‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 113 sur 178 · LES INTÉRÊTS MATÉRIELS. — LES LETTRES ET LES ARTS · texte numérisé non relu

LES INTÉRÊTS MATÉRIELS. — LES LETTRES ET LES ARTS

Le paupérisme enyahit les Flandres. —Décadence de Tindustrie liniére.

— Causes de la crise. -— Le mal s'aggrave par la disette ; maladie des pommes de terre; déficit dans le produit des céréales. — Détresse des populations flamandes. — Mesures prises par le gouvernement; leur tendance et leurs résultats. — Situation industrielle du Hainaut, du Luxembourg, des provinces de Namur et de Liège. — Progrès incessants de toutes les industries capitales. — Les travaux publics. — Développement extraordinaire des chemins de fer, des voies navigables et des routes pavées. — Les finances en 1847. — La marine marchande. — Coup d'oeil sur Tensemble de la situation. — Les symptômes d'une nationalité vivace se manifestent de toutes parts.

— Le mouvement scientifique, artistique et littéraire.

Tandis que des luttes politiques, chaque jour plus ardentes, irritaient et divisaient les classes supérieures, un concours de circonstances funestes avait jeté la misère et le découragement dans les familles laborieuses d'une partie considérable du pays.

A la suite du dépérissement de Tindustrie linière, la plaie hideuse du paupérisme avait envahi les communes rurales des Flandres. Longtemps en possession du privilège d'approvisionner une partie considérable de TEurope, rassurés par les qualités solides de leurs produits, les capitalistes, les cultivateurs» les tisserands

et les (lieuses ne s'étaient pas assez préoccupés du goût, des désirs et des besoins nouveaux des consommateurs ; ils avaient eu surtout le tort de se placer en dehors de cet admirable mouvement de progrès qui emporte Tindustrie moderne. La filature et le tissage à la mécanique, largement exploités par l'Angleterre, refoulaient les produits belges sur le marché national, où Tencombrement et par suite la dépréciation acquirent rapidement des proportions redoutables. En 1838, l'exportation de nos toiles s'était élevée à fr. 36,596,303; ea

1842, elle se trouvait réduite à fr. 21,390,000; en

1843, elle tomba à fr. 19,853,000. C'était en moins de six années une réduction de près de moitié dans la quantité des toiles belges fournies à l'étranger I Lo marché national lui-même se rétrécissait chaque jour, parce que, grâce à l'emploi des anciens procédés de fabrication, la toile de lin conservait un prix tellement élevé que, malgré la solidité du tissu, elle devait céder la place au coton. Et cependant des renseignements statistiques, offrant tous les caractères de la précision et de la certitude, attestent que la Belgique comptait à cette époque 280,396 fileuses à la main (dont 122,226 dans la Flandre orientale et 98,325 dans la Flandre occidentale) et 74,700 tisserands (dont 32,718 dans la Flandre orientale et 24,430 dans la Flandre occiden-taie). Or, dans les districts les plus populeux, le salaire des fileuses était tombé à 16 et celui des tisserands à 60 centimes par jour (1)! C'était en vain que des hommes généreux, secondés par les subsides du gou-

(I) Revue nationale, T. XV, p. 135 et suiv.

Page 1