire de leur patrie, se distinguèrent les musiciens. Ce fut un Belge qui devint premier maître de chapelle de Charles VII, et ce musicien, nommé Jean ou Aubert Ockeghem, ou Ockergan , fut le maître des plus célèbres musiciens de l’époque suivante.
Jean Ockeghem fut encore chapelain de Louis XI, roi de France, et trésorier de l’abbaye de Saint-Martin de Tours. Bavay dans le Hainaut fut le lieu de sa naissance, comme on peut le voir à la suite des illustrations des Gaules de Jean Le Maire de Belges. Ce musicien naquit
78 LA BF.II.IQIF. ILM STKLK.
vers 1 iiO. Tous les auteurs contemporains ont parlé de lui avec admiration.
lin autre Belge, Jean Tinctor ou le Teinturier, fondait, peu de temps après, une école de musique à Naples, devenait maître de chapelle du roi Ferdinand d'Aragon, et passa pour le premier théoricien de son temps; enfin d’autres musiciens belges occupaient des postes honorables à Home, à Milan et ailleurs.
Dans les archives de la chapelle pontificale à Home, on conserve des messes de Jean Tinctor, mais c’est surtout comme écrivain didactique qu’il s'est distingué et qu’il a exercé de l’influence sur les progrès de la musique. Son livre intitulé Proportionale musicei, est le plus ancien ouvrage où l’on trouve la théorie de ces proportions de la notation musicale qui s’étaient introduites dans l’art vers la fin du xiv c siècle, et qui étaient encore au temps de Tinctor, né en liSf», une source d’incertitudes pour les musiciens les plus instruits. C’est aussi à ce mailre de chapelle du roi de Naples que nous devons le premier dictionnaire de musique qui ail été fait.
11SIQIE.
Il le publia vers 1400, sous le titre de Defmitorium tirminorum musictv.
Durant le xvi* siècle, on doit placer à la tète des harmonistes sortis de l’école d’Ockeghein , Josquin Des Prez , le plus grand musicien de son époque, disent les auteurs : dans l'histoire de la musique, il donna son nom à la période qui s'étend à peu près de 1480 à 1525.
Les Allemands, les Italiens, les Français, les Anglais ont unanimement proclamé Josquin De Prés ou Des Prez, le plus grand compositeur de son temps, Burney l’appelle un géant, un autre lui donne le titre de Princips musicorum, et Zarlino affirme che teneva ai suai tempi nella musica il primo tnogo. L’Italie, l’Allemagne et la France se sont disputé la gloire d’avoir donné la naissance à ce grand musicien; mais des écrivains presque contemporains affirment positivement qu'il est né dans le Hainaut, entre autres Lacroix Du Maine, Duverdier, et Konsard dans sa préface d'un Recueil de chansons à plusieurs parties , adressé à Charles IX. Il mourut en 1520 ou 1530.
De 1525 à 1500 un Flamand, Adrien Willaert,
80 LA ItLCIQCE ILLl StTRLL.
fui surnommé il divino par les Italiens , et fonda à Venise, où il était maître de chapelle de Saint-Marc, une école d'où sont sortis de grands artistes, entre autres Zarliuo. Les historiens considèrent Willaert comme un de ces hommes rares, qui impriment h l'art qu’ils cultivent un mouvement de progrès. Zarlino nous apprend qu’il inventa la musique à un grand nombre de voix , divisées en plusieurs choeurs. Dans la dernière moitié de ce même siècle la Belgique fournit encore quelques musiciens du premier ordre, tels que Roland de Lassus, qui fut appelé le prince des musiciens contemporains, et Philippe de Mons, dont les compositions ont eu un
quer en doute l’éclat de leurs succès.
Ainsi, aux xv® et xvi® siècles, Jean Ockeghem fonde en France une école de musique, d’où sortent les meilleurs musiciens français; Jean Tinctor rend les mêmes services dans le royaume de Naples; Josquin prépare les fondements de la belle école romaine; Adrien Willaert, né à Bruges, crée l’école vénitienne;
■ ISIQIE.
