‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 157 sur 178 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

qu'à un seul but : le renversement de nos institutions, le rétablissement des castes et la résurrection des privilèges. Cet outrage jeté à la face de ses collègues, par un homme qui avait eu l'honneur de présider à leurs travaux, n'était pas resté sans réponse. Les représentants de la droite avaient énergiquement repoussé l'attaque; au manifeste de l'association libérale de Bruxelles, ils avaient répondu par un appel à la loyauté de leurs concitoyens. « Notre opinion,» disaient-ils, a a presque «constamment dirigé les affaires du pays pendant dix- Ysept années. Ses adversaires parvenus au pouvoir ont «trouvé toutes les libertés debout, la Constitution res- «pectée, le sentiment national assez raffermi pour que »la Belgique pût résister, en 1848, aux entraînements »du dehors. — Nous avons juré d'observer la Constiilution. De quel droit vient-on nous accuser de par- »jure? Tout notre passé , tous nos actes, nos devoirs »les plus sacrés, nos intérêts les plus chers donnent à »ces imputations un éclatant démenti. Nous voulons la » Constitution appliquée selon l'esprit du Congrès na- »tional, qui a fondé l'indépendance de la Belgique, et »non d'après les maximes du Congrès de 1846, qui n'a » fondé que la domination d'un parti exclusif. Nous » défendrons la Constitution contre ceux qui menaceiraient encore de la bouleverser, d'abolir le Sénat, >ou d'appliquer le principe révolutionnaire de l'impôt ]» progressif (1). » L'incident avait produit une impres^ sien profonde. Les députés les plus éminents du parti libéral n'étaient pas les derniers à blâmer le président

(I) Journal dt BruxelUi da H mai 1852.

352 15 AOUT 1847—81 octobre 1852.

de la Chambre signant, comme président d'un club, une proclamation outrageante pour des hommes qui avaient acquis des titres nombreux à Testime de toutes les opinions: Il suffit de rappeler ces faits pour donner la mesure de l'exigence de M. Rogier.

Ainsi qu'on devait s'y attendre, la Chambre répondit à cette bravade en infligeant une défaite humiliante aux ministres. Le dépouillement du scrutin secret constata que M. Verhaegen n'avait obtenu que 46 voix contre 54 données à M. Delehaye. On dit que M. Frère, en apprenant ce résultat inattendu, s'écria avec colère: « Nous sommes étranglés par des muets. :» Les muets étaient les hommes qu'il avait humiliés et bravés en

M. Rogier donna une troisième fois sa démission, et les Chambres furent ajournées au 26 octobre. Le roi fit appeler M. Henri de Brouckere; mais le parlement se réunit de nouveau, sans que la crise ministérielle fut arrivée à son terme. M. Delehaye ayant refusé d'accepter la présidence, la question politique surgit encore une fois à l'occasion du renouvellement du bureau. M. Delfosse, le candidat du cabinet démissionnaire, obtint 54 voix contre 49 données à M. Delehaye; mais, par contre, les candidats que la droite avait proposés pour la vice-présidence l'emportèrent sur leurs concurrents appuyés par les ministres. La politique exclusive avait décidément perdu les sympathies de la représentation nationale, et M. Rogier comprit enfin que ses longues hésitations devaient avoir un terme.

Après un règne de cinq années, la politique nouvelle se retirait de la scène, en laissant le parti libéral en do-

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