L ESPRIT PRATIQUE DANS LE SOCIALISME BELGE
indispensable pour maintenir la stabilité du capital et du travail ». Ils poussent le scrupule jusqu'à s'inquiéter de l'attitude du public « qui a des fonds à placer, qui crée les usines et qui pourvoit aux besoins financiers de l'industrie »*, et qu'il faut éviter d'alarmer.
Loin d'imiter les « chambardeurs » qui rêvent de tout reconstruire en commençant par tout détruire, ils se placent sur le terrain utilitaire et font œuvre d'adaptation.
Il n'y a pas d'organisation sociale en dehors des lois, et il n'y a pas de lois sans une majorité qui les accepte. Tel est le principe qui ressort de leurs actes, les incite à réprouver la doctrine de la révolution pour la révolution, et en fait, en somme, des légalistes.
L'idée fondamentale du marxisme — l'absolue distinction des deux classes nettement déterminées dans l'organisme social, la classe des exploiteurs et celle des exploités, — est, dès à présent, rejetée par les marxistes belges — il ne faudrait pas le leur dire — lorsqu'ils reconnaissent l'existence de classes intermédiaires qui n'appartiennent ni à la premiè're ni à la seconde, lorsqu'ils ne perçoivent plus nettement la catégorisation et déclarent qu'au surplus le mot de classe, dans une société démocratique et mêlée comme la nôtre, ne répond plus à aucune réalité pratique. C'est ce qui a fait dire à Paul Lafargue,. à propos du collectivisme de César de Paepe, qu'un tel parti était « une contrefaçon belge du marxisme ». César de Paepe, en effet, ne fut jamais un outrancier. Il était l'homme de la conciliation, acceptant, faute de mieux, une solution modérée et pensant qu'un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. Non seulement de Paepe admettait les réformes politiques ou économiques « dont la réalisation ne peut que rapprocher