Cyprien Rore, né à Malines en 1 oit» , dirige une école de musique à Parme, d'où sortent une foule de compositeurs, de chanteurs et de professeurs distingués : l'admiration des Italiens pour son génie va si loin, que dans les éditions de ses œuvres on le nomme il divino Cipriano de Rorc; Roland Lassus ou Orlando de Lasso, né à Mous en 1530, dont les travaux sont immenses, est, pour son talent, honoré de lettres de noblesse par Maximilien 11.
On sait que ce ne fut que longtemps après Gui d'Arezzo, qu’on ajouta à ses six désignations de notes : ut , re , mi, fa, sol, la, une septième dénomination. 11 paraît que ce fut un musicien belge qui le premier tenta cette innovation; peut-être même y en eut-il deux qui essayèrent concurremment cette réforme, car les anciens auteurs nomment tantôt Hubert VVaelrant, tantôt Anselme de Flandre. Ce qui est hors de doute, c'est qu'en 1547, VVaelrant proposa de substituer à la gamme desix notes, sept autres syllabes.
Environ cinquante ans après, Henri De Pulle ou Van De Putte, essaya une réforme du même
82 L4 UKi r.lol t ll l.lSTKi r
genre en llalie. On disputa longtemps sur cette addition , et sur la désignation à adopter pour les notes. Enfin de nouvelles générations s’accommodèrent mieux de la gamme à sept notes, et la gamme à six , ou la solmisation par les hexacordes fut reléguée dans le plain-chant.
Nous 11 e devons pas oublier que Henri Dumont, né à Liège en 1610, fut le premier musicien qui employa en France la basse continue dans ses ouvrages. Dansles temps modernes, qui ne se souvient avec délices des savantes et aimables compositions de Grétry et de Gossec, ces deux Belges qui avec Méhul formaient la section de l'institut de France consacrée à la musique?
Dans les temps modernes, nous avons vu Henri Mees, né à Bruxelles vers 1760, tellement admiré en Pologne pour son talent musical , que toutes les classes participèrent au deuil que causa sa mort en 1820 ; le grand-duc Constantin accompagna le convoi. Engleberl Pauwels, aussi de Bruxelles, mort à vingt-cinq ans, unissait à la savante et sévère composition de Mozart et d'Haydn toute la grâce des Cimarosa, Paësiello,
MDSIQUK.
l‘aër, etc. Nous dépasserions de beaucoup les bornes que nous nous sommes imposées , si nous voulions indiquer seulement les grands musiciens belges des xvm® et xix* siècles.
Au xvm* siècle encore, Jean Noël Hamal, de Liège, s’élança avec succès dans des routes nouvelles qui fixèrent l'admiration des connaisseurs , la hardiesse de son génie l'affranchissant des règles sans nuire à l’art. Quant à l’exécution, y a-t-il parmi les musiciens contemporains beaucoup d’artistes qui pourraient lutter avec notre célèbre Bériot?
Son élève, grand artiste de onze ans, Vieuxtemps, dépasse de bien loin toutes les célébrités de son âge. Dans le bras et dans le cœur d’un enfant, comment concevoir tant de précision, de vigueur, de hardiesse etde chaleur d’expression !
Nous devons nous féliciter que M. François- Joseph Fétis, né à Mons, soit enfin venu s’établir dans sa patrie. Outre plusieurs écrits d’un grand mérite, il a commencé la publication de la seule biographie complète des musiciens que possède le monde littéraire. Les vastes connais-
Ht L\ BFXGIQVE ILLISTIlf.E.
sances qu’il y déploie en fonl un ouvrage de la plus haute importance pour l’art.
il faut que la musique soit uu talent bien naturel chez les Belges, car outre que dès les temps anciens ils y ont excellé, comme nous venons de le voir, et produit des maîtres presque dans toutes les parties de cet art, quel est aujourd hui le pays en Europe qui peut se vanter d’avoir autant de sociétés musicales que la Belgique, non de ces sociétés privées , de ces exécutions isolées qu’on rencontre chez chaque nation, mais de véritables corps de musique allant lut ter de ville eu ville, même de village en village, avec leurs rivaux, et exécutant parfaitement les morceaux d'ensemble les plus difficiles?